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Les pigeons Louis pollet
L'éthique psychanalytique en question (p.64)
"... Ce que la psychanalyse montre avec certitude, c'est qu'on revient toujours vers les signifiants qui ont été formateurs, qu'ils soient familiaux ou culturels. Il n'existe pas d'homme nouveau créé ex nihilo, et l'idée d'un Homo psychanalyticus, né d'une psychanalyse réussie, est contradictoire avec ce que nous enseigne notre expérience. Nous sommes les produits des expériences, notamment psychanalytiques, qui nous permettent d'avoir accès à cette histoire ; et nous ne pouvons nous désolidariser du frayage qui a rendu possible un tel accès. Là se situe la dette symbolique. Ce qui exclut tout autant qu'on fétichise les paroles, les écrits envers qui nous sommes redevables : car c'est à nous-mêmes qu'il appartient de les reprendre à notre compte afin qu'ils prennent la force et la dimension propres à ce qui fait acte."
J. Clavreul "Le désir et la loi"
C'est la désubjectivation qui constitue le processus le plus radical de l'organisation perverse, celle qui se résout le plus souvent dans l'anonymat des partouzes et des rencontres furtives, où le partenaire a lui-même pour principal mérite d'être l'étranger, l'inconnu, celui dont on ne veut rien savoir d'autre que son rapport à la jouissance... ou à l'horreur. En cela, l'organisation de la scène perverse rejoint le mode de la production du fantasme telle qu'elle a pu être décrite par Freud quand il se formule par «On bat un enfant», c'est-à-dire par la constitution de l'anonymat de la scène.
C'est sur ce point finalement que la structure perverse s'inscrit radicalement en faux contre l'éthique de la psychanalyse, laquelle est une éthique du Sujet, qui tend à l'advenue du Sujet, et à son arrimage à son identité sexuelle comme à son nom propre.
Encore faut-il sur ce point apporter quelques précisions théoriques. Il y a actuellement un usage abusif de l'enseignement de Lacan, tendant à faire de la destitution subjective et de la traversée du fantasme la visée ultime d'une cure psychanalytique permettant l'assujettissement (sic) de l'intéressé au discours analytique et son accès au réel. Ainsi présentée, la psychanalyse serait une discipline permettant de balayer les fantasmes et d'accéder à une objectivité considérée comme la vertu majeure du psychanalyste. Or ce n'est là que retrouver, comme on l'a vu, les idéaux proposés par certains post-freudiens contre lesquels Lacan n'a cessé de combattre. Il y a, certes, une séduction à prétendre poser le psychanalyste comme ayant une écoute objective de son analysant et pouvant dès lors avoir accès à une approche scientifique de son cas. De la même façon, on peut énoncer un même projet en parlant de destitution du sujet-supposé-savoir pour laisser place à un psychanalyste posé dans le savoir. Mais c'est là avant tout une façon de dénier que le psychanalyste est nécessairement un Sujet. C'est prétendre le désubjectiver, à la suite d'une expérience roborative qui serait celle de son analyse didactique. A considérer ainsi le processus de la formation du psychanalyste, il ne s'agit de rien d'autre que d'une expérience initiatique (celle de l'analyse didactique) ayant pour visée une soumission toujours plus accentuée à des rites et à une hiérarchie savamment codifiés. La propension qu'ont les institutions psychanalytiques à s'organiser en Églises, voire en sectes, montre assez cette tendance à constituer le savoir psychanalytique comme un savoir de plus en plus ésotérique, hermétique pour les non-initiés, toujours insuffisant chez le bas-clergé ; lequel est invité à chercher la Vérité auprès des conseils donnés par la hiérarchie et reste toujours suspect de dévier vers quelques hérésies, sinon d'être responsable de quelque schisme à venir.
Le risque de perversion - à entendre en termes de structure - est particulièrement à craindre dans le milieu psychanalytique, non pas tant parce que la perversion (en tant qu'envers de la névrose) se propose volontiers comme une sorte d'idéal pour celui qui aspire à être débarrassé de ses inhibitions, mais surtout parce que le psychanalyste ne peut se suffire et se satisfaire des idéaux et des lois qui régissent la vie quotidienne de chacun. La loi, assurément, n'est pas ici la loi de l'État, sauf pour les nostalgiques de l'adaptation à la société, disciples d'Hegel plus que de Freud. Mais à défaut d'une référence morale commune, les psychanalystes sont portés à prendre pour repère ce que fait leur propre psychanalyste et plus encore tel psychanalyste prestigieux dont les théories font école. Le lien de l'analysant à l'analyste, théorisé sous le nom de transfert, relève alors de l'adoubement ou de l'aveu, devient un lien de type féodal. Les psychanalystes s'en défendent en assurant qu'ils ont liquidé leur transfert et en se réclamant de principes démocratiques qui n'ont pourtant rien à faire dans leurs organisations. Ce qui ne peut cependant les conduire qu'à afficher des positions de désaveu à l'égard du maître, tout aussi stériles et pervertissantes que l'imitation et la soumission servile qu'ils veulent éviter. Il y a en effet, dans la formation des psychanalystes, une difficulté particulière qui ne se rencontre pas dans les autres disciplines dont les problèmes d'enseignement et de formation se réduisent toujours à la transmission d'un savoir et d'un savoir-faire. La plupart des institutions psychanalytiques se constituent pourtant à l'image de ces autres disciplines, c'est-à-dire sur le mode universitaire, affirmant la valeur irremplaçable de la psychanalyse personnelle du futur analyste, tout en restant absolument muettes sur les raisons théoriques d'une telle exigence. Il en résulte que l'analyse personnelle est principalement vécue comme soumission à un rite qui ne peut avoir d'autre signification que d'être initiatique, à moins d'être considéré comme une sorte de toilette préalable de l'inconscient du futur analyste... J. Clavreul
Louis II de Bavière
... Les structures font plus que coexister, elles s'interpénètrent et se conditionnent les unes les autres, de telle sorte qu'un glissement continu peut faire qu'on passe de l'une à l'autre comme en donne l'image de la bande de Mœbius, où l'envers et l'endroit peuvent aussi bien représenter la névrose ou la perversion...
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D’un discours qui ne serait pas du semblant :
...Ce qui, dans un discours, s’adresse à l’Autre comme un Tu, fait surgir l’identification à quelque chose qu’on peut appeler l’idole humaine. Si j’ai parlé la dernière fois du sang rouge comme étant le sang le plus vain à propulser contre le semblant, c’est bien parce que vous l’avez vu, on ne saurait s’avancer pour renverser l’idole, sans tout aussitôt après, prendre sa place, comme on sait que c’est ce qui s’est passé pour un certain type de martyrs ! C’est bien dans la mesure où quelque chose dans tout discours qui fait appel au Tu provoque à une identification camouflée, secrète, qui n’est que celle à cet objet énigmatique qui peut être rien du tout, le tout petit plus de jouir d’Hitler, qui n’allait peut-être pas plus loin que sa moustache, voilà ce qui a suffi à cristalliser des gens qui... qui n’avaient rien de mystique ! qui étaient tout ce qu’il y a de plus engagés dans le procès du discours du capitaliste, avec ce que ça comporte de mise en question du plus de jouir sous sa forme de plus-value. Il s’agissait de savoir si, à un certain niveau, on en aurait encore son petit bout, et c’est bien ça qui a suffi à pro-voquer cet effet d’identification. Il est amusant simplement que ça ait pris la forme d’une idéalisation de la race, à savoir de la chose qui, dans l’occasion, était la moins intéressée. Mais on peut trouver d’où procède ce caractère de fiction, on peut le trouver. Ce qu’il faut dire simplement, c’est qu’il n’y a aucun besoin de cette idéologie pour qu’un racisme se constitue, qu’il y suffit d’un plus de jouir qui se reconnaisse comme tel et que quiconque s’intéresse un peu à ce qui peut advenir fera bien de se dire que toutes les formes de racisme, en tant qu’un plus de jouir suffit très bien à le supporter, voilà ce qui maintenant est à l’ordre du jour, voilà ce qui pour les années à venir nous pend au nez... Jacques Lacan
Réponse au rapport Inserm :
Le politique au mépris de la science
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