Extraits du séminaire (3) (2) (1)
Jacques Lacan, psychanalyste
Le masochisme
1968 sém. 16 - D'un Autre à l'autre : 13 novembre 1968 :
"...Voici donc ouverte la figure, le schéma de ce qui permet de concevoir comment c'est autour du fantasme, à savoir du rapport de la réitération du signifiant qui représente le sujet par rapport à lui-même que se joue ce qu'il en est de la production du a. Mais inversement, de ce fait, leur rapport prend consistance et c'est de ce qu'ici se produit quelque chose qui n'est plus ni sujet ni objet, mais qui s'appelle fantasme que, dès lors, les autres signifiants peuvent, s'enchaînant, s'articulant et du même coup ici, se gelant dans l'effet de signification, introduire cet effet de métonymie qui fait que ce sujet, quel qu’il soit, qu’il soit dans la phrase, au niveau de l’enfant, du On bat un enfant, au niveau du « on », quelque chose d’équivalent soude ce sujet et le fait cet être solidaire dont, dans le discours, nous avons la faiblesse de donner l’image comme une image omnivalente, comme s’il pouvait y avoir un sujet de tous les signifiants.
Si quelque chose, de par la règle analytique, peut être relâché dans cette chaîne assez pour que s'en produisent des effets révélateurs, quel sens, quel accent devons-nous lui donner pour que ceci prenne une portée ? L'idéal, sans doute, c'est ce "je parle" mythique qui fera, dans l'expérience analytique effet, image d'apparition de la vérité.
C'est ici, justement, qu'il s'agit de comprendre que cette vérité émise est là suspendue, prise entre deux registres qui sont ceux dont précisément j'ai posé les deux bornes dans les deux termes qui figurent au titre de mon Séminaire cette année. Car cet "ou bien", référence au champ où le discours du sujet prendrait consistance, c'est-à-dire au champ de l'Autre qui est celui que j'ai défini pour ce lieu où tout discours au moins se pose pour pouvoir s'offrir à ce qui est ou non sa réfutation, qu'il puisse se démontrer, et sous la forme la plus simple - vous m'excuserez de n'avoir pas le temps de le faire aujourd'hui - que le problème est totalement déplacé de savoir s'il est ou non un Dieu qui garantisse, comme pour Descartes, le champ de la vérité ; il nous suffit qu'il puisse se démontrer qu'au champ de l'Autre il n'y a pas de possibilité d'entière consistance du discours, et ceci, j'espère pouvoir, la prochaine fois, vous l'articuler précisément en fonction de l'existence du sujet..."
1969 sém 16 - D'un Autre à l'autre :
15 janvier 1969
" ...C'est très important à rappeler pour s'apercevoir qu'en somme, l'usage que nous faisons dans la psychanalyse du principe du plaisir à partir du point où il se situe, où il règne, à savoir dans l'inconscient, ceci veut dire que le plaisir, que dis-je, sa notion même, sont aux catacombes et que la découverte de Freud là-dessus fait office du visiteur du soir, de celui qui revient de loin pour trouver les étranges glissements qui se sont opérés pendant son absence. "Savez-vous où je l'ai retrouvée, semble-t-il nous dire, cette fleur de notre âge, cette légèreté, le plaisir ? Maintenant il s'essouffle dans les souterrains, Acheronta, dit Freud, seulement occupé à empêcher que tout ne saute, à imposer une mesure à tous ces enragés, en y glissant quelque lapsus, parce que si ça tournait rond, où irions-nous ?" Il y a là donc, dans ce principe du plaisir de Freud, quelque chose comme ça, un pouvoir de rectification, de tempérament, de moindre tension comme il s'exprime. C'est comme une sorte de tisseuse invisible qui resterait veiller à ce qu'il n'y ait pas trop de chauffe au niveau des rouages.
Quel rapport entre cela et ce plaisir souverain du farniente contemplatif que nous recueillons dans les énoncés d'Aristote par exemple ? Ceci peut-être est de nature - si j'y reviens, ce n'est pas pour toujours tourner en rond - à nous donner un soupçon qu'il y a peut-être tout de même là quelque ambiguïté, je veux dire un fantasme qu'il faut peut-être aussi nous garder de prendre trop au pied de la lettre, quoique bien sûr le fait qu'il nous arrive après tant de dérive rende sans doute bien précaire d'apprécier ce qu'il en était en son temps, ceci pour corriger ce qui, dans mon discours, jusqu'au point où j'en suis parvenu, pourrait sembler être référence au bon vieux temps ; on sait qu'on y échappe difficilement, mais
ce n'est pas une raison non plus pour ne pas marquer que nous ne lui donnons pas trop de créance.
Quoi qu'il en soit, la figure du plaisir, même celle qui est chez Freud, est frappée d'une ambiguïté avouée, celle justement de l'au-delà, comme il l'a dit, du principe du plaisir. Nous n'allons pas ici nous étendre. Pour nous en acquitter, nous dirons Freud écrit : "La jouissance est masochiste dans son fond" ; il est bien clair qu'il n'y a là que métaphore, puisque aussi bien le masochisme est quelque chose d'un niveau autrement organisé que cette tendance radicale. La jouissance se porterait, nous dit Freud quand il essaie d'élaborer ce qui d'abord n'est articulé que métaphoriquement, à rabaisser le seuil nécessaire au maintien de la vie, ce seuil que le principe du plaisir lui-même définit comme un infimum, c'est-à-dire le plus bas des hauts, la plus basse tension nécessaire à ce maintien ; mais on peut tomber au-dessous encore, et c'est là que commence et ne peut que s'exalter la douleur, si vraiment ce mouvement, comme il nous le dit, tend vers la mort ; autrement dit, derrière le constat d'un phénomène dont nous pouvons le tenir pour lié à un certain contexte de pratique, à savoir l'inconscient, c'est un phylum d'une nature toute différente que Freud ouvre avec cet au-delà. Sans doute est-il certain qu'ici l'ambiguïté comme ce que je viens d'énoncer n'a pas manqué d'en préserver l'instance, qu'une certaine ambiguïté se profile entre cette pulsion de mort d'une part, théorique et un masochisme qui n'est que pratique beaucoup plus astucieuse, mais de quoi ? tout de même de cette jouissance en tant qu'elle n'est point identifiable à la règle du plaisir. Autrement dit, avec notre expérience, l'expérience psychanalytique, la jouissance, si vous me permettez ceci pour abréger, se colore. Il y a tout un arrière-fond, bien sûr, à cette référence. Il faudrait dire qu'au regard de l'espace avec ses trois dimensions la couleur, si nous savions y faire, pourrait en ajouter sans doute une ou deux, peut-être trois, car dès cette note, apercevez-vous à cette occasion que les Stoïciens, les Epicuriens, les doctrinaires du règne du plaisir au regard de ce qui s'ouvre à nous comme interrogation, ça reste encore du noir et blanc ?
J'ai essayé, depuis que j'ai introduit dans notre maniement cette fonction de la jouissance, d'indiquer qu'elle est rapport au corps essentiellement mais non pas n'importe lequel, ce rapport qui se fonde sur cette exclusion en même temps inclusion qui fait tout notre effort vers une topologie qui corrige les énoncés jusqu'ici reçus dans la psychanalyse car il est clair qu'on ne parle que de ça à tous les stades - rejet, formation du non-Moi, je ne vais pas tous les rappeler - mais fonction de ce qu'on appelle incorporation et qu'on traduit introjection, comme s'il s'agissait d'un rapport d'intérieur à extérieur et non pas d'une topologie beaucoup plus complexe. L'idéologie analytique, en somme, telle qu'elle s'est
exprimée jusqu'ici est d'une maladresse remarquable qui s'explique par ceci, la non construction d'une topologie adéquate.
Ce qu'il faut saisir, c'est que cette topologie, je veux dire celle de la jouissance, elle est la topologie du sujet ; c'est elle qui, à notre existence de sujet, poursoit. C'est un mot nouveau, qui m'est sorti comme ça, le verbe poursoir. Je ne vois pas pourquoi, depuis le temps qu'on parle de l'en-soi et du pour-soi, on ne pourrait pas faire des variations. C'est extraordinairement amusant. Par exemple vous pourriez écrire l'en-soi comme ça, anse-oie ou bien ensoie. Je vous en passe. Quand je suis tout seul, je m'amuse beaucoup ! L'intérêt du verbe poursoir, c'est que tout de suite il trouve des petits amis, pourvoir par exemple, ou bien surseoir. Il faut modifier l'orthographe s'il est du côté de surseoir il faut l'écrire pourseoit. L'intérêt, c'est si ça aide à penser des choses et en particulier une dichotomie : le sujet est-il, contre la jouissance, poursu ? En d'autres termes s'y éprouve-t-il ? Mène-t-il son petit jeu dans l'affaire ? Est-il maître à la fin du compte ? Ou est-il à la jouissance poursis ? Est-il en quelque sorte dans sa dépendance, esclave ? C'est une question qui a son intérêt, mais pour s'y avancer, il faut partir bien de ceci qu'en tout cas tout notre accès à la jouissance est commandé par la topologie du sujet, et ça, je vous assure que ça fait quelques difficultés au niveau des énoncés concernant la jouissance..."
1969 sém 16 - D'un Autre à l'autre :
22 janvier 1969 :
"...Nous connaissons ça ; nous le retrouvons, nous, analystes. La forme la plus caractéristique, la plus subtile que nous ayons donnée de la fonction cause du désir, c'est ce qui s'appelle la jouissance masochiste ; c'est une jouissance analogique, c'est-à-dire qu'au niveau du plus de jouir, le sujet y prend de façon qualifiée cette position de perte, de déchet, qui est représentée par a, et que l'Autre, tout son effort est de le constituer comme champ seulement articulé sous le mode de cette loi, de ce contrat sur lequel notre ami Deleuze a mis si heureusement l'accent pour suppléer à l'imbécillité frémissante qui règne dans le champ de la psychanalyse !
C'est de façon analogique et en jouant sur la proportion que se dérobe ce qui s'approche de la jouissance par la voie du plus de jouir. C'est par ce point au moins qu'à accrocher les choses par la voie de départ que nous avons prise, nous voyons ici que nous trouvons une entrée dont se motive l'expérience. La question sans doute n'est pas sans intérêt au regard de la façon dont fonctionne chez Pascal une certaine renonciation. Mais n'allez pas trop vite. Traiter ceux qui se sont débattus sans le savoir avec cette logique d'universellement masochistes, c'est cet ordre de court-circuitage où se désigne ce que j'ai appelé dans ce champ la canaillerie qui tourne en sottise.
Je n'ai pu vous amener aujourd'hui qu'à un abord qui est celui-ci : la proportion déjà inscrite dans la seule entrée dans un champ par la seule voie scriptutraire. Il nous faut bien entendu la contrôler de par ailleurs. Si ce a, ai-je dit, et ceci même en est, je l'ai souligné, l'image, l'illustration et rien de plus, est ce qui conditionne la distinction du "je" comme soutenant ce champ de l'Autre et pouvant se totaliser comme champ du savoir, ce qu'il importe de savoir, précisément, c'est qu'à se totaliser ainsi, il n'atteindra jamais au champ de sa suffisance qui s'articule dans le thème hégelien du Selbstbewusstsein. Car justement dans cette mesure et à mesure même de sa perfection reste entièrement exclu le "je" de la jouissance. Ce qui importe pour nous, c'est de confirmer non pas seulement qu'aucune addition de l'un à l'autre ne nous totaliserait sous la forme d'un chiffre quelconque, d'un 2 additionné, ce "je" divisé enfin rejoint à lui-même. Ce qu'il y a de plus piquant, à ce détour, c'est de s'apercevoir, comme je vous le montrerai la prochaine fois, car ce champ, vous le voyez, loin d'être interminable, est seulement long et il me faut le temps pour vous l'articuler, quiconque d'ici là, et je dois dire que j'espère qu'il y en a un bon nombre qui n'auront pas besoin de le faire, s'informera de ce que c'est qu'une série de Fibonacci sera évidemment mieux préparé que les autres à ce que je ferai pour les autres c'est-à-dire leur expliquer, à savoir, et c'est très important, qu'une série constituée par l'addition justement de
1 à 1, puis de ce dernier 1 à ce qui le précède pour constituer le 3ème terme, soit 2, puis
1 + 1 = 2, 1 et 2 = 3,
puis 2
et 3 = 5 etc. ... 1 1 2 3 5 8 13 etc.
Vous pouvez remarquer en passant
que ces chiffres sont déjà ici inscrits et que ce n'est pas sans raison, seulement le rapport de chacun de ces chiffres à l'autre n'est quand même pas le rapport a..."
1969 sém 16 - D'un Autre à l'autre :
5 mars 1969
"... Tout ça n'est point une raison pour que la psychanalyse puisse servir d'aucune façon à contester, puisque c'est de cela qu'il s'agit, le bien fondé de la transmission d'un savoir quelconque, même pas du sien ; car, après tout, elle a découvert quelque chose, quelque mythique qu'en soit la formule, elle a découvert ce qu'on appelle dans d'autres registres des moyens de production, de quoi ? D'une satisfaction ; elle a découvert qu'il y avait quelque chose d'articulable et d'articulé, quelque chose que j'ai épinglé, que j'ai dénoncé comme étant des montages, et ne pouvant littéralement pas se concevoir autrement, qu'elle appelle les pulsions ; et ça n'a de sens - ce qui veut dire qu'elle ne les présente comme telles - que pour autant qu'à l'occasion c'est satisfaisant, et que, quand on les voit fonctionner, ça implique que ça porte avec soi sa satisfaction. Quand, sous le biais d'une articulation théorique, elle dénonce dans un comportement le fonctionnement de la pulsion orale, de la pulsion anale, de l'autre encore, scoptophilique ou de la pulsion sadomasochiste, c'est bien pour dire que quelque chose s'en satisfait dont il va de soi qu'on ne peut le désigner autrement que comme ce qui est dessous, un sujet, un upokeimenon, quelque
division qui doive nécessairement en résulter pour lui, au nom de ceci qu'il n'est là que le sujet d'un instrument en fonctionnement, d'un organon, le terme ici étant employé moins dans son accent anatomique, prolongement, appendice naturel plus ou moins animé d'un corps, que proprement dans son sens originel qui est celui où Aristote, au regard de la logique l'emploie, d'appareil, d'instrument. Bien sûr, le domaine n'est plus limitrophe et c'est bien de ce fait que quelques organes d'ailleurs diversement ambigus, malaisés à saisir du corps, puisqu'il est trop évident que certains n'en sont que les déchets, se trouvent placés en cette fonction de support instrumental.
Alors une question s'ouvre : comment pouvons-nous définir cette satisfaction ? Il faut bien croire qu'il doit y avoir là tout de même quelque chose qui cloche puisque ce à quoi nous nous employons, à l'endroit de ces montages, c'est de les démonter. Est-ce à dire que le pur et simple démontage implique en soi, comme tel, de premier plan, qu'il soit curatif ? S'il en était ainsi, il semble que ça irait un peu plus vite, et peut-être même qu'il y a une paye qu'on aurait fait le tour de la question ! Si nous mettons en avant la fonction de la fixation comme essentielle, c'est bien que l'affaire n'est pas si aisée que cela et que ce qu'il nous faut retenir dans le champ psychanalytique, c'est peut-être en effet que quelque chose l'inscrit comme son horizon, et que ça, c'est le sexuel, et que c'est en fonction de cet horizon, en tant que maintenu comme tel, que les pulsions s'insèrent dans leur fonction d'appareil..."
1969 sém 16 - D'un Autre à l'autre : 12 mars 1969 :
"...Seulement il y a l'autre versant, le rapport de la sublimation à ce qu'on appelle l’œuvre d'art. Quand Freud nous dit que la sublimation donne la satisfaction de la pulsion, et ceci dans une production dont après tout la caractéristique de l'estime que lui donne le social est tout à fait inexpliquée, pourquoi diable, alors que nous avons tellement de soucis, si ce n'est bien sûr l'hypothèse du divertissement, à savoir que c'est justement pour ne pas nous occuper des soucis qui sont beaucoup plus importants que nous prenons goût à quelques-unes des choses qui sont déversées à la portée de nos bourses sous la forme de romans, tableaux, poésies et nouvelles. La chose prise sous ce jour paraît sans issue. Néanmoins, je ne vous ferai pas, de ce que j'introduirai la prochaine fois, une entrée trop rapide ; le rapport de la sublimation avec la jouissance, puisque c'est de cela qu'il s'agit, en tant qu'elle est jouissance sexuelle, ne peut s'expliquer que par littéralement ce que j'appellerai l'anatomie de la vacuole. C'est pourquoi j'ai fait à droite le tracé de ce quelque chose de cerné qui la représente, la vacuole. Un instant imaginez-vous cette vacuole comme étant ce qu'a d'appareil auditif un de ces animalcules qu'on appelle, je ne sais pas pourquoi, primitifs - rien n'est plus primitif qu'autre chose - mais prenez une daphnie, ça ressemble à une minuscule crevette, mais en beaucoup plus simple, ça se trouve dans tous les cours d'eau. La daphnie, dans je ne sais quoi dont on peut dire qui lui sert d'organe auditif mais en même temps vestibulaire c'est-à-dire équilibratoire, a ce qu'on appelle un otolithe - si je sais tout ça, c'est parce que j'ai regardé les comptes rendus ... c'est l'article d'un psychanalyste, je vous dirai lequel la prochaine fois, qui a attiré là-dessus mon attention. Ça devient très amusant si, à la place de l'otolithe, vous mettez un petit bout de fer et qu'après vous jouez avec des aimants autour. Ça la fait jouir ! Naturellement on peut le présumer aux attitudes diversement extraordinaires qu'elle peut prendre. Tout à fait un homme dans sa vie morale !
Voilà ce que je veux vous indiquer en introduction à la prochaine fois. C'est que l'objet a joue ce rôle par rapport à la vacuole. Autrement dit il est ce qui chatouille das Ding par l'intérieur. Voilà. C'est ce qui fait le mérite
essentiel de tout ce qu'on appelle oeuvre d'art. Néanmoins la chose mérite d'être détaillée. Et comme l'objet a a plus d'une forme comme l'énonce expressément Freud en disant dans son analyse de la pulsion que l'objet, ça peut être très variable, ça valse, néanmoins nous sommes arrivés à en énoncer quatre, entre l'objet oral, l'objet anal, l'objet si vous voulez scoptophilique et l'objet sado-masochique. Quel est-il, celui-là ? Disons qu'à propos de celui-là, la prochaine fois vous réserve des surprises..."
1969 sém 16 - D'un Autre à l'autre - 23 AVRIL 1969 :
"...Le temps des vacances a coupé notre propos. Comme vous le voyez, moi aussi, j'ai pris mon temps pour le reprendre.
Je vous ai laissés sur le sujet de la sublimation une fois ouvert, que nous aurons à renchaîner à quelques pointages sur ce qu'il en est, du point de vue de la structure sur ce qu'il en est de la perversion. A quoi j'ai apporté cette précision qu'il nous fallait définir, d'une façon que mes schèmes, mes notions si vous voulez à la rigueur, rendent très simple et très accessible, c'est à savoir est-ce que le sujet, dans la perversion, prend soin lui-même de suppléer à cette faille de l'Autre, qui est une notion d'un accès pas de premier plan, qui nécessite une certaine élaboration de l'expérience psychanalytique. C'est donc uniquement pour ceux qui sont familiers de mes termes que cette formule peut prendre valeur de pas. C'est là certainement l'inconvénient de ce qui n'est pas le privilège de mon enseignement, de ce qui est le facteur commun de toute science à partir du moment où elle a commencé de se construire. Ce n'est pas pour autant, bien sûr, que cela suffise à authentifier comme scientifique ce à quoi mon enseignement s'efforce de parer, de parer à quelque chose qui, au nom d'une prétendue référence à la clinique, laisse toujours le compte-rendu de cette expérience à ce qu'on peut bien appeler une fonction réduite à je ne sais quel flair, qui ne saurait bien entendu s'exercer si déjà ne lui étaient donnés les points d'une orientation qui, elle, a été le fruit d'une construction et fort
savante, celle de Freud, mais enfin dont il s'agit de savoir s'il suffit de s'y loger puis, à partir de là, de se laisser guider sur ce qu'on prend pour être appréhension plus ou moins vécue de la clinique, mais qui n'est tout simplement que place à ce que s'y reglissent les plus noirs préjugés. On prend cela pour du sens. C'est à ce sens que je crois que devrait être appliquée une exigence censitaire, à savoir que ceux qui s'en targuent aient à faire preuve par ailleurs de suffisantes garanties. J'essaierai aujourd'hui de dire pourquoi ces garanties doivent être prises ailleurs que dans ce champ où d'ordinaire ils n'ont rien fait ni pour authentifier ce qu'ils ont reçu de Freud concernant ce qui fait la structure de ce champ, ni - ce qui est bien le minimum d'exigence - pour tenter de lui donner suite, d'en rendre compte...
...Alors qu'est-ce que ça veut dire ? C'est dans la mesure où notre expérience analytique peut peut-être apporter là une ébauche de réflexion que tout ce discours est tenu. Si nous procédons dans l'expérience en faisant tenir quoi ? Un discours qui se définit comment ? Associations libres, cela veut dire sans lien à l'Autre. Vous parlez dans l'analyse, ça veut dire qu'on vous a libéré de toute règle du jeu. Et à quoi grand Dieu est-ce que ça peut mener ? Même pas à un texte esthétique. Car les surréalistes, quand ils voulaient procéder par cette voie, vous pensez bien qu'à la fin ils employaient largement la paire de ciseaux, pour que ça finisse par faire quelque chose dont nous reparlerons, l’œuvre d'art. Qu'on puisse y arriver comme ça est déjà fortement indicatif mais tout à fait imperméable à quiconque n'a pas l'idée de l'objet a.
Ce n'est pas de l'objet "a" que nous parlons aujourd'hui. Ce dont nous parlons, c'est ceci, c'est que pour qu'on se livre à un pareil exercice, qui normalement ne peut aboutir qu'à une profonde insuffisance logique et c'est tout ce que Freud veut dire en réalité quand il dit que l'inconscient ne connaît pas le principe de contradiction, le principe de contradiction est quelque chose d'excessivement élaboré en logique et dont même en logique on peut se passer, on peut construire toute une logique sans faire usage de la négation, je parle d'une logique formelle dans le champ du savoir si nous pouvons user d'un discours qui se libère de la logique, il n'est certainement pas délié de la grammaire. C'est bien que dans la grammaire, il doit rester quelque chose très riche de propriétés et de conséquences qui fait que nous nous apercevons qu'un fantasme ne s'exprime dans rien de mieux qu'une phrase qui n'a de sens que grammatical, qui dans son jeu en tout cas, pour ce qui est de la formation du fantasme, n'est agité que grammaticalement, à savoir Un enfant est battu par exemple. C'est en tant que quelque chose n'y est censuré et ne peut être censuré que de la structure
grammaticale, à savoir l'agent par exemple, que quelque chose peut opérer autour de cette phrase.
Les névroses donc révèlent la distinction de la grammaire et de la logique. Il s'agirait de faire un pas de plus, et même si elles ne la révèlent pas d'emblée, comme ça, patent, nous dire que si nous découvrions et c'est à quoi je m'efforce l'homologie de quelque chose qu'on ne peut savoir, évidemment, qu'à avoir fait un peu de logique, l'homologie des failles que démontre une logique correcte, c'est-à-dire qui n'a pas plus d'un siècle, à savoir qui fait qu'on s'aperçoit par exemple que c'est de la localisation quelque part d'un indécidable que dépend la consistance d'un des systèmes les plus assurés, à savoir l'arithmétique, qu'il y a homologie entre ces failles de la logique et de la structure du désir en tant qu'il est au dernier terme connotation du savoir des rapports de l'homme et de la femme par quelque chose qui est le plus surprenant, par le manque ou le non-manque d'un organon, d'un instrument, autrement dit du phallus, que la jouissance de l'instrument fasse barrage à la jouissance qui est jouissance de l'Autre en tant que l'Autre est représenté par un corps, pour tout dire, comme je l'ai énoncé, je pense, avec suffisamment de force, qu'il n'y a rien de structurable qui soit proprement l'acte sexuel, si ceci est correctement démontré, le joint, la boucle, ce quelque chose qui par derrière rejoint vérité à savoir est concevable ; la pensée est justement ce Vorstellungsreprâsentanz, cette chose qui représente le fait qu'il y ait du non représentable parce que barré par l'interdit de la jouissance. A quel niveau ? Au plus simple, au niveau organique. Le principe du plaisir, c'est cette barrière à la jouissance et rien d'autre...
1969 sém 16 - D'un Autre à l'autre - 30 avril 1969 :
"...Ce que aujourd'hui, à la suite de cette bien longue articulation, je veux dire, tout au moins pourrai-je l'amorcer, c'est ceci, nous en étions restés au niveau de la perversion fondée dans une autre façon d'inscrire ce dehors. Ce dehors, pour nous, n'est pas un espace ouvert à l'infini où nous mettons n'importe quoi sous le nom de réel. Ce à quoi nous avons a faire, c'est cet Autre qui a comme tel son statut. Ce statut, ce n'est certes pas du seul effort des psychanalystes que nous pouvons actuellement l'articuler comme se présentant à l'explorer d'une interrogation seulement logique, comme marqué d'une faille, ce qui
dans le schéma qui est ici donne le grand Autre, le signe comme donnant le terme de ce qui se pose au niveau de l'énonciation, de l'énonciation désirante, c'est que la réponse qu'il donne est très exactement la faille qui représente ce désir.
Après tout, ce n'est pas pour rien que ces termes sont ici manifestés par des petites lettres, par une algèbre. Le propre d'une algèbre, c'est de pouvoir avoir diverses interprétations. S (A), ça peut vouloir dire toutes sortes de choses, jusques et y compris la fonction de la mort du père. Mais, à un niveau radical, au niveau de la logification de notre expérience, S (A), c'est exactement si elle est quelque part et pleinement articulable, ce qui s'appelle la structure, si on peut en quelque terme qualifier de structuralisme et vous savez quelles réserves je fais sur ces épinglages philosophiques, c'est en tant que le rapport entre ce que permet d'édifier une logique rigoureuse avec ce que d'autre part dans l'inconscient nous est montré de certains défauts d'articulation irréductibles d'où procède cet effort même qui témoigne du désir de savoir, je vous l'ai dit, ce que je définis comme perversion, c'est la restauration en quelque sorte première, la restitution, à ce champ du A, du a, en ceci que la chose est rendue possible de ce que ce a soit un effet de la prise de quelque chose de primitif, de
primordial et, pourquoi ne l'admettrions-nous pas, à condition de rien pas faire un sujet, c'est dans la mesure où cet être animal que nous prenions tout à l'heure au niveau de son sac de peau est pris dans le langage que quelque chose en lui se détermine comme a, ce a rendu à l'Autre, si l'on peut dire. C'est bien pourquoi l'autre jour, en introduisant devant vous le pervers, je le comparai à l'homme de foi, voire au croisé ironiquement ; lui, donne à Dieu sa plénitude véritable.
Et si vous me permettez de terminer sur quelques jeux de mots en quelque sorte humoristiques, s'il est vrai que le pervers est la structure du sujet pour qui la référence castrationnelle, le fait que la femme est distinguée de ceci qu'elle n'a pas le phallus, que ceci par cette opération mystérieuse de l'objet a est bouché et, est masqué et, est comblé, est-ce que ce n'est pas là que s'articule cette formule que déjà une fois j'ai poussée en avant, que cette façon de parer à la béance radicale dans l'ordre du signifiant que représente le recours à la castration, d'y parer ce qui est la base et le principe de la structure perverse, en pourvoyant de quelque chose qui comble, qui remplace le manque phallique, en pourvoyant cet Autre et en tant qu'il est asexué, est-ce que ce n'est pas cela qu'un jour, devant vous, j'avais désigné du terme de l'hommelle. Voilà une référence qui, quant à l'assiette d'un certain dehors au regard du jeu de l'inconscient, vous rendra dans son épinglage, paraît-il seulement pittoresque, quelques services.
Mais pour vous quitter et aussi bien parce qu'aujourd'hui je n'ai pas pu parcourir comme d'habitude aussi loin le champ que je voulais, pour vous ouvrir car c'est celui qui, de la perversion, conduit à la phobie, en y voyant l'intermédiaire qui va vous permettre enfin de situer authentiquement le névrosé, et à son niveau ce qu'il en est du dedans et du dehors, si cet hommelle nous l'écrivons, à modifier le terme qui est ici S (A), à le modifier en ce sens que c'est d'un A non défaillant que ce A d'un signifiant du A, qu'il s'agit, et qui donne la clé de la perversion, est-ce que je vous le montrerai davantage dans notre prochaine réunion ce n'est pas inversement que ce soit au niveau du signifié s (A) de la faille, que la division de ce A se porte chez le névrosé ? Ceci a un grand intérêt d'ordonnance topologique car c'est aussi montrer que c'est au niveau de l'énoncé que le texte du symptôme névrotique s'articule, c'est-à-dire que c'est ainsi que s'explique que ce soit entre le champ du Moi tel qu'il s'ordonne spéculairement et celui du désir en tant qu'il s'articule par rapport au champ dominé par l'objet a que le sort de la névrose se joue.
C'est ce que nous verrons mieux la prochaine fois où c'est, fondé sur ces graphes anciens, que je pourrai vous montrer la place que tient, dans le jeu de la névrose, et je le reprendrai dans la phobie d'abord, reprenant tout ce que j'ai déjà articulé à propos du petit Hans et qui a été, je m'en suis aperçu, assez insuffisamment transmis dans les comptes rendus qui en ont été donnés
Alors, mais si ce signifié du A en tant que barré, en tant que marqué de sa défaillance logique, s'il vient dans le névrosé à pleinement se signifier, c'est bien aussi cela qui nous éclaire de ce qu'a eu d'inaugural l'expérience du névrosé. Lui ne masque pas ce qu'il en est de l'articulation conflictuelle au niveau de la logique même. Que de ce que la pensée défaille en son lieu même de jeu réglé, voilà qui donne sa véritable portée de la distance qu'en prend dans son expérience le névrosé lui-même et, pour tout dire et pour terminer sur ce jeu de mots que je vous ai annoncé, quoi d'étonnant, si nous nous amusons du mot hommelle, à l'étage au-dessous de le transformer en famil. Les jeux et les rencontres que permet l'état de la langue, ce famil, ne le voilà-t-il pas vraiment qui paraît nous montrer, comme une espèce d'éclair entre deux portes, ce qu'il en est de la fonction métaphorique de la famille elle-même ?
Si pour le pervers, il faut qu'il y ait une femme non châtrée, ou plus exactement s'il l'a fait telle et hommelle, est-ce qu'il n'est pas notable à l'horizon du champ de la névrose que ce quelque chose qui est un "Il"quelque part, dont le "je" est véritablement l'enjeu de ce dont il s'agit dans le drame familial, c'est cet objet a en tant que libéré. C'est lui qui pose tous les problèmes de l'identification, c'est lui avec lequel il faut, au niveau de la névrose, en finir, pour que la structure se révèle de ce qu'il s'agit de résoudre, à savoir la structure tout court, le signifiant du A..."
1969 sém 16 - D'un Autre à l'autre - 4 juin 1969 :
"...Cette dérision facile n'aurait pas d'autre raison d'être si, dans des textes que je viens de recevoir pour un prochain congrès qu'on aura le front de tenir à Rome, il n'y avait pas là déjà des textes, je veux dire déjà publiés,
exemplaires car ça n'est pas parce qu'on ignore le discours de Lacan qu'on ne se trouve pas en face des difficultés que je viens ici d'articuler, et particulièrement concernant ce qu'il en est du transfert, quand on s'escrime à définir ce qu'il y a de non transférentiel dans la situation analytique, il faut bien qu'on sorte quelques énoncés qui sont l'aveu, à proprement parler, du fait qu'on n'y comprend rien. On n'y comprend rien parce qu'on n'a pas la clé. Et on n'a pas la clé parce qu'on ne va pas la chercher là où je l'énonce ! De même, on invente un terme qui s'appelle le self, et dont je dois dire qu'il n'est pas du tout inutile à qui a quelque curiosité de voir comment cela peut à la fois se motiver et se résoudre dans un discours tel que celui que je viens aujourd'hui d'articuler. Si j'ai le temps lors de nos prochaines rencontres, je pourrai, là, en dire plus. De même l'erreur et, à proprement parler, l'ineptie de ce qui est avancé sur le sujet de ce qu'il en est de la cure psychanalytique de la psychose, et l'échec radical qui s'y marque de situer justement la psychose dans une psychopathologie qui soit d'ordre analytique a les mêmes ressorts.
Assurément, si j'ai indiqué que j'aurais pu articuler quelque chose d'autre, quelque chose dont je déclare avoir été heureusement dispensé, sur le sujet de l'acte psychanalytique, c'est dans l'horizon de ce qu'il en est du masochiste qu'il conviendrait de la poser, cette articulation. Et assurément, bien sûr, non pas pour les confondre, l'acte psychanalytique et la pratique masochiste, mais il serait instructif et, en quelque sorte, ouvert, indiqué déjà par ce que nous avons pu dire, par ce qui s'étale littéralement dans la pratique masochiste, à savoir la conjonction du sujet pervers avec à proprement parler l'objet a. D'une certaine façon, on peut dire qu'aussi loin qu'il le veut, le masochiste est le vrai maître ; il est le maître du vrai jeu. Il peut y échouer, bien sûr. Il y a même toutes les chances qu'il y échoue, parce qu'il lui faut rien moins que le grand Autre. Quand le Père Eternel n'est plus là pour remplir ce rôle, il n'y a plus personne.
Et si vous vous adressez à une femme, bien sûr, Wanda, il n'y a aucune chance, elle n'y comprend rien, la pauvre. Mais le masochiste a beau échouer, il en jouit tout de même. De sorte qu'on peut dire qu'il est le maître du vrai jeu. Il est bien évident que nous ne songeons pas un seul instant à imputer un tel succès au psychanalyste. Ça serait lui faire une confiance sur la recherche de sa jouissance que nous sommes loin de lui accorder. D'ailleurs ce serait peu convenable.
Pour avancer une formule qui a son intérêt parce que j'aurai à la reprendre et il ne faut pas s'en étonner, à propos de l'obsessionnel, nous dirons que le psychanalyste fait le maître, dans les deux sens du mot faire. Faites un tout petit peu attention encore, cinq minutes, parce que c'est très en court-circuit et que c'est délicat. Vous sentez bien que la question autour de l'acte psychanalytique, c'est, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, celle de
cet acte décisif qui fait du psychanalysant surgir, s'inaugurer, s'instaurer le psychanalyste. Si, comme je vous l'ai tout à l'heure indiqué, le psychanalyste se confond avec la production du faire, du travail du psychanalysant, c'est là qu'on peut bien dire que le psychanalysant fait, au sens fort du terme, le psychanalyste. Mais on peut dire aussi qu'au moment précis où surgit le dit psychanalyste, s'il est si dur de saisir ce qui peut l'y pousser, c'est bien que l'acte se réduit à faire, au sens de la simagrée, à faire le psychanalyste, à faire celui qui garantit le sujet supposé savoir. Et qui, au début de sa carrière, n'a pas confié à quiconque veut bien l'aider en ses premiers pas qu'il a justement bien ce sentiment de faire le psychanalyste ? Pourquoi retirer sa valeur à ce témoignage ?
Mais c'est ceci qui permet, à reprendre ces deux fonctions du mot faire, de dire qu'il est bien vrai qu'en menant quelqu'un au terme de sa psychanalyse, au terme de cette incurable vérité, au point de celui qui sait que s'il y a bien acte, il n'y a pas de rapport sexuel, est-ce que ça n'est pas là, même si ce n'est pas souvent que cela arrive, faire quelque part une vraie maîtrise ? Mais d'autre part, contrairement au masochiste, si le psychanalyste lui aussi peut être dit avoir quelque rapport avec le jeu, ce n'est certes pas qu'il en est maître, mais que tout de même, il en supporte, il en incarne l'atout maître, pour autant que c'est lui qui vient à jouer le poids de ce qu'il en est de l'objet a.
Qu'en est-il donc, après avoir poussé jusqu'ici seulement aujourd'hui ce discours, du point où peut se situer ce discours lui-même, à savoir d'où je l'énonce ? Est-ce de celui où se tient le sujet supposé savoir ? Est-ce que je puis être le savant, en parlant de l'acte psychanalytique ? Certainement pas. Rien n'est clos de ce que j'ouvre comme interrogation concernant ce qu'il en est de cet acte. Que j'en sois le logicien, et d'une façon que confirme que cette logique me rende odieux à tout un monde, pourquoi pas ? Cette logique s'articule des coordonnées même de sa pratique, et des points dont elle prend sa motivation. Le savoir, en tant qu'il est produit par la vérité, est-ce que ce n'est pas là ce qu'imagine une certaine version des rapports du savoir et de la jouissance ?
Pour le névrosé, le savoir est la jouissance du sujet supposé savoir.
C'est bien en quoi le névrosé est incapable de sublimation. La sublimation, elle, est le propre de ceci qui sait faire le tour de ce à quoi se réduit le sujet supposé savoir. Toute création de l'art se situe dans ce cernement de ce qui reste d'irréductible dans ce savoir en tant que distingué de la jouissance, quelque chose pourtant vient marquer son entreprise, en tant qu'à jamais, dans le sujet, elle désigne ce qui est son inaptitude à sa pleine réalisation.
Cette imputation que le travail de l'exploité est supposé dans la jouissance de l'exploiteur, est-ce qu'elle ne trouve pas quelque chose comme son analogue à l'entrée du savoir, en ceci que les moyens qu'il constitue
feraient de ceux qui les possèdent, ces moyens, ceux qui profitent de ceux qui gagnent ce savoir à la sueur de leur vérité. Sans doute l'analogie tomberait à côté de se jouer dans des domaines si distincts, si depuis quelque temps, le savoir ne s'était montré tellement complice du certain mode d'exploitation dont, sous le nom de capitaliste, il se trouve que l'excès de l'exploitation est quelque chose qui déplaît. Je dis, qui déplaît, car il n'y a rien à dire de plus. Le principe de l'agitation révolutionnaire n'est rien d'autre qu'il y a un point où les choses déplaisent. Or, si vous vous en souvenez, est-ce que je n'ai pas marqué l'année dernière que la position de l'analyste, si elle devait rester conforme en toute rigueur à son acte, était que, dans le champ de ce qu'il inaugure à l'aide de cet acte comme faire, il n'y a pas place pour quoi que ce soit qui lui déplaise, et non plus lui plaise, et que s'il y fait place, il en sort.
Mais ce n'est pas dire pour autant qu'il n'aurait pas son mot à dire dans ce qui peut dériver, limiter ceux qui, dans un certain champ qui est le champ du savoir, en sont venus à s'insurger d'un certain dévoiement du savoir, sur la façon correcte, propice à permettre qu'à nouveau le savoir sorte d'un champ où il exploite. C'est sur ce dernier mot que je vous laisse, vous promettant pour la prochaine fois d'entrer dans le détail de ce dont il s'agit concernant, respectives, les positions de l'hystérique et de l'obsessionnel au regard du grand Autre..."
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