Jacques Lacan
Le séminaire
psychanalyste
Quand on dit que « l’important, c’est le diagnostic », à savoir un diagnostic dégagé de toute notion de subjectivité, un diagnostic objectif, la rupture avec l’enseignement de Freud et de Lacan est claire. Comment ne pourrait-on mieux dire que le diagnostic, c’est alors le « signifiant maître».Jean Clavreul
I
: Les écrits techniques de Freud - 1953-1954
version word :
La dénégation Jean Hyppolite : 10 février 1954 - 30 juin 1954
II
: Le moi (dans la théorie de Freud et dans la technique
de la psychanalyse)
extrait de 8dec1954
"...Qu'est-ce qui reste dans le miroir ? Mais allons jusqu'à supposer que tous les êtres vivants aient disparu. Il ne reste donc que cascades et sources - éclairs et tonnerre aussi. L'image dans le miroir, l'image dans le lac existent-elles encore?
II est tout à fait clair qu'elles existent encore. Et ce, pour une très simple raison-au haut degré de civilisation où nous sommes parvenus, qui dépasse de beaucoup nos illusions sur la conscience, nous avons fabriqué des appareils que nous pouvons sans aucune audace imaginer assez compliqués pour développer eux-mêmes les films, les ranger dans des petites boîtes, et les déposer au Frigidaire. Tout être vivant ayant disparu, la caméra peut néanmoins enregistrer l'image de la montagne dans le lac, ou celle du Café de Flore en train de s'effriter dans la solitude complète.
Sans doute les philosophes auront-ils toutes sortes d'objections astucieuses à me faire. Je vous prie de continuer néanmoins à faire attention à mon apologue.
Voilà que les hommes reviennent. C'est un acte arbitraire du Dieu de Malebranche - puisque c'est lui qui nous soutient à tout instant dans notre existence, il a bien pu nous supprimer et nous remettre en circulation quelques siècles plus tard.
Les hommes auront peut-être tout à réapprendre, et spécialement à lire une image. Peu importe. Ce qui est certain, c'est ceci - dès qu'ils verront sur le film l'image de la montagne, ils verront aussi son reflet dans le lac. Ils verront aussi les mouvements qui ont eu lieu dans la montagne, et ceux de l'image. Nous pouvons pousser les choses plus loin. Si la machine est plus compliquée, une cellule photo-électrique braquée sur l'image dans le lac a pu déterminer une explosion - il faut toujours, pour que quelque chose paraisse efficace, que se déchaîne quelque part une explosion - et une autre machine a pu enregistrer l'écho ou recueillir l'énergie de cette explosion..."
Extrait du 19 mai 1955
19 Janvier 1955 : "...Nous retrouvons là ce que je vous ai déjà indiqué, à savoir que l'inconscient est le discours de l'autre. Ce discours de l'autre, ce n'est pas le discours de l'autre abstrait, de l'autre dans la dyade, de mon correspondant, ni même simplement de mon esclave, c'est le discours du circuit dans lequel je suis intégré. J'en suis un des chaînons. C'est le discours de mon père par exemple, en tant que mon père a fait des fautes que je suis absolument condamné à reproduire - c'est ce qu'on appelle super-ego. Je suis condamné à les reproduire parce qu'il faut que je reprenne le discours qu'il m'a légué, non pas simplement parce que je suis son fils, mais parce qu'on n'arrête pas la chaîne du discours, et que je suis justement chargé de le transmettre dans sa forme aberrante à quelqu'un d'autre. J'ai à poser à quelqu'un d'autre le problème d'une situation vitale où il y a toutes les chances qu'il achoppe également, de telle sorte que ce discours fait un petit circuit où se trouvent pris toute une famille, toute une coterie, tout un camp, toute une nation ou la moitié du globe. Forme circulaire d'une parole qui est juste à la limite du sens et du non-sens, qui est problématique. Voilà ce qu'est le besoin de répétition tel que nous le voyons surgir au-delà du principe du plaisir. Il vacille au-delà de tous les mécanismes d'équilibration, d'harmonisation et d'accord sur le plan biologique. Il n'est introduit que par le registre du langage, par la fonction du symbole, par la problématique de la question dans l'ordre humain.
Comment cela est-il littéralement projeté par Freud sur un plan qui est en apparence d'ordre biologique ? Nous aurons à revenir là-dessus les fois suivantes. La vie n'est prise dans le symbolique que morcelée, décomposée. L'être humain lui-même est en partie hors de la vie, il participe à l'instinct de mort. C'est de là seulement qu'il peut aborder le registre de la vie..."
.
III
: Les psychoses
Dénégation : 16 novembre 1955
IV
: La relation d'objet : nouveau !
La leçon du 16 janvier 1957
Le masochisme et le fantasme de fustigation que développe Freud dans Inhibition Symptôme et Angoisse : genèse des perversion : un enfant est battu. (1919)
V
: Les formations de l'inconscient :
leçon du 5 février 1958
extrait autres extraits
VI
: Le désir et ses interprétations :
4 mars 1959 :
"...Voici le texte de Freud qui vaut la peine d'être lu au début de cette recherche, je le donne dans la traduction française. Après avoir parlé du complexe d'Œdipe pour la première fois, et il n'est pas vain de remarquer ici que ce complexe d'Œdipe, il l'introduit dans la Science des rêves à propos des « rêves de mort des personnes qui nous sont chères », c'est-à-dire à propos précisément de ce qui nous a servi cette année de départ et de premier guide dans la mise en valeur de quelque chose qui s'est présenté d'abord tout naturellement dans ce rêve que j'ai choisi pour être un des plus simples se rapportant à un mort - ce rêve qui nous a servi à montrer comment s'instituait sur deux lignes d'intersubjectivité superposées, doublées l'une par rapport à l'autre, le fameux « il ne sait pas » que nous avons placé sur une ligne, la ligne de la position du sujet (le sujet paternel dans l'occasion étant ce qui est évoqué par le sujet rêveur), c'est-à-dire le quelque part où se situe, sous une forme en quelque sorte incarnée par le père lui-même et à la place du père, sous la forme d'« il ne le sait pas », précisément le fait que le père est inconscient et incarne ici l'image, l'inconscient même du sujet, et de quoi ? de son propre vœu, du vœu de mort contre son père.
Bien entendu il en connaît un autre, une sorte de vœu bienveillant, d'appel à une mort consolatrice. Mais justement cette inconscience, qui est celle du sujet concernant son vœu de mort œdipien, est en quelque sorte incarnée, dans l'image du rêve, sous cette forme que le père ne doit même pas savoir que le fils a fait contre lui ce vœu bienveillant de mort. « Il ne sait pas », dit le rêve absurdement, « qu'il était mort ». C'est là que s'arrête le texte du rêve. Et ce qui est refoulé pour le sujet, qui n'est pas ignoré du père fantasmatique, c'est le «selon son vœu» dont Freud nous dit qu'il est le signifiant que nous devons considérer comme refoulé.
« Une autre de nos grandes œuvres tragiques, nous dit Freud, Hamlet de Shakespeare, a les mêmes racines qu'Œdipe-Roi. La mise en œuvre toute diffé-rente montre, d'une manière identique, quelles différences il y a dans la vie intellectuelle de ces deux époques, et quel progrès le refoulement a fait dans la vie sentimentale (le mot sentimental, Gemütsleben, est approximatif)
" Dans Œdipe, les désirs de l'enfant apparaissent et sont réalisés comme dans le rêve... »
Freud a en effet beaucoup insisté sur le fait que les rêves oedipiens sont là en quelque sorte comme le rejeton, la source fondamentale de ces désirs inconscients qui réapparaissent toujours, et l'Œdipe (je parle de l'Œdipe de Sophocle ou de la tragédie grecque) comme l'affabulation, l'élaboration de ce qui surgit toujours de ces désirs inconscients. C'est ainsi que textuellement les choses sont articulées dans la Science des rêves..."
Extrait du 7 janvier 1959 :
"...Prenons un fantasme, le plus banal, le plus commun, celui que Freud lui-même a étudié, auquel il a accordé une attention spéciale, le fantasme : on bat un enfant..."
VII
: L'éthique de la psychanalyse
VIII
: Le transfert
IX
: L'identification :
Leçon 1 du 15 novembre 1961
Etymologie de Identification :
"...C'est ainsi que nous pourrons nous arrêter à ce qui est le terme, ou substantifique notion du terme, de l'identité -dans identité, identification, il y a le terme latin idem-, et ce sera pour vous montrer que quelque expérience significative est supportée dans le terme français vulgaire, support de la même fonction signifiante, celui du même. Il semble en effet que ce soit le em, suffixe du id dans idem, ce en quoi nous trouvons opérer la fonction, je dirai, de radical dans l'évolution de l'indo-européen au niveau d'un certain nombre de langues italiques ; cet em est ici redoublé, consonne antique qui se retrouve donc comme le résidu, le reliquat, le retour à une thématique primitive, mais non sans avoir recueilli au passage la phase intermédiaire de l'étymologie, positivement, de la naissance de ce même, qui est un metipsum familier latin, et même un metipsissimum du bas latin expressif, donc pousse à reconnaître dans quelle direction ici l'expérience nous suggère de chercher le sens de toute identité, au cœur de ce quise désigne par une sorte de redoublement de moi-même ; ce moi-même étant, vous le voyez, déjà ce metipsissimum, une sorte d'au jour d'aujourd'hui dont nous ne nous apercevons pas, et qui est bien là dans le moi-même. C'est alors dans un metipsissimum que s'engouffrent, après le moi, le toi, le lui, le elle, le eux, le nous, le vous, et jusqu'au soi qui se trouve donc en français être un soi-même. Aussi nous voyons là en somme dans notre langue, une sorte d'indication d'un travail, d'une tendance significative spéciale, que vous me permettrez de qualifier de nihilisme, pour autant qu'à cet acte, cette expérience du moi se réfère. Bien sûr, la chose n'aura d'intérêt qu'incidemment, si nous ne devons pas en retrouver d'autres traits où se révèle ce fait, cette différence nette et facile à repérer, si nous pensons qu'en grec, le autos du soi est celui qui sert à désigner aussi le même, de même qu'en allemand et en anglais, le selbst ou le self qui viendront à fonctionner pour désigner l'identité. Donc, cette espèce de métaphore permanente dans la locution française c'est, je crois, pas pour rien que nous la relevons ici, et que nous nous interrogeons..."
Descartes et le cogito "Je pense donc je suis" :
"...Ce je pense, donc je suis se heurte à cette objection, et je crois qu'elle n'a jamais été faite, c'est que je pense n'est pas une pensée..."
"...Bien entendu, Descartes nous propose ces formules au débouché d'un long processus de pensée, et il est bien certain que la pensée dont il s'agit est une pensée de penseur. Je dirai même plus, cette caractéristique, c'est une pensée de penseur, n'est pas exigible pour que nous parlions de pensée. Une pensée, pour tout dire, n'exige nullement qu'on pense à la pensée.
Pour nous particulièrement, la pensée commence à l'inconscient. On ne peut que s'étonner de la timidité qui nous fait recourir à la formule des psychologues quand nous essayons de dire quelque chose sur la pensée, la formule de dire que c'est une action à l'état d'ébauche, à l'état réduit, le petit modèle économique de l'action..."
"... J'entends par là qu'à notre avis, on n'a justement pas assez usé de la fameuse aporie d'Épiménide, qui n'est qu'une forme plus développée de ce que je viens de vous présenter à propos de Je mens, que : « Tous les Crétois sont des menteurs, ainsi parle Épiménide le Crétois », et vous voyez aussitôt le petit tourniquet qui s'engendre..." "...Pour éclairer mon propos, je pointerai ceci que je pense, pris tout court sous cette forme, n'est logiquement pas plus sustentable, pas plus supportable que le je mens, qui a déjà fait problème pour un certain nombre de logiciens, ce je mens qui ne se soutient que de la vacillation logique, vide sans doute mais soutenable, qui déploie ce semblant de sens, très suffisant d'ailleurs pour trouver sa place en logique formelle. Je mens, si je le dis, c'est vrai, donc je ne mens pas, mais je mens bien pourtant, puisqu'en disant je mens, j'affirme le contraire. Il est très facile de démonter cette prétendue difficulté logique et de montrer que la prétendue difficulté où repose ce jugement tient en ceci : le jugement qu'il comporte ne peut porter sur son propre énoncé, c'est un collapse..."
Leçon 2 22 novembre 1961
einziger Zug
"...Disons-le tout de suite, d'une formule que tout notre développement par la suite éclairera, ce que je veux dire, c'est que pour nous analystes, ce que nous entendons par identification, parce que c'est ce que nous rencontrons dans l'identification, dans ce qu'il y a de concret dans notre expérience concernant l'identification, c'est une identification de signifiant..."
"...Dès lors, le je pensêtre qu'on nous propose pour nous y introduire, peut paraître, dans cette perspective, un artifice mal tolérable puisque aussi bien à formuler les choses ainsi, l'être déjà détermine le registre dans lequel s'inaugure toute ma démarche; ce je pensêtre, je vous l'ai dit la dernière fois, ne peut même dans le texte de Descartes, se connoter que des traits du leurre et de l'apparence. Je pensêtre n'apporte avec lui aucune autre consistance plus grande que celle du rêve où effectivement Descartes, à plusieurs temps de sa démarche, nous a laissés suspendus. Le je pensêtre peut lui aussi se conjuguer comme un verbe, mais il ne va pas loin, je pensêtre, tu pensêtres, avec l's si vous voulez à la fin, cela peut aller encore, voire il pensêtre. Tout ce que nous pouvons dire c'est que si nous en faisons les temps du verbe d'une sorte d'infinitif pensêtrer, nous ne pourrons que le connoter de ceci qui s'écrit dans les dictionnaires que toutes les autres formes, passée la troisième personne du singulier du présent, sont inusitées en français. Si nous voulons faire de l'humour nous ajouterons qu'elles sont suppléées ordinairement par les mêmes formes du verbe complémentaire de pensétrer, le verbe s'empêtrer..."
"Le doute de Descartes, on l'a souligné, et je ne suis pas non plus le premier à le faire, est un doute bien différent du doute sceptique bien sûr. Auprès du doute de Descartes, le doute sceptique se déploie tout entier au niveau de la question du réel. Contrairement à ce qu'on croit, il est loin de le mettre en cause, il y rappelle, il y rassemble son monde, et tel sceptique dont tout le discours nous réduit à ne plus tenir pour valable que la sensation, ne la fait pas du tout pour autant s'évanouir, il nous dit qu'elle a plus de poids, qu'elle est plus réelle que tout ce que nous pouvons construire à son propos. Ce doute sceptique a sa place, vous le savez, dans la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel. Il est un temps de cette recherche, de cette quête à quoi s'est engagé par rapport à lui-même le savoir, ce savoir qui n'est qu'un savoir pas encore, donc qui de ce fait est un savoir déjà.
Ce n'est pas du tout ce à quoi Descartes s'attaque. Descartes n'a nulle part sa place dans la Phénoménologie de l'Esprit, il met en question le sujet lui-même et, malgré qu'il ne le sache pas, c'est du sujet supposé savoir qu'il s'agit ; ce n'est pas de se reconnaître dans ce dont l'esprit est capable qu'il s'agit pour nous, c'est du sujet lui-même comme acte inaugural qu'il est question. C'est, je crois, ce qui fait le prestige, ce qui fait la valeur de fascination, ce qui fait l'effet de tournant qu'a eu effectivement dans l'histoire cette démarche insensée de Descartes, c'est qu'elle a tous les caractères de ce que nous appelons dans notre vocabulaire un passage à l'acte..."
"...Qu'est-ce à dire ? Sinon que nous nous trouvons là dans tout ce qu'on peut appeler la batterie du signifiant, confrontés à ce trait unique, à cet einziger Zug que nous connaissons déjà, pour autant qu'à la rigueur il pourrait être substitué à tous les éléments de ce qui constitue la chaîne signifiante, la supporter, cette chaîne à lui seul et simplement d'être toujours le même. Ce que nous trouvons à la limite de l'expérience cartésienne comme telle du sujet évanouissant, c'est la nécessité de ce garant, du trait de structure le plus simple, du trait unique si j'ose dire, absolument dépersonnalisé, non pas seulement de tout contenu subjectif, mais même de toute variation qui dépasse cet unique trait, de ce trait qui est un d'être le trait unique. La fondation de l'un que constitue ce trait n'est nulle part prise ailleurs que dans son unicité. Comme tel on ne peut dire de lui autre chose sinon qu'il est ce qu'a de commun tout signifiant, d'être avant tout constitué comme trait, d'avoir ce trait pour support.
Est-ce que nous allons pouvoir, autour de cela, nous rencontrer dans le concret de notre expérience ? Je veux dire ce que vous voyez déjà pointer, à savoir la substitution, dans une fonction qui a donné tellement de mal à la pensée philosophique, à savoir cette pente presque nécessairement idéaliste qu'a toute articulation du sujet dans la tradition classique, lui substituer cette fonction d'idéalisation en tant que sur elle repose cette nécessité structurale qui est la même que j'ai déjà devant vous articulée sous la forme de l'idéal du moi, en tant que c'est à partir de ce point, non pas mythique, mais parfaitement concret d'identification inaugurale du sujet au signifiant radical, non pas de l'un plotinien, mais du trait unique comme tel, que toute la perspective du sujet comme ne sachant pas peut se déployer d'une façon rigoureuse. C'est ce, qu'après vous avoir fait passer aujourd'hui sans doute par des chemins dont je vous rassure en vous disant que c'est sûrement le sommet le plus difficile de la difficulté par laquelle j'ai à vous faire passer qui est franchi aujourd'hui, c'est ce que je pense pouvoir devant vous, d'une façon plus satisfaisante, plus faite pour nous faire retrouver nos horizons pratiques, commencer de formuler.
X
: L'angoisse
XI
: Les quatre concepts fondamentaux
XII
: Problèmes cruciaux de la psychanalyse
XIII
: L'objet de la psychanalyse
XIV
: La logique du fantasme
XV
: L'acte psychanalytique
XVI
: D'un Autre à l'autre
13 novembre 1968 - la plus value, le plus de jouir, l'objet petit a, Marx, Pascal... 15 janvier 1969 :
"...Quoi qu'il en soit, la figure du plaisir, même celle qui est chez Freud, est frappée d'une ambiguïté avouée, celle justement de l'au-delà, comme il l'a dit, du principe du plaisir. Nous n'allons pas ici nous étendre. Pour nous en acquitter, nous dirons Freud écrit : "La jouissance est masochiste dans son fond" ; il est bien clair qu'il n'y a là que métaphore, puisque aussi bien le masochisme est quelque chose d'un niveau autrement organisé que cette tendance radicale..."
22 janvier 1969 :
"...Nous connaissons ça ; nous le retrouvons, nous, analystes. La forme la plus caractéristique, la plus subtile que nous ayons donnée de la fonction cause du désir, c'est ce qui s'appelle la jouissance masochiste ; c'est une jouissance analogique, c'est-à-dire qu'au niveau du plus de jouir, le sujet y prend de façon qualifiée cette position de perte, de déchet, qui est représentée par a, et que l'Autre, tout son effort est de le constituer comme champ seulement articulé sous le mode de cette loi, de ce contrat sur lequel notre ami Deleuze a mis si heureusement l'accent pour suppléer à l'imbécillité frémissante qui règne dans le champ de la psychanalyse !..."
5 mars 1969 :
"...Quand, sous le biais d'une articulation théorique, elle dénonce dans un comportement le fonctionnement de la pulsion orale, de la pulsion anale, de l'autre encore, scoptophilique ou de la pulsion sadomasochiste, c'est bien pour dire que quelque chose s'en satisfait dont il va de soi qu'on ne peut le désigner autrement que comme ce qui est dessous, un sujet, un upokeimenon, quelque division qui doive nécessairement en résulter pour lui, au nom de ceci qu'il n'est là que le sujet d'un instrument en fonctionnement, d'un organon, le terme ici étant employé moins dans son accent anatomique, prolongement, appendice naturel plus ou moins animé d'un corps, que proprement dans son sens originel qui est celui où Aristote, au regard de la logique l'emploie, d'appareil, d'instrument..."
12 mars 1969 :
"... C'est que l'objet a joue ce rôle par rapport à la vacuole. Autrement dit il est ce qui chatouille das Ding par l'intérieur. Voilà. C'est ce qui fait le mérite essentiel de tout ce qu'on appelle oeuvre d'art. Néanmoins la chose mérite d'être détaillée. Et comme l'objet a a plus d'une forme comme l'énonce expressément Freud en disant dans son analyse de la pulsion que l'objet, ça peut être très variable, ça valse, néanmoins nous sommes arrivés à en énoncer quatre, entre l'objet oral, l'objet anal, l'objet si vous voulez scoptophilique et l'objet sado-masochique. Quel est-il, celui-là ? Disons qu'à propos de celui-là, la prochaine fois vous réserve des surprises..." 26 mars 1969 :
"... C'est au niveau de ce champ, du champ de l'Autre en tant que déserté par la jouissance, que l'acte exhibitionniste se pose pour y faire surgir le regard. C'est en cela qu'on voit qu'il n'est pas symétrique de ce qu'il en est du voyeur, car ce qui importe au voyeur, et très souvent de ce qu'ait été en quelque sorte profané à son niveau tout ce qui peut être vu, c'est justement d'interroger dans l'Autre ce qui ne peut se voir, ce qui au niveau d'un corps grêle, d'un profil de petite fille, est l'objet du désir du voyeur, c'est très précisément ce qui ne peut s'y voir qu'à ce qu'elle le supporte de l'insaisissable même, d'une ligne où il manque, c'est-à-dire le phallus..."
23 avril 1969 :
"...C'est bien que dans la grammaire, il doit rester quelque chose très riche de propriétés et de conséquences qui fait que nous nous apercevons qu'un fantasme ne s'exprime dans rien de mieux qu'une phrase qui n'a de sens que grammatical, qui dans son jeu en tout cas, pour ce qui est de la formation du fantasme, n'est agité que grammaticalement, à savoir Un enfant est battu par exemple. C'est en tant que quelque chose n'y est censuré et ne peut être censuré que de la structure grammaticale, à savoir l'agent par exemple, que quelque chose peut opérer autour de cette phrase..."
30 avril 1969 :
"... que cette façon de parer à la béance radicale dans l'ordre du signifiant que représente le recours à la castration, d'y parer ce qui est la base et le principe de la structure perverse, en pourvoyant de quelque chose qui comble, qui remplace le manque phallique, en pourvoyant cet Autre et en tant qu'il est asexué, est-ce que ce n'est pas cela qu'un jour, devant vous, j'avais désigné du terme de l'hommelle. Voilà une référence qui, quant à l'assiette d'un certain dehors au regard du jeu de l'inconscient, vous rendra dans son épinglage, paraît-il seulement pittoresque, quelques services..."
7 mai 1969 :
"... Qu'il ait plusieurs fois fait le tour et dénommé de noms différents de mêmes choses qu'il se trouvait retrouver après son périple n'est pas pour nous étonner. Freud a parlé beaucoup de l'amour, avec la distance qui convenait. Ce n'est pas parce que ça a monté à la tête de ceux qui l'ont suivi que nous n'avons pas à bien remettre les choses au niveau d'où il les a fait partir. Au niveau de l'amour, il a distingué la relation anaclitique et la relation narcissique. Comme il s'est trouvé qu'à d'autres endroits, il opposait l'investissement de l'objet à celui du corps propre, appelé dans cette occasion narcissique, on a cru pouvoir édifier là-dessus je ne sais quoi du type vases communicants grâce à quoi c'est l'investissement de l'objet qui, à lui seul, prouvait qu'on est sorti de soi, qu'on a fait passer la substance libidinale là où il fallait..."
4 juin 1969 : "...Mais le masochiste a beau échouer, il en jouit tout de même..."
18 juin 1969 :
"... J'ai dit que j'aborderai aujourd'hui ce qu'il en est de la névrose et, vous l'avez entendu, je l'ai amorcé au niveau de l'obsessionnel, en articulant que rien de l'obsessionnel ne se conçoit que référé à une structure qui est celle dans laquelle, pour le maître, en tant qu'il fonctionne comme 1, un signifiant qui ne subsiste que d'être représenté auprès du second 1 qui est dans l'Autre, en tant que celui-ci figure l'esclave où seule réside la fonction subjective du maître, entre l'un et l'autre, rien de commun sinon ce que j'ai dit avoir été d'abord articulé par Hegel comme la mise en jeu au niveau du maître, de sa vie, à lui. En ceci consiste l'acte de maîtrise, le risque de vie..."
XVII
: L'envers de la psychanalyse
XVIII
: D'un discours qui ne serait pas du semblant
XIX
: ... ou pire
XX
: Encore
XXI
: Les non-dupes errent
XXII
: 1953 RSI
XXIII
: L'insu que sait de l'une bévue s'aile à moure
XXV
: Le moment de conclure
1975 - 1976 : le Sinthome
18 novembre 1975 :
"... C’est bien là, c’est bien là que gît ceci que c’est une erreur de penser que ce soit une norme pour le rapport de trois fonctions qui n’existent l’une à l’autre dans leur exer-cice, que chez l’être qui, de ce fait, se croit être homme. Ce n’est pas que soient rompus le Symbolique, l’Imaginaire et le Réel qui définit la perversion, c’est que ils sont déjà distincts (Fig.5), et qu’il en faut supposer un quatrième qui est le sinthome en l’occa-sion, qu’il faut supposer té-tradique ce qui fait le lien borroméen, que perversion ne veut dire que version vers le père, et qu’en somme le père est un symptôme ou un sinthome, comme vous le voudrez. L’ex-sistence du symptôme c’est ce qui est impliqué par la position même, celle qui suppose ce lien – de l’Imaginaire, du Symbolique et du Réel – énigmatique..."
10 février 1976 : "...D’abord, parce qu’il est clair que la Jouissance du réel comporte ce dont Freud s’est aperçu, comporte le masochisme; et c’est évidemment pas de ce pas-là qu’il était parti. Le masochisme qui est le majeur de la Jouissance que donne le Réel, il l’a découvert, il l’avait pas tout de suite prévu..."
11 mai 1976 :
"... Le masochisme n’est pas du tout exclu des possibilités de stimulation sexuelle de Joyce...
C’est ça que on appelle l’ego. Si l’ego est dit narcissique, c’est bien parce qu’il y a quelque chose à un certain niveau qui supporte le corps comme image. Mais est-ce que, dans le cas de Joyce, le fait que cette image, dans l’occasion, ne soit pas intéressée, est-ce que ce n’est pas ça qui signe que l’ego a une fonction, dans cette occasion, toute particulière ? ...
Mais de cette intuition, à cette intuition, j’essaie de donner un autre corps, précisément, dans mon nœud bo qui est si bien fait pour évoquer le mont Neubo ou, comme on dit, la Loi, la Loi qui n’a absolument rien à faire avec les lois du monde réel, les lois du monde réel étant d’ailleurs une question qui reste toute entière ouverte, et la Loi, dans l’occasion, est simplement la Loi de l’amour, c’est-à-dire la perversion..." 11 mai 1976 :
"...Vous m’avez entendu très souvent énoncer ceci que la psychana-lyse n’a même pas été foutue d’inventer une nouvelle perversion. C’est triste ! Parce qu’après tout si la perversion c’est l’essence de l’homme, quelle infécondité dans cette pratique ! ..."
Extraits du séminaire
de Jacques Lacan
le sado-masochisme 1
le sado-masochisme 2
le sado-masochisme 3
haut
Amendements |
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"... La psychanalyse est un remède contre l'ignorance, elle est sans effet pour la connerie..." Jacques Lacan
"... Ce que la psychanalyse montre avec certitude, c'est qu'on revient toujours vers les signifiants qui ont été formateurs, qu'ils soient familiaux ou culturels.
Il n'existe pas d'homme nouveau créé ex nihilo, et l'idée d'un Homo psychanalyticus, né d'une psychanalyse réussie, est contradictoire avec ce que nous enseigne notre expérience.
Nous sommes les produits des expériences, notamment psychanalytiques, qui nous permettent d'avoir accès à cette histoire; et nous ne pouvons nous désolidariser du frayage qui a rendu possible un tel accès.
Là se situe la dette symbolique. Ce qui exclut tout autant qu'on fétichise les paroles, les écrits envers qui nous sommes redevables : car c'est à nous-mêmes qu'il appartient de les reprendre à notre compte afin qu'ils prennent la force et la dimension propres à ce qui fait acte."
Jean Clavreul "Le désir et la loi dans L'éthique psychanalytique en question
Télévision :
Le racisme
Télévision :
Le refoulement
Télévision :
Deux sexes... la femme n'existe pas
Télévision : Psychologues, psychothérapeutes, psychiatres...
Télévision : Psychologie... "y'a du sens qui fait prendre pour le bon sens, et par dessus le marché pour commun, c'est le sommet du comique, à ceci près que le comique ne va pas sans le savoir sensible, sensible dans ce qui l'énonce, le savoir du non rapport qui est dans le coup, le coup du sexe, c'est là que notre dignité prend son relais, voire sa relève. Le bon sens représente ce qui opère dans la suggestion..."
Télévision : Différence entre la psychothérapie et psychanalyse ... "...deux versants que nous livre la structure... le versant du sens... celui dont on "croirait" que c'est le versant de l'analyse..."
Conférence du 11 février 1975 R.S.I.
Conférence du 11 mars 1975 R.S.I.
Conférence du 11 avril 1975 R.S.I. Conférence du 13 mai 1975 R.S.I.
La troisième... c'est toujours la première comme dit Gérard de Nerval... Discours de Rome... 4 objets petit "a"...
Jean clavreul
Autre
Concepts
Denégation
Don
Dupent
Familiaux
fantasme
Lacan
Père
Réalité
RSI
Sinthome
Théorie
Identification
Ferdinand de Saussure (Payot)
Cours de linguistique générale (p.151)
Chapitre III - Identités Réalités Valeurs
Le mécanisme linguistique roule tout entier sur des identités et des différences, celles-ci n'étant que la contre-partie de celles-là. Le problème des identités se retrouve donc partout ; mais d'autre part, il se confond en partie avec celui des entités et des unités, dont il n'est qu'une complication, d'ailleurs féconde. Ce caractère ressort bien de la comparaison avec quelques faits pris en dehors du langage. Ainsi nous parlons d'identité à propos de deux express "Genève-Paris 8h45 du soir" qui partent à vingt quatre heures d'intervalle. A nos yeux, c'est le même express, et pourtant probablement locomotive, wagons, personnel, tout est différent. Ou bien si une rue est démolie, puis rebâtie, nous disons que c'est la même rue, alors que matériellement il ne subsiste peut-être rien de l'ancienne. Pourquoi peut-on reconstruire une rue de fonds en comble sans qu'elle cesse d'être la même ? Parce que l'entité qu'elle constitue n'est pas purement matérielle ; elle est fondée sur certaines conditions auxquelles sa matière occasionnelle est étrangère, par exemple sa situation relativement aux autres ; pareillement, ce qui fait l'express, c'est l'heure de son départ, son itinéraire et en général toutes les circonstances qui le distinguent des autres express. Toutes les fois que les mêmes conditions sont réalisées, on obtient les mêmes entités. Et pourtant celles-ci ne sont pas abstraites, puisqu'une rue ou un express ne se conçoivent pas en dehors d'une réalisation matérielle.
Opposons aux cas précédents celui _ tout différent _ d'un habit qui m'aurait été volé et que je retrouve à l'étalage d'un fripier. Il s'agit là d'une entité matérielle, qui réside uniquement dans la substance inerte, le drap, la doublure, les parements, etc. Un autre habit, si semblable soit-il au premier, ne sera pas le mien. Mais l'identité linguistique n'est pas celle de l'habit, c'est celle de l'express et de la rue. Chaque fois que j'emploie le mot "Messieurs", j'en renouvelle la matière ; c'est un nouvel acte phonique et un nouvel acte psychologique. Le lien entre les deux emplois du même mot ne repose ni sur l'identité matérielle, ni sur l'exacte similitude des sens, mais sur des éléments qu'il faudra rechercher et qui feront toucher de très près à la nature véritable des unités linguistiques..."
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