OLYMPE
DE GOUGES
guillotinée
1748 - 1793
Perçue
comme hérétique

Déclaration
des droits
de
la femme
et
de la citoyenne
Préambule
Les
mères, les filles, les sœurs, représentantes
de la nation, demandent d'être constituées en assemblée
nationale. Considérant que l'ignorance, l'oubli ou le
mépris des droits de la femme, sont les seules causes
des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont
résolu d'exposer dans une déclaration solennelle,
les droits naturels inaliénables et sacrés de la
femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous
les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs devoirs,
afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir
des hommes pouvant être à chaque instant comparés
avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés,
afin que les réclamations des citoyennes, fondées
désormais sur des principes simples et incontestables,
tournent toujours au maintien de la constitution, des bonnes
mœurs, et au bonheur de tous.
En
conséquence, le sexe supérieur en beauté comme
en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît
et déclare, en présence et sous les auspices de
l'Etre suprême, les Droits suivants de la Femme et de la
Citoyenne.
haut
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A
décréter par l'assemblée nationale dans
ses dernières séances ou dans celle de la prochaine
législature.
Article
premier.
La
Femme naît libre et demeure égale à l'homme
en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées
que sur l'utilité commune.
II.
Le
but de toute association politique est la imprescriptible de
la Femme et de l'Homme : ces droits sont la liberté, la
propriété, la sûreté, et surtout la
résistance à l'oppression.
III.
Le
principe de toute souveraineté réside essentiellement
dans la Nation, qui n'est que la réunion de la Femme et
de l'Homme : nul corps, nul individu, ne peut exercer d'autorité qui
n'en émane expressément.
IV.
La
liberté et la justice consistent à rendre tout
ce qui appartient à autrui ; ainsi l'exercice des droits
naturels de la femme n'a de bornes que la tyrannie perpétuelle
que l'homme lui oppose ; ces bornes doivent être réformées
par les lois de la nature et de la raison.
V.
Les
lois de la nature et de la raison défendent toutes actions
nuisibles à la société : tout ce qui n'est
pas défendu pas ces lois, sages et divines, ne peut être
empêché, et nul ne peut être contraint à faire
ce qu'elles n'ordonnent pas.
VI.
La
Loi doit être l'expression de la volonté générale
; toutes les Citoyennes et Citoyens doivent concourir personnellement
ou par leurs représentants, à sa formation ; elle
doit être la même pour tous : toutes les Citoyennes
et tous les Citoyens, étant égaux à ses
yeux, doivent être également admissibles à toutes
dignités, places et emplois publics, selon leurs capacités,
et sans autres distinctions que celles de leurs vertus et de
leurs talents.
VII.
Nulle
femme n'est exceptée ; elle est accusée, arrêtée,
et détenue dans les cas déterminés par la
Loi. Les femmes obéissent comme les hommes à cette
Loi rigoureuse.
VIII.
La
Loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment
nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu
d'une Loi établie et promulguée antérieurement
au délit et légalement appliquée aux femmes.
IX.
Toute
femme étant déclarée coupable ; toute rigueur
est exercée par la Loi.
X.
Nul
ne doit être inquiété pour ses opinions mêmes
fondamentales, la femme a le droit de monter
sur l 'échafaud ; elle doit avoir également celui
de monter à la Tribune ; pourvu que ses manifestations
ne troublent pas l'ordre public établi par la Loi.
XI.
La
libre communication des pensées et des opinions est un
des droits les plus précieux de la femme, puisque cette
liberté assure la légitimité des pères
envers les enfants. Toute Citoyenne peut donc dire librement,
je suis mère d'un enfant qui vous appartient, sans qu'un
préjugé barbare la force à dissimuler la
vérité ; sauf à répondre de l'abus
de cette liberté dans les cas déterminés
par la Loi.
XII.
La
garantie des droits de la femme et de la Citoyenne nécessite
une utilité majeure ; cette garantie doit être instituée
pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière
de celles à qui elle est confiée.
XIII.
Pour
l'entretien de la force publique, et pour les dépenses
d'administration, les contributions de la femme et de l'homme
sont égales ; elle a part à toutes les corvées, à toutes
les tâches pénibles ; elle doit donc avoir de même
part à la distribution des places, des emplois, des charges,
des dignités et de l'industrie.
XIV.
Les
Citoyennes et Citoyens ont le droit de constater par eux-mêmes
ou par leurs représentants, la nécessité de
la contribution publique. Les Citoyennes ne peuvent y adhérer
que par l'admission d'un partage égal, non seulement dans
la fortune, mais encore dans l'administration publique, et de
déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement
et la durée de l'impôts.
XV.
La
masse des femmes, coalisée pour la contribution à celle
des hommes, a le droit de demander compte, à tout agent
public, de son administration.
XVI.
Toute
société, dans laquelle la garantie des droits n'est
pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée,
n'a point de constitution ; la constitution est nulle, si la
majorité des individus qui composent la Nation, n'a pas
coopéré à sa rédaction.
XVII.
Les
propriétés sont à tous les sexes réunis
ou séparés ; elles ont pour chacun un droit lorsque
la nécessité publique, légalement constatée,
l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et
préalable indemnité.
POSTAMBULE.
Femme,
réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre
dans tout l'univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire
de la nature n'est plus environné de préjugés,
de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de
la vérité a dissipé tous les nuages de la
sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses
forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers.
Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. O femmes
! Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles ? Quels sont
les avantages que vous recueillis dans la révolution ?
Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé.
Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que
sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit
; que vous reste t-il donc ? La conviction des injustices de
l'homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée
sur les sages décrets de la nature ; qu'auriez-vous à redouter
pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur
des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs
français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée
aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison,
ne vous répètent : femmes, qu'y a-t-il de commun
entre vous et nous ? Tout, auriez vous à répondre.
S'ils s'obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette
inconséquence en contradiction avec leurs principes ;
opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions
de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards
de la philosophie ; déployez toute l'énergie de
votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux,
non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers
de partager avec vous les trésors de l'Etre Suprême.
Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose,
il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à le
vouloir. Passons maintenant à l'effroyable tableau de
ce que vous avez été dans la société ;
et puisqu'il est question, en ce moment, d'une éducation
nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront
sainement sur l'éducation des femmes.
Les
femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la
dissimulation ont été leur partage. Ce que la force
leur avait ravi, la ruse leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes
les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable
ne leur résistait pas. Le poison, le fer, tout leur était
soumis ; elles commandaient au crime comme à la vertu.
Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant
des siècles, de l'administration nocturne des femmes ;
le cabinet n'avait point de secret pour leur indiscrétion
; ambassade, commandement, ministère, présidence,
pontificat, cardinalat ; enfin tout ce qui caractérise
la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la
cupidité et à l'ambition de ce sexe autrefois méprisable
et respecté, et depuis la révolution, respectable
et méprisé.
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