psychanalyse et masochisme
   
 

Une dernière flamme

 

Par Louis Pollet...

 

 

Florence, une femme, une ville des arts de cette période prolixe et baroque dite de la « Renaissance ».
Florence, cette femme, retrouvée empoisonnée dans sa voiture. Sur le bord d’une route vide. A laquelle il manqua sans doute une rencontre, comme sur toutes les routes, sauf accident.

Quelle souffrance l’a-t-elle conduite à s’arrêter dans ce lieu désert comme sa solitude? Puis, calmement, ouvrir une petite boîte, penser un instant à quelqu’un, sûrement à ses deux petites filles. Puis à d’autres, cherchant peut-être le souvenir d’une parole dite sur le ton de l’amour, apaisante et dissuasive : « juste dormir, peut-être? ».
Mais le geste n’a pas suivi, comme si le corps avait machinalement enregistré une commande irréversible. Il s'exécute.

Un peu avant la fin de l’aurore, une passante automobilisée remarque cette autre auto sur le bas côté. Elle perçoit une présence, déjà au bord de la mort. Soudain le froid du dehors la pénètre, elle se sent glacée, puis comme happée par ce lien thermique. Mais elle s’arrête. Coupe le moteur. Verrouille les portes et regarde depuis l’intérieur de cette coquille protectrice le silence comme le vide investir les lieux :

Une vague chevelure de boucles ambrées, dernières vapeurs de condensation. Comme si le ciel s’était installé là pour brouiller toute visibilité sur le chemin, précisément dans la voiture de Florence, et s’en aller, une fois son œuvre accomplie. Aphrodite est descendue endormir Psyché, comme s’il n’avait pas suffit de lui faire compter les jouissances perdues. Elle ne respirait plus que depuis peu, sans doute.

Celle qui trouve la mort, nous l’appellerons M., réalise qu’elle peut, qu’elle lui ressemblera. Comment alors trouver le courage de découvrir son visage ? La sensation descend alors au-dessous du froid, mais une sensation de plaisir s’y est pourtant mêlée. Une mécanique du vivant lui fait déverrouiller les portes. Le claquement net et sourd du déclencheur secoue le corps en un sursaut. Un instant de soulagement, une inspiration, elle se sent mouillée. Elle touche pour vérifier. Un dernier trait de cette aurore fugace, devant, au dessus des collines pâles, allume un feu, qui s’annonce pourtant du grouillement industriel et de l’intégrisme communicationnel. Il faut descendre. Ecourter cette découverte. Affronter cette mort.

« M. ! Ouvre la portière ! Va voir ta sœur morte ! » . Elle sort. L’air du dehors la réconforte. Elle pense qu’elle arrivera en retard. Qu’elle devra raconter sa découverte. Qu’elle ne peut pas trouver les mots. Qu’elle aurait même l’impression inconcevable de trahir cette rencontre, dont elle n’a même pas encore vu le visage. Le visage de Florence vivante n’est plus, dans le souvenir d’aucun. M., n’en n’eut jamais que de la rencontrer morte. Cette solidarité morbide entraînait M. vers une sorte de décompensation. Elle crut voir un sursaut dans le mouvement qui la fit frapper à la vitre. Elle crut. Une seconde fois. Plus rien. C’était bien ce visage, qu’elle fit bien de ne pas affronter, si elle le voulut. Mais, était-elle vraiment morte, seulement ?

 

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Si vous trouvez des fautes d'orthographe... annemarie.bourrelly@effet-freudien.com

 

 

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