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La logique du fantasme

Jacques Lacan, psychanalyste

1967

16 Novembre 1966 :

"...Dérouler, je l'ai déjà dit, il y a longtemps que c'est fait. Quand, la quatrième année de mon séminaire, j'ai traité la relation, d'objet , déjà, concernant l'objet a, tout est dit quant à la structure. Le rapport du petit a à l'Autre, tout à fait spécialement, est très suffisamment amorcé dans l'indication que c'est de l'imaginaire de la mère que va dépendre la structure subjective de l'enfant..."

"...Mais, il est à noter que pour qui résumait alors ce que je pouvais indiquer dans ce sens, la moindre faute - je veux dire : défaut - concernant l'appartenance de chacun des termes de ces trois fonctions qui, alors, pouvaient se désigner comme sujet, Objet au sens d'objet d'amour) et de l'au-delà de celui-ci : notre actuel objet a - la moindre faute, à savoir la référence à l'imagination du sujet, pouvait obscurcir la relation qu'il s'agissait-là d'esquisser. Ne pas situer au champ de l'Autre comme tel, la fonction de l'objet a, pousse à écrire par exemple, que dans le statut du pervers, c'est à la fois la fonction, pour lui, du phallus et la théorie sadique du coït qui sont les déterminants. Alors qu'il n'en est rien, que c'est au niveau de la mère que ces deux incidences fonctionnent..."

11 janvier 1967 :

"... Le ça n'est ni la première, ni la seconde personne, ni même la troisième, en tant que, pour suivre la définition qu' en donne Benveniste, la troisième serait celle dont on parle.
Le ça, nous en approchons un peu plus, à des énoncés tels que le "ça brille" ou le "ça pleut", ou le "ça bouge". Mais c'est encore tomber dans une erreur que de croire que ce ça, ce serait ça en tant qu'il s'énonce de soi-même ! C'est encore quelque chose qui ne donne pas assez son relief à ce dont il s'agit.
Le "ça" est à proprement parler ce qui, dans le discours, en tant que structure logique, est très exactement tout ce qui n'est pas "je", c'est-à-dire tout le reste de la structure. Et quand je dis structure logique", entendez la : grammaticale.
Ce n'est pas rien, que le support même de ce dont il s'agit dans la pulsion, c'est-à-dire le fantasme, puisse s'exprimer ainsi : Ein Kind ist geschlagen, un enfant est battu.
Aucun commentaire, aucun métalangage ne rendra compte de ce qui s'introduit au monde dans une telle formule ! Rien ne saurait le redoubler ni l'expliquer ! La structure de la phrase un enfant est battu ne se commente pas, simplement : elle se montre. Il n'y a aucune phusis qui puisse rendre compte qu'un enfant ... soit battu. Il peut y avoir, dans la phusis , quelque chose qui nécessite qu'il se cogne, mais qu'il soit battu, c'est autre chose ! Et, que ce fantasme soit quelque chose de si essentiel dans le fonctionnement de la pulsion, c'est quelque chose qui ne fait simplement que nous rappeler ce que de la pulsion j'ai démontré devant vous (à propos de la pulsion scoptophilique ou à propos de la pulsion sado-masochique), que c'est : tracé, que c'est : montage - tracé, montage grammatical, dont les inversions, les réversions, les complexifications, ne s'ordonnent pas autrement qu'en l'application diverse de divers renversements (Verkehrung), de négations partielles et choisies, qu'il n'y a d'autre façon de faire fonctionner la relation du "je" en tant qu'être-au-monde, qu'à en passer par cette structure grammaticale, qui n'est pas autre chose que l' essence du ça.
Bien sûr, je ne vais pas, aujourd'hui, vous refaire cette leçon. J'ai un champ suffisant à parcourir pour qu'il faille que je me contente de marquer ce qui est l'essence du ça, en tant qu'il n'est pas je : c'est tout le reste de la structure grammaticale. Et il n'est pas hasard si Freud remarque que dans l'analyse de Ein Kind ist geschlagen, dans l'analyse d'un enfant est battu - jamais le sujet, le Ich, le "Je" - qui pourtant y doit prendre place (pour nous, dans la reconstruction que nous en faisons, dans la Bedeutung que nous allons lui donner, qui dans l'interprétation est nécessaire), à savoir qu'à un moment ce soit lui qui soit le battu : n'est, dans l'énoncé du fantasme, nous dit Freud, ce temps - et pour cause ! - n'est jamais avoué, car le "je", comme tel, est précisément exclu du fantasme..
De ceci nous ne pouvons nous rendre compte, qu'à marquer la ligne de division de deux complémentaires : le "je" du "bats" ce pur être qu'il est, comme refus de l'être - avec ce qui reste comme articulation de la pensée et qui est la structure grammaticale de la phrase. Ceci, bien sûr, ne prend sa portée et son intérêt que d'être rapproché de l'autre élément de l'alternative, à savoir : ce qui va y être perdu.
La vérité de l'aliénation ne se montre que dans la partie perdue, qui n’est autre - si vous suivez mon articulation - que le je ne suis pas.
Or, il est important de saisir que c'est bien-là l'es-sentiel de ce dont il s'agit dans l'inconscient. Car tout ce qui de l'inconscient relave, se caractérise par ce que, sans doute, seul un disciple - un seul disciple - de Freud a su maintenir comme un trait essentiel, à savoir : par la surprise, Le fondement de cette surprise, tel qu'il apparaît au niveau de toute interprétation véritable, n'est rien d'autre que cette dimension du je ne suis pas et elle est essentielle à préserver comme caractère - si l'on peut dire : révélateur, dans cette phénoménologie.

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