Le Don
Jacques Lacan, psychanalyste
Le Moi : 26 avril 1955 (édition Seuil : Interprétation de Jacques Alain Miller)
Avertissement : Le séminaire de Jacques Lacan est un séminaire essentiellement oral. Vous pouvez trouver des enregistrements sonores de ce séminaire...
"...Qu'est-ce, après tout, qu'une lettre ? Comment une lettre peut-elle être volée ? A qui appartient-elle ? A qui l'a envoyée, ou à qui elle est destinée ? Si vous dites qu'elle appartient à qui l'a envoyée, en quoi consiste le don d'une lettre ? Pourquoi est-ce qu'on envoie une lettre ? Et si vous pensez qu'elle appartient au destinataire, comment se fait-il que, dans certaines circonstances, on rende ses lettres au personnage qui vous en a bombardé pendant une partie de votre existence ?
On peut être sûr, quand on prend un de ces proverbes attribués à la sagesse des nations laquelle sagesse est dénommée ainsi par antiphrase de tomber sur une stupidité. Verba volant, scripta manent. Avez-vous réfléchi qu'une lettre, c'est justement une parole qui vole ? S'il peut y avoir une lettre volée, c'est qu'une lettre est une feuille volante. Ce sont les scripta qui volant, alors que les paroles, hélas, restent. Elles restent même quand personne ne s'en souvient plus. Exactement comme après cinq cent mille signes dans la série des plus et moins, l'apparition des α, β, γ, δ restera déterminée par les mêmes lois.
Les paroles restent. Le jeu des symboles, vous n'y pouvez rien, et c'est pour ça qu'il faut faire très attention à ce que vous dites. Mais la lettre, elle, elle s'en va. Elle se promène toute seule. J'ai souvent insisté pour faire comprendre à M. Guiraud qu'il pouvait y avoir sur la table deux kilos de langage. Il n'y a pas besoin qu'il y en ait tant une toute petite feuille de papier vélin est aussi bien un langage qui est là. Il est là, et il n'existe qu'en tant que langage, il est la feuille volante. Mais il est aussi autre chose, qui a une fonction particulière, inassimilable absolument à aucun objet humain. Les personnages donc jouent leur rôle. Il y a un personnage qui tremble, la reine. Sa fonction est de ne pas pouvoir trembler au-delà d'une certaine limite. Si elle tremblait un tout petit peu plus, si le reflet du lac qu'elle représente parce qu'elle est la seule qui ait vraiment pleine conscience de la scène se troublait davantage, elle ne serait plus la reine, elle serait complètement ridicule, et nous ne pourrions même plus supporter la cruauté terminale de Dupin. Mais elle ne pipe pas. Il y a un personnage qui ne voit rien, le roi. Il y a le ministre. Il y a la lettre.
Cette lettre, qui est une parole adressée à la reine par quelqu'un, le duc de S., à qui est-elle vraiment adressée ? Dès lors que c'est une parole, elle peut avoir plusieurs fonctions. Elle a la fonction d'un certain pacte, d'une certaine confidence. Peu importe qu'il s'agisse de l'amour du duc ou d'un complot contre la sûreté de l'État, ou même d'une banalité. Elle est là, dissimulée dans une espèce de présence-absence. Elle est là, mais elle n'est pas là, elle n'est là dans sa valeur propre que par rapport à tout ce qu'elle menace, à tout ce qu'elle viole, à tout ce qu'elle bafoue, à tout ce qu'elle met en danger ou en suspens.
C'est une vérité qui n'est pas bonne à publier, cette lettre qui n'a pas le même sens partout. Dès qu'elle passe dans la poche du ministre, elle n'est plus ce qu'elle était avant, quoi que ce soit qu'elle ait été. Elle n'est plus une lettre d'amour, une lettre de confidence, l'annonce d'un événement, elle est une preuve, à l'occasion une pièce à conviction. Si nous imaginons ce pauvre roi, piqué de quelque tarentule qui en ferait un roi d'une plus grande grâce, un de ces rois non débonnaires capables de laisser passer la chose et d'envoyer ensuite leur digne épouse devant de grands juges, comme ça s'est vu à de certains moments de l'histoire d'Angleterre toujours l'Angleterre, nous nous apercevons que l'identité du destinataire d'une lettre est aussi problématique que la question de savoir à qui elle appartient. En tout cas, à partir du moment où elle est entre les mains du ministre, elle est en elle-même devenue autre chose..."
Le Moi : 12 mai 1955 (édition Seuil : Interprétation de Jacques Alain Miller)
Questions à celui qui enseigne…
M. DURANDIN : - C'est bien ce registre-là. Mais pourquoi croyez-vous qu'il y a là quelque chose que vous puissiez lier à une parole creuse ou vide ? Ne croyez-vous pas que la question reste parfaitement authentique ? Vous vous placez dans le registre où se place La Rochefoucauld, et ce n'est pas pour rien que le moi devient à cette époque une question si importante. Quoi que vous fassiez, sous quelque forme que vous maniiez la pensée, c'est-à-dire, ne vous en déplaise, toujours sous une forme parlée, la question gardera toute sa valeur. Car, pour autant que le sujet se place dans le registre du moi, tout est en effet dominé par la relation narcissique. N'est-ce pas ce que nous évoquons quand nous disons par exemple que, dans toute espèce de don, il y a une dimension narcissique inéliminable ? Croyez-vous que le sujet finira par trouver sa voie en abandonnant la question ? Comment ?
M. DURANDIN : - En la reformulant, et en en prenant conscience.
Mais comment ? Quelles idées vous faites-vous de la façon dont il peut reformuler la question ?
M. DURANDIN : - S'il se pose la question en termes de générosité ou lâcheté, c'est probablement parce qu'il prend le concept au sérieux, comme des choses.
Il peut les prendre au sérieux sans les prendre comme des choses.
M. DURANDIN : - Ce n'est pas commode.
Ce que vous dites est exact. Il y a une pente vers la chosification.
M. DURANDIN : - Alors un exercice de langage peut être un exercice de reformulation de la pensée. Et à partir de quoi ? A partir de l'expérience du fait qu'on tombe alors dans des choses un peu mystérieuses et ineffables. C'est enfin de compte la réalité. La réalité, on en prend conscience en la découpant, en l'articulant. Mais elle est tout de même quelque chose avant d'être nommée.
Elle est innommable.
M. DURANDIN : - Ce qui se passe dans les tripes, c'est innommable, mais ça finit par se nommer.
Mais tout ce que vous sentez, et jusque dans vos tripes, comme vous dites à très juste titre, ne peut même prendre sa suite de réactions vago-sympathiques qu'en fonction de la chaîne de questions que vous aurez introduites. C'est en cela que vous êtes un homme. Toutes les particularités, les bizarreries, le rythme même de vos réactions vago-sympathiques, tient à la façon dont les questions se sont introduites dans votre histoire historisée-historisante, dès que vous savez parler. Ça va bien au-delà de la formation de dressage.
Pour évoquer un thème souvent présent dans Freud, c'est en fonction du caractère significatif sous lequel se sera présenté la première fois le fait que vous aurez fait dans vos culottes qu'il pourra se faire que dans la suite, à un âge où ça ne se fait plus du tout, vous recommenciez. Ce lâchage a été interprété comme un signe, que vous ayez perdu la face ou qu'il ait été lié à une émotion érotique relisez l'Homme aux loups. Il a pris une valeur dans la phrase, une valeur historique, une valeur de symbole, qu'il continuera à avoir, ou non. Mais c'est en tout cas à partir de la valeur que votre réaction tripale a prise la première fois, qu'une différenciation se fera au niveau de vos tripes et de votre tube digestif, et qu'à jamais la chaîne des effets et des causes sera autre. Si ce n'est pas ce que nous enseigne la psychanalyse, elle ne ne nous enseigne rien du tout.
En fin de compte, la pensée incluse dans le terme de déverbalisation est la suivante toutes les paroles du sujet n'établissent que de faux problèmes. Est-ce, qu'on peut même imaginer que cette idée puisse donner la solution de ce qui gît dans la question que le sujet se pose ? Ne s'agit-il pas au contraire de lui faire comprendre jusqu'où cette dialectique d'amour-propre, en l'occasion, a fait partie jusque-là de son discours ? que c'est authentiquement qu'il pose sa question, pour autant que son moi joue ce rôle dans ses relations humaines, et ce, en raison de son histoire, qu'il faut lui faire restituer complète ?
Dans la position de l'obsessionnel, par exemple, tout ce qui est de l'ordre du don est pris dans ce réseau narcissique dont il ne peut pas sortir. Ne faut- il pas épuiser jusqu'à son dernier terme la dialectique du narcissisme pour qu'il en trouve l'issue ? Faut-il le faire battre en retraite de telle sorte qu'il n'articule jamais plus un mot, ou bien au contraire faut-il pousser le discours à son dernier terme d'une façon qui emporte toute l'histoire ? L'histoire fondamentale de l'obsessionnel, c'est qu'il est entièrement aliéné dans un maître dont il attend la mort, sans savoir qu'il est déjà mort, de sorte qu'il ne peut faire un pas.
N'est-ce pas en lui faisant apercevoir de quoi il est vraiment le prisonnier et l'esclave, du maître mort, que vous pouvez espérer la solution ?
Ce n'est pas en le poussant à abandonner son discours, mais en l'incitant à le poursuivre au dernier degré de sa rigueur dialectique, que vous pourrez lui faire comprendre comment il est toujours frustré de tout par avance. Plus il s'accorde de choses, plus c'est à l'autre, à ce mort, qu'il les accorde, et il se retrouve éternellement privé de toute espèce de jouissance de la chose. S'il ne comprend pas ce pas, il n'y a aucune chance que vous vous en sortiez jamais.
Vous lui dites que c'est un fin découpage. Et après ? Vous croyez que cette philosophie a en elle-même une valeur cathartique ? Certainement pas. Quel que soit votre mépris de la question, il ne pourra pas se faire que vous ne la voyiez éternellement se reproduire. Il n'y a aucune raison que le sujet arrive à n'avoir plus de moi, si ce n'est dans une position extrême telle que celle d'Œdipe à la fin de son existence.
Personne n'a jamais étudié les derniers moments d'un obsessionnel. Cela vaudrait la peine. Peut-être y a-t-il à ce moment-là une révélation. Si vous voulez obtenir une révélation un peu plus précoce, ce n'est cer-tainement pas par l'abandon de la parole..."
Le Moi : 8 juin 1955 (édition Seuil : Interprétation de Jacques Alain Miller)
Sosie
"...Prenons le cas concret de l'obsédé. L'incidence mortelle du moi est chez lui portée au maximum. Il n'y a pas derrière l'obsession, comme vous le disent certains théoriciens, le danger de la folie, le symbole déchaîné. Le sujet obsédé n'est pas le sujet schizoïde qui, en quelque sorte, parle directement au niveau de ses pulsions. C'est le moi en tant qu'il porte lui-même sa dépossession, c'est la mort imaginaire. Si l'obsédé se mortifie, c'est parce que, plus qu'un autre névrosé, il s'attache à son moi, qui porte en soi la dépossession et la mort imaginaire.
Et pourquoi ? Le fait est évident l'obsédé est toujours un autre. Quoi qu'il vous raconte, quelques sentiments qu'il vous apporte, c'est toujours ceux d'un autre que lui-même. Cette objectalisation de lui-même n'est pas due à un penchant ou à un don introspectif. C'est dans la mesure où il évite son propre désir que tout désir dans lequel, fût-ce même apparemment, il s'engage, il le présentera comme le désir de cet autre lui-même qu'est son moi. Et n'est-ce pas abonder dans son sens que de penser à renforcer son moi ? à lui permettre ses diverses pulsions, et son oralité, et son analité, et son stade oral tardif, et son stade anal primaire ? à lui apprendre à reconnaître ce qu'il veut, et qu'on sait depuis le départ, la destruction de l'autre ? Et comment cela ne serait-il pas la destruction de l'autre, puisqu'il s'agit de la destruction de lui-même, ce qui est exactement la même chose ?
Avant de lui permettre de reconnaître la fondamentale agressivité qu'il disperse et réfracte sur le monde, et qui structure toutes ses relations objectales, il faut lui faire comprendre quelle est la fonction de ce rapport mortel qu'il entretient avec lui-même, et qui fait que, dès qu'un sentiment est le sien, il commence par l'annuler. Si l'obsédé vous dit qu'il ne tient pas à quelque chose ou à quelqu'un, vous pouvez penser que ça lui tient à cœur. Là où il s'exprime avec la plus grande froideur, c'est là où ses intérêts sont engagés au maximum.
Faire en sorte que l'obsédé se reconnaisse lui-même dans l'image décomposée qu'il nous présente de lui-même sous la forme plus ou moins épanouie, dégradée, relâchée, de ses pulsions agressives, est sans doute essentiel, mais ce n'est pas dans ce rapport duel avec lui-même qu'est la clé de la cure.
L'interprétation de son rapport mortel à lui-même ne peut avoir une portée que si vous lui en faites comprendre la fonction.
Ce n'est pas à lui-même, ni réellement, qu'il est mort.
Il est mort pour qui ? Pour celui qui est son maître.
Et par rapport à quoi ? Par rapport à l'objet de sa jouissance.
Il efface sa jouissance pour ne pas réveiller la colère de son maître.
Mais, d'autre part, s'il est mort, ou s'il se présente comme tel, il n'est plus là, c'est un autre que lui qui a un maître et, inversement, lui-même a un autre maître. Par suite, il est toujours ailleurs. En tant que désirant, il se dédouble indéfiniment en une série de personnages dont les Fairbairn font la découverte émerveillée. A l'intérieur de la psychologie du sujet, il y a, note Fairbairn, beaucoup plus que les trois personnages dont nous parle Freud, id, superego, et ego, il y en a toujours au moins deux autres qui apparaissent dans les coins. Mais on peut encore en trouver d'autres, comme dans une glace avec tain si vous regardez attentivement, il n'y a pas seulement une image, mais une seconde, qui se dédouble, et si le tain est assez épais, il y en a une dizaine, une vingtaine, une infinité. De même, dans la mesure où le sujet s'annule, se mortifie devant son maître, il est encore un autre, puisqu'il est toujours là, un autre avec un autre maître et un autre esclave, etc. L'objet de son désir, comme je l'ai montré dans mon commentaire de l'Homme aux rats, et aussi bien à partir de mon expérience rapprochée de Poésie et Vérité, subit également un dédoublement automatique. Ce à quoi tient l'obsédé est toujours autre, car s'il le reconnaissait vraiment, il serait guéri.
L'analyse ne progresse pas, comme on nous l'affirme, par une espèce d'auto-observation du sujet, fondée sur le fameux splitting, le dédoublement de l'ego qui serait fondamental dans la situation analytique. L'ob-servation est une observation d'observation, et ainsi de suite, ce qui ne fait que perpétuer la relation fondamentalement ambiguë du moi. L'analyse progresse par la parole du sujet en tant qu'elle passe au-delà de la relation duelle, et ne rencontre alors plus rien, sinon l'Autre absolu, que le sujet ne sait pas reconnaître. C'est progressivement qu'il doit réintégrer en lui cette parole, c'est-à-dire parler enfin à l'Autre absolu de là où il est, de là où son moi doit se réaliser, en réintégrant la décomposition paranoïde de ses pulsions dont ce n'est pas assez dire qu'il ne se reconnaît pas en elles fondamentalement, en tant que moi, il les méconnaît.
En d'autres termes, ce que Sosie a à apprendre, ça n'est pas qu'il n'a jamais rencontré son sosie c'est tout à fait vrai qu'il l'a rencontré. Il a à apprendre qu'il est Amphitryon, le monsieur plein de gloire qui ne comprend rien à rien, rien à ce qu'on désire, qui croit qu'il suffit d'être un général victorieux pour faire l'amour avec sa femme. Ce monsieur fondamentalement aliéné qui ne rencontre jamais l'objet de ses désirs, a à s'apercevoir pourquoi il tient fondamentalement à ce moi, et comment ce moi est son aliénation fondamentale. Il a à s'apercevoir de cette gémellité profonde, qui est aussi une des perspectives essentielles de l'Amphitryon, et sur deux plans celui de ces sosies qui se mirent l'un dans l'autre, celui des dieux. D'un double amour, Alcmène engendre un double fruit. Alcmène est beaucoup plus présente chez Plaute - nous avons acquis avec le temps une pudeur qui nous empêche d'aller loin dans les choses.
A travers cette démonstration dramatique, sinon psychodramatique, qu'est, au moins pour nous, le mythe d'Amphitryon, j'ai voulu vous rendre sensible aujourd'hui combien les problèmes vivants que nous nous posons sont inscrits dans le registre d'une pensée traditionnelle. Mais cela ne m'empêche pas de vous conseiller d'aller chercher les témoignages de l'illusion psychologiste que je vous dénonce dans les écrits même des auteurs qui la soutiennent. Vous en avez un très joli exemple chez ce Fairbairn dont je vous parlais l'autre jour..."
La relation d’objet : 12 DECEMBRE 1956 "...A la vérité, il semble qu'il y ait là un malentendu né essentiellement d'une sorte de confusion, et à travers laquelle cette discussion s'avère tellement piétinante, aboutit à des formulations diverses, assez diverses d'ailleurs pour que ça doive nous mener assez loin de les énumérer, et c'est pourquoi je ne peux pas le faire tout de suite puisqu'il nous faut faire un certain progrès dans la conceptualisation de ce dont il s'agit ici. Mais remarquez simplement que quelque chose dont nous avons déjà parlé qui est la théorie de Alice Balint qui cherche à concilier la notion d'auto-érotisme telle qu'elle est donnée dans Freud, avec ce qui semble s'imposer à la réalité de l'objet avec lequel l'enfant est confronté au stade tout à fait primitif de son développement, aboutit à cette conception tout à fait articulée et frappante qui est celle qu'elle appelle le primary love. La seule forme, disent Monsieur et Madame Balint , d'amour dans laquelle l'égoïsme et le don sont parfaitement conciliables, à savoir d'admettre comme fondamentale une parfaite réciprocité dans la position de ce que l'enfant exige de la mère, et d'autre part de ce que la mère exige de l'enfant, une parfaite complémentarité des deux sortes, des deux pôles du besoin qui est quelque chose de tellement contraire à toute expérience clinique justement dans la mesure où nous avons affaire perpétuellement à l'évocation dans le sujet de la marque de tout ce qui a pu survenir de discordances et de discordances vraiment fondamentales que je vais avoir tout à l'heure à rappeler en vous disant que c'est un élément excessivement simple dans le couple, qui n'est pas un couple quelque chose de tellement discordant de la signature donnée dans l'énoncé même de la théorie de ce soi-disant primitif amour parfait et complémentaire simplement par la remarque que ceci, nous dit Alice Balint, que les choses là où les rapports sont naturels, c'est-à-dire chez les sauvages, ça s'est fait depuis toujours, là où l'enfant est bien maintenu au contact de la mère, c'est-à-dire toujours ailleurs, au pays des rêves, là où comme chacun le sait, la mère a toujours l'enfant sur son dos.
C'est évidemment là une sorte d'évasion peu compatible avec une théorisation tout à fait correcte qu'en fin de compte doit se formuler l'aveu que donc c'est dans une position tout à fait idéale, sinon idéative, que peut s'articuler la notion d'un amour aussi strictement complémentaire en quelque sorte destiné par lui-même à trouver sa réciprocité.
Je ne prends cet exemple à la vérité que parce qu'il est introduit à ce que nous allons tout de suite faire remarquer, et qui va être l'élément moteur de la critique que nous sommes en train de faire à propos de la notion de frustration.
Il est clair que ça n'est pas tout à fait l'image de représentation fondamentale que nous donne une théorie par exemple comme la théorie kleinienne. Il est amusant là aussi de voir par quel biais est attaquée cette reconstruction théorique qui est celle de la théorie kleinienne, et en particulier puisqu'il s'agit de relation d'objet, il s'est trouvé qu'est tombé sous ma main un certain bulletin d'activité qui est celui de l'Association des Psychanalystes de Belgique. Ce sont des auteurs que nous retrouverons dans le volume sur lequel j'ai reporté mes notes de ma première conférence, et dont je vous ai dit que ce volume est proprement centré sur une vue optimiste, sans vergogne et tout à fait contestable de la relation d'objet qui lui donne son sens. Ici dans un bulletin un peu plus confidentiel il me semble que les choses sont attaquées avec plus de nuance, comme si à la vérité c'est du manque d'assurance qu'on se faisait un peu honte pour aller l'émettre dans des endroits où assurément il apparaît quand on en prend connaissance, qu'il est plus méritoire…"
… La relation d’objet : 12 DECEMBRE 1956...
"...Introduisons la réponse nous-même. Qu'est-ce qui se produit si elle ne répond plus, si elle déchoit ? Cette structuration symbolique qui la fait objet présent-absent en fonction de l'appel, elle devient réelle à partir de ce moment-là, elle devient réelle pourquoi ? Qu'est-ce que veut dire cette notion que, sortie de cette structuration qui est celle même dans laquelle jusque là elle existe comme agent, nous l'avons dégagée de l'objet réel qui est l'objet de la satisfaction de l'enfant, elle devient réelle, c'est-à-dire qu'elle ne répond plus, elle ne répond plus en quelque sorte qu'à son gré, elle devient quelque chose où entre aussi l'amorce de la structuration de toute la réalité, pour la suite elle devient une puissance. Par un renversement de la position, cet objet, le sein, prenons le comme exemple, on peut le faire aussi enveloppant qu'il soit, peu importe puis-qu'il s'agit là d'une relation réelle, mais par contre à partir du moment où la mère devient puissance et comme telle réelle, c'est d'elle que pour l'enfant va dépendre, et de la façon la plus manifestée, l'accès à ces objets qui étaient jusque là, purement et simplement objets de satisfaction, ils vont devenir de la part de cette puissance objets de don, et comme tels de la même, façon, mais pas plus que n'était la mère jusqu'à présent, susceptibles d'entrer dans une connotation présence-absence, mais comme dépendante de cet objet réel, de cette puissance qui est la puissance maternelle, bref, les objets en tant qu'objets au sens où nous l'entendons, non pas métaphoriquement, mais les objets en tant que saisissables, en tant que possédables.
La notion de not me, de non moi, c'est une question d'observation de savoir si elle entre d'abord par l'image de l'autre ou par ce qui est possédable, ce que l'enfant veut retenir auprès de lui d'objets qui eux-mêmes à partir de ce moment là n'ont plus tellement besoin d'être objets de satisfaction que d'être objets qui sont la marque de la valeur de cette puissance qui peut ne pas répondre et qui est la puissance de la mère. En d'autres termes, la position se renverse la mère est devenue réelle et l'objet devient symbolique ; l'objet devient avant tout témoignage du don venant de la puissance maternelle. L'objet à partir de ce moment là a deux ordres de propriété satisfaisantes, il est deux fois possiblement objet de satisfaction pour autant qu'il satisfait à un besoin, assurément comme précédemment, mais pour autant qu'il symbolise une puissance favorable, non moins assurément. Ceci est très important parce qu'une des notions les plus encombrantes de toute la théorie analytique telle qu'elle se formule depuis qu'elle est devenue, selon une formule, une psychanalyse génétique, c'est la notion d'omnipotence soi-disant de la pensée, de toute-puissance qu'on impute à tout ce qui est le plus éloigné de nous. Comme il est concevable que l'enfant ait la notion de la toute-puissance, il en a en effet peut-être l'essentiel, mais il est tout à fait absurde et il aboutit à des impasses de concevoir que la toute-puissance dont il s'agit c'est la sienne. La toute-puissance dont il s'agit c'est le moment que je suis en train de vous décrire de réalisation de la mère, c'est la mère qui est toute-puissante, ça n'est pas l'enfant, moment décisif, le passage de la mère à la réalité à partir d'une symbolisation tout à fait archaïque, c'est celui-là, c'est le moment où la mère peut donner n'importe quoi. Mais il est tout à fait erroné et complètement impensable de penser que l'enfant a la notion de sa toute-puissance, rien non seulement n'indique dans son développement qu'il l'ait, mais à peu près tout ce qui nous intéresse et tous les accidents sont pour nous montrer que cette toute-puissance et ses échecs ne sont rien dans la question, mais comme vous allez le voir, les carences, les déceptions touchant à la toute-puissance maternelle.
Cette investigation peut vous paraître un peu théorique, mais elle a tout au moins l'avantage d'introduire des distinctions essentielles, les ouvertures qui ne sont pas celles qui sont effectivement mises en usage. Vous allez voir maintenant à quoi cela nous conduit, et ce que nous pouvons d'ores et déjà en indiquer.
Voilà donc l'enfant qui est en présence de quelque chose qu'il a réalisé comme puissance, comme quelque chose qui tout d'un coup est passé d'un plan de la première connotation présence-absence à quelque chose qui peut se refuser et qui détient tout ce dont le sujet peut avoir besoin, et aussi bien même s'il n'en a pas besoin, et qui devient symbolique à partir du moment où cela dépend de cette puissance.
Posons la question maintenant tout à fait à un autre départ. Freud nous dit : il y a quelque chose qui dans ce monde des objets a une fonction tout à fait décisive, paradoxalement décisive, c'est le phallus, cet objet qui lui-même est défini comme imaginaire, qu'il n'est en aucun cas possible de confondre avec le pénis dans sa réalité, qui en est à proprement parler la forme, l'image érigée. Ce phallus a cette importance si décisive que sa nostalgie, sa présence, son instance dans l'imaginaire se trouve plus importante semble-t-il encore pour les membres de l'humanité auxquels il manque, à savoir la femme, que pour celui qui peut s'assurer d'en avoir réalité, et dont toute la vie sexuelle est pourtant subordonnée au fait qu'imaginairement bel et bien il assume et il assume en fin de compte comme licite, comme permis l'usage, c'est-à-dire l'homme. C'est là une donnée. Voyons maintenant notre mère et notre enfant en question, confrontons-les comme d'abord je confronte ce que Michel et Alice Balint selon eux, de même que dans les époux Mortimer à l'époque de Jean Cocteau n'ont qu'un seul cœur, la mère et l'enfant pour Michel et Alice Balint n'ont qu'une seule totalité de besoins. Néanmoins je les conserve comme deux cercles extérieurs. Ce que Freud nous dit, c'est que la femme a dans ses manques d'objets essentiels le phallus, que non seulement cela a le rapport le plus étroit avec sa relation à l'enfant pour une simple raison, c'est que si la femme trouve dans l'enfant une satisfaction, c'est très précisément pour autant qu'elle sature à son niveau, qu'elle trouve en lui ce quelque chose qui la calme plus ou moins bien, ce pénis, ce besoin de phallus. Si nous ne faisons pas entrer ceci nous méconnaissons, non seulement l'enseignement de Freud, mais quelque chose qui se manifeste par l'expérience à tout instant.
Voilà donc la mère et l'enfant qui ont entre eux un certain rapport : l'enfant attend quelque chose de la mère, il en reçoit aussi quelque chose dans cette dialectique dans laquelle nous ne pouvons pas ne pas introduire ce que j'introduis maintenant : l'enfant en quelque sorte, peut, disons d'une façon approximative à la façon dont Monsieur et Madame Balint le formulent, se croire aimé pour lui-même.
La question est celle-ci : dans toute la mesure où cette image du phallus pour la mère n'est pas complètement ramenée à l'image de l'enfant, dans toute la mesure où cette image du phallus pour la mère n'est pas complètement ramenée à l’image de l'enfant, dans toute la mesure où cette diplopie, cette division de l'objet primordial désiré soi-disant, qui serait celui de la mère en présence de l'enfant est en réalité doublée par d'une part le besoin d'une certaine saturation imaginaire, et d'autre part par ce qu'il peut avoir en effet de relations réelles efficientes, instinctuelles, à un niveau primordial qui reste toujours mythique avec l'enfant, dans toute la mesure où pour la mère il y a quelque chose qui reste irréductible dans ce dont il s'agit, en fin de compte si nous suivons Freud, c'est dire que l'enfant en tant que réel symbolise l'image.
S'il est important que l'enfant, en tant que réel pour la mère, prenne pour elle la fonction symbolique de son besoin imaginaire, les trois termes y sont, et toutes sortes de variétés vont là pouvoir s'introduire. L'enfant mis en présence de la mère, toutes sortes de situations déjà structurées existent entre lui et la mère, à savoir à partir du moment où la mère s'est introduite dans le réel à l'état de puissance, quelque chose pour l'enfant ouvre la possibilité d'un intermédiaire comme tel, comme objet de don.
La question est de savoir à quel moment et comment, par quel mode d'accès l'enfant peut être introduit directement à la structure - Symbolique, Imaginaire, Réel - telle qu'elle se produit pour la mère ? Autrement dit à quel moment l'enfant peut entrer, assumer d'une façon nous verrons plus ou moins symbolisée, la situation imaginaire, réelle de ce qu'est le phallus pour la mère, à quel moment l'enfant peut jusque dans une certaine mesure, se sentir dépossédé lui-même de quelque chose qu'il exige de la mère en s'apercevant que ce n'est pas lui qui est aimé, mais quelque chose d'autre qui est une certaine image. Il y a quelque chose qui va plus loin, c'est que cette image phallique, l'enfant la réalise sur lui-même, c'est là qu'intervient à proprement parler la relation narcissique. Dans quelle mesure au moment où l'enfant appréhende par exemple la différence des sexes, cette expérience vient-elle s'articuler avec ce qui lui est offert dans la présence même et l'action de la mère, à la reconnaissance de ce tiers terme imaginaire qu'est le phallus pour la mère ? Bien plus, dans quelle mesure la notion que la mère manque de ce phallus, que la mère est elle-même désirante, non pas seulement d'autre chose que de lui- même, mais désirante tout court, c'est-à-dire atteinte dans sa puissance, est-il quelque chose qui pour le sujet peut être, va être plus décisif que tout ?…"
La relation d’objet 9 janvier 1957
"...Le point essentiel de ces remarques critiques sur l'usage que nous faisons du terme de frustration, qui bien entendu est d'une certaine façon légitimé par le fait que ce qui est essentiel dans cette dialectique, c'est plus le manque d'objet que l'objet lui-même d'une certaine façon la frustration répond fort bien en apparence à cette notion conceptuelle porte sur l'instabilité de la dialectique même de la frustration. Frustration n'est pas privation. Pourquoi ? La frustration est quelque chose dont vous êtes privés par quelqu'un d'autre dont vous pouviez justement attendre ce que vous lui demandiez. Ce qui est en jeu dans la frustration, c'est ce quelque chose qui est moins l'objet que l'amour de qui peut vous faire ce don, si cela vous est donné. L'objet de la frustration c'est moins l'objet que le don.
Nous nous trouvons là à l'origine d'une dialectique qui est l'écart symbolique, elle-même d'ailleurs à chaque instant évanouissante puisque ce don est un don qui n'est pas encore apporté que comme dans une certaine gratuité. Le don vient de l'Autre. Ce qu'il y a derrière l'Autre, à savoir toute la chaîne en raison de quoi vous vient ce don, est encore inaperçu, et ce sera à partir du moment où c'est aperçu, que le sujet s'apercevra que le don est bien plus complet que cela n'apparaît d'abord, à savoir que ça intéresse toute la chaîne humaine. Mais au départ de la dialectique de la frustration il n'y a que cela, cette confrontation avec l'Autre, ce don qui surgit, mais qui, s'il est apporté comme un don, fait s'évanouir l'objet lui-même en tant qu'objet. Si en d'autres termes, la demande était exaucée, l'objet passerait au second plan, par contre si la demande n'est pas exaucée, l'objet aussi dans ce cas là s'évanouit et change de signification.
Si vous voulez soutenir le mot frustration car il y a frustration si le sujet entre dans la revendication que ce terme implique c'est en faisant intervenir l'objet comme quelque chose qui était exigible en droit, qui était déjà de ses appartenances. L'objet à ce moment rentre dans ce qu'on pourrait appeler l'ère narcissique des appartenances du sujet. Dans les deux cas, quoi qu'il arrive, le moment de la frustration est un moment évanouissant qui débouche sur quelque chose qui nous projette dans un autre plan que le plan du pur et simple désir. La demande en quelque sorte a quelque chose que l'expérience humaine connaît bien, c'est qu'elle a en elle-même quelque chose qui fait qu'elle ne peut jamais comme telle, véritablement être exaucée. Exaucée ou non, elle s'annihile, s'anéantit à l'étape suivante, et elle se projette tout de suite sur autre chose ou sur l'articulation de la chaîne des dons, ou sur ce quelque chose de fermé et d'absolument inextinguible qui s'appelle le narcissisme, et grâce à quoi l'objet pour le sujet est à la fois quelque chose qui est lui et qui n'est pas lui, dont il ne peut jamais se satisfaire, précisément en ce sens que c'est lui et que ce n'est pas lui à la fois.
C'est uniquement pour autant que la frustration entre dans une dialectique qui en la légalisant, lui donne aussi cette dimension de la gratuité, la situe quelque part, que peut s'établir aussi cet ordre symbolisé du Réel où le sujet peut instaurer par exemple comme existantes et admises, certaines privations permanentes.
Ceci est quelque chose, qui d'être méconnu, introduit toutes espèces de façons de reconstruire tout ce qui nous est donné dans l'expérience, comme effet lié au fondamental manque d'objet, qui introduit toute une série d'impasses toujours liées à l'idée de vouloir détruire à partir du désir considéré comme un élément pur de l'individu, du désir avec ce qu'il entraine comme contre-coup dans sa satisfaction comme dans sa déception de vouloir tenir, de reconstruire toute la chaîne de l'expérience qui ne peut littéralement s'élaborer, se concevoir que si nous posons d'abord en principe que rien ne s'articule, que rien ne peut s'échafauder dans l'expérience, si nous ne posons pas comme antérieur le fait que rien ne s'instaure, ne se constitue comme conflit proprement analysable si ce n'est à partir du moment où le sujet entre dans l'ordre légal, dans l'ordre symbolique, entre dans un ordre qui est ordre de symbole, chaîne symbolique ordre de la dette symbolique. C'est uniquement à partir de cette entrée dans quelque chose qui est préexistant à tout ce qui arrive au sujet, à tout espèce d'évènement ou de déception, c'est à partir de ce moment-là que tout ce par quoi il l'aborde, à savoir son vécu, son expérience, cette chose confuse qui est là avant qu'elle s'ordonne, s'articule, prend son sens et seulement comme telle peut être analysée.
Nous ne pouvons nulle part mieux entrer naïvement dans ces références. On ne peut nulle part mieux vous faire voir le bien-fondé de ce rappel qui ne devrait être qu'un rappel qu'à partir de quelques textes de Freud lui-même. Hier soir quelques uns ont parlé d'un certain côté incertain, quelquefois paradoxalement sauvage de quelques textes, ils ont même parlé d'éléments d'aventure, ou encore on a même dit de diplomatie on ne voit d'ailleurs pas pourquoi c'est pourquoi je vous en ai choisi un des plus brillants, je dirais même presque des plus troublants, mais il est concevable qu'il puisse apparaître comme vraiment archaïque, voir démodé…"
La relation d’objet 16 janvier 1957
"...Il y a un état qui est primordial au moment où cette femme est installée au moment de la puberté vers treize-quatorze ans. Cette fille chérit un objet qui lui est lié par ses liens d'affection, un enfant qu'elle soigne, elle se montre aux yeux de tous particulièrement bien orientée dans ce sens, précisément dans les voies que tous peuvent espérer comme étant la vocation typique de la femme celle de la maternité. Et c'est sur cette base que quelque chose se produit qui va faire chez elle une espèce de retournement, celui qui va s'établir quand elle va s'intéresser à des objet d'amour qui vont être d'abord marqués du signe de la féminité, ce sont des femmes en situation plus ou moins maternelle, néo-maternisantes, puis finalement qui l'amèneront à cette passion qu'on nous appelle littéralement dévorante, pour cette personne qu'on nous appelle également « la dame » et ce n'est pas pour rien pour cette dame qu'elle traite dans un style de rapports chevaleresques et littéralement masculins, un style hautement élaboré du plan et du point de vue masculin. Cette passion pour la dame est servie en quelque sorte sans aucune exigence, sans désir, sans espoir même de retour avec ce caractère de don, de projection de l'aimant au-delà même de toute espèce de manifestation de l'aimé, qui est une des formes les plus caractéristiques, les plus élaborées de la relation amoureuse dans ses formes les plus hautement cultivées.
Comment pouvons-nous concevoir cette transformation ? je vous en ai donné le temps premier, et entre les deux il s'est produit quelque chose, et l'on nous dit quoi.
Cette transformation nous allons l'impliquer dans les mêmes termes qui ont servi à analyser la position.
Nous savons par Freud que l'élément par quoi le sujet masculin ou féminin c'est là le sens de ce que nous dit Freud quand il parle de la phase phallique de l'organisation génitale infantile arrive juste avant la période de latence, est cette phase phallique qui indique le point de réalisation du génital. Tout y est, jusque y compris le choix de l'objet. Il y a cependant quelque chose qui n'y est pas, c'est une pleine réalisation de la fonction génitale pour autant qu'elle est structurée, organisée réellement. Il reste ce quelque chose de fantasmatique, d'essentiellement imaginaire qui est la prévalence du phallus, moyennant quoi il y a deux types d'êtres dans le monde : les êtres qui ont le phallus et ceux qui ne l'ont pas, c'est-à-dire qui en sont châtrés, Freud formule ceci ainsi. Il est tout à fait clair qu'il y a là quelque chose qui vraiment suggère une problématique dont à la vérité les auteurs n'arrivent pas à sortir, pour autant qu'il s'agit de justifier cela d'une façon quelconque par des motifs déterminés pour le sujet dans le réel. Je vous ai déjà dit que je mettrai entre parenthèses les extraordinaires modes d'explication auxquels ceci a contraint les auteurs. Leur mode général se résume à peu près à ceci : il faut bien que, comme chacun sait, tout soit déjà deviné et inscrit dans les tendances inconscientes, que le sujet ait déjà la préformation de par sa nature de ce quelque chose qui rend adéquate la coopération des sexes. Il faut donc bien que ceci soit déjà une espèce de formation où le sujet trouve quelque avantage, et que déjà il doit y avoir là un processus de défense. Ceci n'est pas, en effet, inconcevable dans une espèce de perspective, mais c'est reculer le problème, et cela en effet engage les auteurs dans une série de constructions qui ne font que remettre à l'origine toute la dialectique symbolique, et qui deviennent de plus en plus impensables à mesure que l'on remonte vers l'origine.
Admettons cela simplement pour le moment, et admettons aussi cette chose plus facile à admettre pour nous que pour les auteurs : c'est simplement que dans cette occasion le phallus se trouve cet élément imaginaire c'est un fait qu'il faut prendre comme fait par lequel le sujet au niveau génital est introduit dans la symbolique du don.
La symbolique du don et la maturation génitale sont deux choses différentes, elles sont liées par quelque chose qui est inclus dans la situation humaine réelle par le fait que c'est au niveau des règles instaurées par la loi dans l'exercice de ses fonctions génitales en tant qu'elles viennent effectivement en jeu dans l'échange inter-humain, c'est parce que les choses se passent à ce niveau, qu'effectivement il y a un lien tellement étroit entre la symbolique du don et la maturation génitale. Mais c'est quelque chose qui n'a aucune espèce de cohérence interbiologique individuelle pour le sujet. Par contre il s'avère que le fantasme du phallus à l'intérieur de cette symbolique du don au niveau génital, prend sa valeur, et Freud y insiste. Il n'a pas pour une bonne raison, la même valeur pour celui qui possède réellement le phallus, c'est à dire l'enfant mâle, et pour l'enfant qui ne le possède pas, c'est à dire pour l'enfant femelle.
Pour l'enfant femelle c'est très précisément en tant qu'elle ne le possède pas qu'elle va être introduite à la symbolique du don, c'est-à-dire que c'est en tant qu'elle phallicise la situation, c'est-à-dire qu'il s'agit d'avoir ou de n'avoir pas le phallus, qu'elle entre dans le complexe d’œdipe, alors que ce que nous souligne Freud, c'est que pour le garçon ce n'est pas là qu'il y entre, c'est par là qu'il en sort. C'est-à-dire qu'à la fin du complexe d’œdipe, c'est-à-dire au moment où il aura réalisé sur un certain plan la symbolique du don, il faudra effectivement qu'il fasse don de ce qu'il a, alors que si la fille entre dans le complexe d’œdipe, c'est pour autant que ce qu'elle n'a pas, elle a à le trouver dans le complexe d’œdipe, mais ce qu'elle n'a pas parce que nous sommes déjà au niveau et au plan où quelque chose d'imaginaire entre dans une dialectique symbolique, dans une dialectique symbolique ce qu'on n'a pas est simplement quelque chose qui est tout aussi existant que le reste, et qui est marqué du signe moins, simplement elle entre donc avec ce moins.
Y entrer avec le moins ou y entrer avec le plus n'empêche pas que ce dont il s'agit il faut qu'il y ait quelque chose pour qu'on puisse mettre plus ou moins, présence ou absence que ce dont il s'agit est là en jeu, et c'est cette mise en jeu du phallus qui, nous dit Freud, est le ressort de l'entrée de la fille dans le complexe d’œdipe. A l'intérieur de cette symbolique du don, toutes sortes de choses peuvent être données en échange, tellement de choses peuvent être données en échange qu'en fin de compte c'est bien pour cela que nous avons tellement d'équivalents du phallus dans ce qui se passe effectivement dans les symptômes. Et Freud va plus loin. Vous trouverez dans cet : « on bat un enfant », l'indication formulée en termes tout crus, que si tellement d'éléments des relations prégénitales entrent enjeu dans la dialectique oedipienne, c'est-à- dire si des frustrations au niveau anal, oral tendent à se produire qui sont pourtant quelque chose qui vienne réaliser les frustrations, les accidents, les éléments dramatiques de la relation oedipienne, c'est-à-dire quelque chose qui d'après les prémisses devrait se satisfaire uniquement dans l'élaboration génitale, Freud dit ceci : c'est que, par rapport à ce quelque chose d'obscur qui se passe au niveau du moi, car bien entendu l'enfant n'en a pas l'expérience, les éléments, les objets qui font partie des autres relations prégénitales sont plus accessibles à des représentations verbales. Il va jusqu'à dire que si les objets prégénitaux sont mis en jeu dans la dialectique oedipienne c'est en tant qu'ils se prêtent plus facilement à des représentations verbales, c'est à dire que l'enfant peut se dire plus facilement que ce que le père donne à la mère à l'occasion c'est son urine, parce que son urine c'est quelque chose dont il connaît bien l'usage, très bien la fonction et l'existence comme objet qu'il est plus facile de symboliser, c'est-à-dire de pourvoir du signe plus ou moins qu'un objet qui a pris une certaine réalisation dans l'imagination de l'enfant, que quelque chose qui reste malgré tout extrêmement difficile à saisir, et difficile d'accès pour la fille.
Voici donc la fille dans une position dont on nous dit que la première introduction dans la dialectique de l’œdipe, tient à ceci que le pénis qu'elle désire, elle en recevra du père à la façon d'un substitut, l'enfant. Mais dans l'exemple qui nous occupe, il s'agit d'un enfant réel car elle pouponne un enfant consistant qui est dans le jeu.
(schéma)
D'autre part l'enfant qu'elle pouponne, puisque cela peut satisfaire en elle quelque chose qui est la substitution imaginaire phallique, c'est en le substituant et en se constituant elle comme sujet sans le savoir, comme mère imaginaire, qu'elle se satisfait en ayant cet enfant. C'est bien d'acquérir ce pénis imaginaire dont elle est fondamentalement frustrée, donc en mettant ce pénis imaginaire au niveau du moi.
Je ne fais rien d'autre que de mettre en valeur ceci qui est caractéristique de la frustration originaire, c’est que tout objet qui est introduit au titre de la frustration, je veux dire qui est introduit par une frustration réalisée, ne peut être et ne saurait être qu'un objet que le sujet prend dans cette position ambiguë qui est celle de l'appartenance a son propre corps. Je vous le souligne car lorsqu'on parle des relations primordiales de l'enfant et de la mère, on met entièrement l'accent sur la notion prise passivement de frustration.
On nous dit : l'enfant fait la première épreuve du rapport du principe de plaisir et du principe de réalité dans les frustrations ressenties de la part de la mère, et à la suite de cela vous voyez employé indifféremment le terme de frustration de l'objet ou de perte de l'objet d'amour. Or s'il y a quelque chose sur quoi j'ai insisté dans les précédentes leçons, c'est bien sur la bipolarité ou l'opposition tout à fait marquée qu'il y a entre l'objet réel, pour autant que l'enfant peut en être frustré, à savoir le sein de la mère, et d’autre part la mère en tant qu'elle est en posture d'accorder ou de ne pas accorder cet objet réel.
Ceci suppose qu'il y ait distinction entre le sein et la mère comme objet total, et que c'est ce dont parle Madame Mélanie Klein quand elle parle des objets partiels d'abord, et pour la mère pour autant qu'elle s'institue comme objet total et qu'elle peut créer chez l'enfant la fameuse position dépressive. Ceci est en effet une façon de voir les choses, mais ce qui est éludé dans cette position, c'est que ces deux objets ne sont pas de la même nature. Mais qu'ils soient distingués ou non, il reste que la mère en tant qu'agent est instituée par la fonction de l'appel, qu'elle est d'ores et déjà sous la plus rudimentaire prise comme objet marqué et connoté d'une possibilité de plus ou de moins en tant que présence ou absence, que la frustration réalisée par quoi que ce soit qui se rapporte à la mère comme telle, est frustration d'amour, que tout ce qui vient de la mère comme répondant à cet appel, est quelque chose qui est don, c'est-à-dire autre chose que l'objet. En d'autres termes il y a une différence radicale entre le don comme signe d'amour et qui comme tel est quelque chose qui radicalement vise un au-delà, quelque chose d'autre, l'amour de la mère et d'autre part l'objet quel qu'il soit qui vienne là pour la satisfaction des besoins de l'enfant. La frustration de l’amour et la frustration de la jouissance sont deux choses, parce que la frustration de l'amour est en elle-même grosse de toutes les relations inter-subjectives telles qu'elles pourront se constituer par la suite. Mais la frustration de la jouissance n'est pas du tout en elle-même grosse de n'importe quoi. Contrairement à ce qu'on dit, ce n'est pas la frustration de la jouissance qui engendre la réalité, comme l'a fort bien aperçu avec la confusion ordinaire qui se lit dans la littérature analytique, mais très bien entendu tout de même Mr. Winnicott. Nous ne pouvons pas fonder la moindre genèse de la réalité à propos du fait que l'enfant a ou n'a pas le sein : s'il n'a pas le sein il a faim et il continuera à crier. Autrement dit, qu'est-ce que produit la frustration de la jouissance. Elle produit la relance du désir tout au plus, mais aucune espèce de constitution d'objet quel qu'il soit, et en fin de compte c'est bien pour cela que M. Winnicott est amené à nous faire la remarque que la chose véritablement saisissable dans le comportement de l'enfant, qui nous permet d'éclairer qu'il y ait effectivement un progrès, progrès qui est constitué et qui nécessite une explication originale, ce n'est pas simplement parce que l'enfant est privé du sein de la mère qu'il en fomente l'image fondamentale, ni non plus aucune espèce d'image, il est nécessaire que cette image en elle-même soit prise comme une dimension originale, cette pointe du sein qui est absolument essentielle, c'est à lui que se substituera et se superposera le phallus. Ils montrent à cette occasion eux-mêmes qu'ils ont en commun ce caractère de devoir nous arrêter en tant qu'ils se constituent comme image, c'est-à-dire que ce qui subsiste, ce qui succède, c'est une dimension originale.
Ce qui succède à la frustration de l'objet de jouissance chez l'enfant, c'est quelque chose qui se maintient dans le sujet à l'état de relation imaginaire, qui n'est pas simplement quelque chose qui polarise la lancée du désir à la façon où, comme chez l'animal, c'est toujours un certain leurre en fin de compte qui s'oriente ces comportements ont toujours quelque chose de significatif dans les plumes ou dans les nageoires de son adversaire, qui en fait un adversaire, et on peut toujours lui trouver ce quelque chose qui individualise l'image dans le biologique. C'est là présent sans doute, mais avec ce quelque chose qui l'accentue chez l'homme, et qui est observable dans le comportement de l'enfant.
Ces images sont référées à cette image fondamentale qui lui donne son statut global, comme cette forme d'ensemble à laquelle il s'accroche à l'autre comme tel, qui fait qu'il y a là aussi cette image autour de laquelle peuvent se grouper et se dégrouper les sujets, comme appartenance ou non appartenance, et en somme le problème n'est pas de savoir à quel degré plus ou moins grand le narcissisme conçu au départ comme une espèce d'auto-érotisme imaginé et idéal s'élabore, c'est au contraire de connaître quelle est la fonction du narcissisme originel dans la constitution d'un monde objectal comme tel.
C'est pour cela que Winnicott s'arrête sur ces objets qu'il appelle objets transitionnels et dont sans eux, nous n'aurions aucune espèce de témoignage de la façon dont l'enfant pourrait constituer un monde au départ, de ses frustrations, car bien entendu il constitue un monde. Mais il ne faut pas nous dire que c'est à propos de l'objet de ses désirs dont il est frustré à l'origine. Il constitue un monde pour autant que se dirigeant vers quelque chose qu'il désire, il peut se rencontrer avec quelque chose contre lequel il se cogne ou se brûle, mais ce n'est pas du tout un objet comme engendré d'une façon quelconque par l'objet du désir, ce n'est pas quelque chose qui puisse être modelé par les étapes du développement du désir en tant qu'il s'institue et s'organise dans le développement infantile, c'est autre chose. L'objet pour autant qu'il est engendré par la frustration elle-même, c'est quelque chose dans lequel nous devons admettre l'autonomie de cette production imaginaire dans sa relation à l'image du corps, à savoir comme cet objet ambigu qui est entre les deux, à propos duquel on ne peut parler ni de réalité, ni parler d'irréalité.
C'est ainsi que s'exprime avec beaucoup de pertinence Mr Winnicott, et au lieu de nous introduire dans tout ce que cela ouvre comme problèmes à propos de l'introduction de cet objet dans l'ordre du symbolique, il y vient comme malgré lui parce qu'on est forcé d'y aller du moment qu'on s'engage dans cette voie de ces objets mi-réels qui sont les objets transitionnels qu'il désigne. Ces objets auxquels l’enfant tient par une espèce d'accrochage qui sont un petit coin de son drap, un bout de bavette et ceci ne se voit pas chez tous les enfants, mais chez la plupart ces objets dont il voit très bien quelle doit être la relation terminale avec le fétiche, qu'il a tort d'appeler fétiche primitif, mais en effet qui en est l'origine, Monsieur Winnicott s'arrête et se dit qu'après tout cet objet qui n'est ni réel ni irréel, est ce quelque chose auquel nous n'accordons ni pleine réalité, ni un caractère pleinement illusoire.
Tout ce au milieu de quoi un bon citoyen anglais vit en sachant d'avance comment il faut se comporter, c'est-à-dire vos idées philosophiques, c'est-à-dire votre système religieux, personne ne songe à dire que vous croyez à telle ou telle doctrine en matière religieuse ou philosophique, personne non plus ne songe à vous les retirer, c'est ce domaine entre les deux. Et il n'a pas tort en effet, c'est bien au milieu de cela que se situe la vie, mais comment organiser le reste s'il n'y avait pas cela ?
Il fait remarquer qu'il ne faut pas non plus là avoir trop d'exigence, et que le caractère de demi-existence dans lequel ces choses sont instituées est bien marqué par la seule chose à laquelle personne ne songe à moins d'être forcé de l'imposer aux autres comme étant un objet auquel il faut adhérer l'authenticité ou la réalité dur comme fer de ce que vous promouvez en tant qu'idée religieuse ou qu'illusion philosophique. Bref, que le monde bien inspiré indique que chacun a le droit d'être fou, et à condition de rester fou séparément, et c'est là que commencerait la folie d'imposer sa folie privée à l'ensemble des sujets constitués chacun dans une sorte de monadisme de l'objet transitionnel.
Cet objet transitionnel, ce pénis imaginaire du fait d'avoir son enfant, ce n'est pas autre chose qu'on nous dit en nous affirmant qu'en somme elle l'a son pénis imaginaire du moment qu'elle pouponne son enfant. Alors que faut-il pour qu'elle passe au troisième temps, c'est à dire à la seconde étape des cinq situations que nous ne verrons pas aujourd'hui, à laquelle arrive cette jeune fille amoureuse.
(schéma)
Elle est homosexuelle, et elle aime comme un homme nous dit Freud, bien que le traducteur ait traduit cela par féminin. Notre homosexuelle va être dans la position virile, c'est à dire que ce père qui était au niveau du grand A dans la première étape, est au niveau du moi, pour autant qu'elle a pris la position masculine. Ici il y a la dame, l'objet d'amour qui s'est substitué à l'enfant, puis le pénis symbolique, c'est-à-dire ce qui est dans l'amour à son point le plus élaboré, ce qui est au-delà du sujet aimé. Ce qui dans l'amour est aimé, c'est ce qui est au-delà du sujet, c'est littéralement ce qu'il n'a pas, c'est en tant précisément que la dame n'a pas le pénis symbolique mais elle a tout pour l'avoir car elle est l'objet élu de toutes les adorations pour le sujet qu'elle est aimée. Il se produit une permutation qui fait que le père symbolique est passé dans l'imaginaire par identification du sujet à la fonction du père. Quelque chose d'autre est venu ici dans le moi en matière d'objet d'amour, c'est justement d'avoir cet au-delà qui est le pénis symbolique qui se trouvait d'abord au niveau imaginaire.
Faisons simplement remarquer ceci : que s'est-il passé entre les deux ? Le deuxième temps et la caractéristique de l'observation, et que l'on retrouve au quatrième, c'est qu'il y a eu au niveau de la relation imaginaire introduction de l'action réelle du père, ce père symbolique qui était là dans l'inconscient. Car quand l'enfant réel commence à se substituer au désir du pénis, un enfant que va lui donner le père, c'est un enfant imaginaire ou réel déjà là. C'est assez inquiétant qu'il soit réel, mais il l'était d'un père qui lui, reste quand même et d'autant plus que l'enfant était réel inconscient comme progéniteurs.
Seulement le père a donné réellement un enfant, non pas à sa fille, mais à la mère, c'est-à-dire que cet enfant réel désiré inconsciemment par la fille, et auquel elle donnait ce substitut dans lequel elle se satisfaisait, montre déjà sans aucun doute une accentuation du besoin qui donne à la situation son dramatisme. Le sujet en a été frustré d'une façon très particulière par le fait que l'enfant réel comme venant du père en tant que père symbolique a été donné à sa propre mère. Voilà la caractéristique de l'observation. Quand on dit que c'est sans aucun doute à quelque accommodation des instincts ou des tendances, ou de telle pulsion primitive, que nous devons dans tel cas que les choses se soient précisées dans le sens d'une perversion, fait-on toujours bien le départ de ces trois éléments absolument essentiels, à condition de les distinguer, que sont imaginaire, symbolique et réel ?
Ici vous pouvez remarquer que c'est en tant que s'est introduit le réel, un réel qui répondait à la situation inconsciente au niveau du plan de l'imaginaire, que la situation s'est révélée pour des raisons très structurées, relation de jalousie. Le caractère intenable de cette satisfaction imaginaire à laquelle l'enfant se confinait est que par une sorte d'interposition il est là, réalisé sur le plan de la relation imaginaire, il est entré effectivement en jeu, et non plus comme père symbolique.
A ce moment là s'instaure une autre relation imaginaire que l'enfant complètera comme elle le pourra, mais qui est marqué de ce fait que ce qui était articulé d'une façon latente au niveau du grand Autre, commence à la façon de la perversion et c'est pour cela d'ailleurs que ça aboutit à une per-version et pas pour autre chose commence à s'articuler d'une façon imaginaire en ceci que la fille s'identifie à ce moment au père, elle prend son rôle et devient elle-même le père imaginaire, et elle aussi aura gardé son pénis et s'attache à un objet auquel nécessairement il faut qu'elle donne ce quelque chose que l'objet n'a pas. C'est cette nécessité de motiver, d'axer son amour sur, non pas l'objet, mais sur ce que l'objet n'a pas, ce quelque chose qui nous met justement au cœur de la relation amoureuse comme telle et du don comme tel, ce quelque chose qui rend nécessaire la constellation tierce de l'histoire de ce sujet. C'est là que nous reprendrons les choses la prochaine fois. Ceci nous permettra d'approfondir à la fois la dialectique du don en tant qu'elle est vue et éprouvée tout à fait primordialement par le sujet, à savoir de voir l'autre face, celle que nous avons laissé de côté tout à l'heure. J'ai accentué les paradoxes de la frustration du côté de l'objet, mais je n'ai pas dit ce que donnait la frustration d'amour, et ce qu'elle signifiait comme telle..."
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