psychanalyse et psychothérapie
   
 
 

 

Rapport de L’Inserm
sur l’évaluation des «psychothérapies»

 

Le politique au mépris
de la science

 

 

 

Le rapport de l’Inserm sur l’évaluation des « psychothérapies, sous couvert du Ministère de la Santé, constitue la caution « scientifique » du gouvernement de Monsieur Chirac pour appliquer une politique dite de «santé mentale ». Cette politique hexagonale n’est pas isolée et la démarche française prétend ainsi s"inscrire dans un vaste plan d"harmonisation européenne, voire au-delà.

Extrait du rapport de l’OMS 2001 (Organisation Mondiale de la Santé), qui converge avec les différents rapports nationaux, notamment celui, français de la même année, et sur lequel s’appuient également les vélites de légiférer sur le psychisme humain, extraits :

http://www.who.int/whr2001/2001/main/fr/chapter1/index.htm ou pdf : OMS

« La santé mentale importe autant que la santé physique pour le bien-être général des individus, des sociétés et des pays. Or, seule une petite minorité des 450 millions de personnes qui souffrent de troubles mentaux ou du comportement se fait soigner. Les progrès des neurosciences et de la médecine du comportement montrent qu'à l'instar de nombreuses maladies physiques, les troubles mentaux et du comportement sont le résultat d'une interaction complexe de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. S'il reste encore beaucoup à apprendre à leur sujet, nous avons déjà les connaissances et les moyens nécessaires pour réduire l'impact des troubles mentaux et du comportement dans le monde. »
… .

«...Le présent rapport contient des informations sur l'état actuel des connaissances concernant les troubles mentaux et du comportement, leur ampleur et leur impact, les modes de traitement efficaces et les stratégies permettant d'améliorer la santé mentale par la mise en place de politiques et de services appropriés.
Il montre clairement que les Etats sont responsables de la santé mentale de leurs citoyens, de même que de leur santé physique. L'un des messages clés adressés à ces Etats concerne les asiles d'aliénés qui, lorsqu'il en existe encore, doivent être fermés et remplacés par des services communautaires bien organisés et des lits psychiatriques dans les hôpitaux généraux. L'Epoque est révolue où l'on enfermait les personnes atteintes de troubles mentaux ou du comportement dans de sinistres institutions psychiatriques qui ressemblaient à des prisons. La très grande majorité des malades mentaux ne sont pas violents. Seule une faible proportion des troubles mentaux et du comportement est associée à un risque accru de violence, dont la probabilité peut être réduite grâce à des services complets de santé mentale.
En tant qu'autorités de tutelle suprêmes de tout système de santé, les Etats doivent veiller à l'élaboration et à l'exécution des politiques de santé mentale. Le rapport recommande de nombreuses réformes que les pays devraient adopter, par exemple l'intégration des soins et services de santé mentale dans le système général de santé, plus particulièrement au niveau des soins de santé primaires. Cette démarche a été adoptée avec succès dans un certain nombre de pays. Dans de nombreuses régions du monde, il reste cependant beaucoup à faire...»



Au nom de « lascience »

C’est la question que se pose le rapport Inserm, à l’évidence, à propos d’une possibilité d’évaluation de ce que ces savants appellent « thérapies psycho-dynamiques », en regard de thérapies s’inspirant du cognitivisme. Nous pourrions résumer la question ainsi : y a-t-il un moyen, une méthode, pour appliquer une évaluation « scientifique » à ces dites thérapies psycho-dynamiques et de les comparer aux suivantes (les cognitives)?

Et bien oui, il y a un moyen. Et ce moyen c’est la supercherie à tous les étages et sans complexe :

D’une part observons les prémisses de cette « démonstration scientifique ». Autrement dit, quels sont les fondements de ce raisonnement ?


En premier lieu, la question qui est posée est celle de la possibilité même d’une évaluation.
Evaluation de quoi, de quel (s) objet (s) ? : cette question s’inscrit dans une démarche téléologique, c’est-à dire qu’elle a un objectif. Or toute démonstration scientifique ne peut se faire valoir comme telle si elle ne définit pas préalablement son but et les objets, les occurrences qu’elle manipule.
Alors quels sont-ils ici ?

« Evaluer scientifiquement l"efficacité des différentes psychothérapies… » Voici donc nos objets d’étude ; psychothérapies ; évaluer ; science ; efficacité, et notre but : évaluer scientifiquement
Nous observons dans ces prémisses, des objets associés, mais qui se rapportent à des univers de natures différentes. Voyons quelles sont les implications d’une telle association.

Evaluer associé à science implique une logique calculatoire, qui utilise essentiellement une méthode mathématique éprouvée, c’est-à-dire logiquement valide, afin de parvenir à la mesure recherchée.

Évaluer associé à efficacité implique que le calcul va porter sur les résultats d’une pratique réputée mesurable.

La pratique réputée mesurable c’est « psychothérapies » au pluriel. Il y a donc plusieurs pratiques, qui réfèrent à priori à un même objet : thérapies du « psy », ce psy faisant ici lieu d’objet de ces pratiques, réfère à un domaine, celui du psychisme humain.
Or s’il y a plusieurs « psychothérapies dont il s’agit d"évaluer scientifiquement l"efficacité » et que l’hypothèse est que celle-ci est mesurable, c’est que les objets de ces pratiques sont aussi mesurables « scientifiquement » de la même façon.

La conclusion provisoire de ces prémisses est que le psychisme humain est calculable, quantifiable.
Si c’est le cas, il s’agit de savoir ce que l’on compte, autrement dit, quelles sont les occurrences identifiées et calculables du psychisme humain ? Les neurones ? Leurs positions respectives et relativement aux autres les nuits de pleine lune ? La couleur du cerveau reptilien aux échos du scanner ? La quantité des productions chimico-électriques au moment de l’orgasme ? La vitesse de transmission des informations biochimiques au moment d’une exécution capitale par injection ?
Le salaire et la fréquence des relations sexuelles d’une postière noire soumise pendant 8 ans à une lobotomie chimique ? Les sommes d’argent détournées sans jamais se faire pincer ? Les chances de réussir dans la vie quand on est petit, borgne, noir et juif et confié aux bons soins des SS ?


Vous ne trouverez évidemment pas la réponse dans ce rapport, autrement que supposés déterminés « par ailleurs » et certainement convenus entre savants dont l’autorité institutionnelle ne peut être contestable et qui, par conséquent, disent toujours la vérité au nom de « lascience ». Nos savants délégués n’ont donc pas besoin ici de la rappeler, autrement qu’en présupposés, ou en slogans reconnus pour leur efficacité : il suffit de dire que c’est scientifique pourvu qu’on s’en réfère à la caution d’un pouvoir qui vient de décider que tout discours qui échappe à ses impératifs de rentabilité est statistiquement déviant, donc logiquement non scientifique. Cela va de soi.


A ce stade de l’analyse, il paraît assez inutile de poursuivre le démontage de cette démonstration.
En effet, on ne peut prétendre à une démonstration, encore moins scientifique, si les constituants des prémisses ne sont pas définis d’une part, reconnus comme tels d’autre part. C’est le cas ici.
Les psychothérapies et leurs objets ne sont pas clairement connus ou tout simplement faux. Par conséquent le classement, ainsi que les cadres qui sont ici imposés, relèvent à l’évidence d’un point de vue d’ignorance totale : la psychanalyse n’est pas une « psychothérapie » au sens définit dans ce rapport, elle n’a rien à voir par conséquent avec de supposées « thérapies psychodynamiques » ou autres extravagances du même ordre.
Les définitions proposées et justifiant de ce classement témoignent donc de la même ignorance.

Quelle est l’origine de cette ignorance première, en dehors d’une incompétence récurrente aussi hurlante ?

Le réductionnisme. Qu’est-ce que c’est ? On pourrait dire d’emblée que c’est la tendance générale de notre siècle livré au néo-productivisme, effet de la révolution cybernéticienne. Il s’agit de réduire, dans le discours social et politique, le Réel à des représentations symboliques, qui donnent justifications à une organisation sociale. Le réductionnisme est en de ça du rationalisme, qui à l’origine constitue une méthode de réduction du complexe à quelques éléments constituants, pour en approcher la structure. Le réductionnisme, c’est ce qui prétend imposer la réduction systématique d’une complexité à un ou quelques-uns uns des éléments constituants, dans le but de présenter et d’imposer une représentation figée de la structure.
Le rapport de l’Inserm s’inscrit dans cette philosophie réductionniste, puisqu’il prétend appliquer les mêmes formules de calcul à des objets différents. C’est comme si vous multipliiez des choux avec des carottes : vous faites l’opération sur des nombres, c’est-à-dire de pures abstractions, vous obtenez un résultat qui est lui-même un nombre (juste au regard des règles de l’arithmétique et si vous ne vous trompez pas), c’est à dire une autre pure abstraction. Quant aux choux et aux carottes, allez savoir ce qu’ils sont devenus après ça : une soupe ?

Qu’est-ce que c’est encore ?

C’est toute l’histoire qui conduit à l’invention de l’ordinateur, en tant que prototype idéal de la perfection faite machine. A tel point, que certains « chercheurs » rêvent de construire une machine qui « pense » toute seule. Qui pense quoi toute seule ? Et bien là aussi se fonde un idéal singulier qui ressemble à un souhait que la machine pourrait nous révéler quelque chose de nous-mêmes, ce qui n’est pas forcément idiot, à défaut d’un dieu. C’est la trace d’un animisme qui fait retour en lieu où semble émerger ce manque de perfection, d’efficacité, d’incomplétude dans l’Homme (homo sapiens sapiens demens). Deux fois sapiens pour finir demens.

On peut à cette occasion récuser les anthropologues réticents à soutenir l’hypothèse pas très rassurante, il faut le dire, d’une barbarie humaine constante, qui a certainement opérée à la disparition d’autres races. Ca se trouve aujourd’hui comme hier. Du même coup faisons hommage à ceux qui la soutiennent ou pourraient la soutenir, à l’appui de quelques traces plausibles, bien entendu.

Cette dimension du demens, comme marque d’imperfection qui est ici toutefois visée, n’est pas sans un rapport privilégié avec le savoir-faire sur lui-même de ce sapiens dédoublé.
Mais c’est pour faire jouer un autre impératif en isme, une autre croyance dans la non vacuité de la vie, l’ « utilité au « collectif » sinon rien » qui dit simplement en l’occasion, que la « bonne santé mentale » du singulier n’est utile qu’au nom de ce collectif (cf.extrait du rapport de l’organisation mondiale de la Santé).

Autrement dit, il nous faut être en condition, utiles à la collectivité. Propos tenus depuis ce qui se nomme soi-même libéralisme.


La seule logique calculatoire, qui fait force de validité scientifique ne dépasse pas le niveau d’un enfant qui découvre une nouvelle forme d’abstraction, qui vient se heurter au réel selon lequel la multiplication de choux et de carottes, ne donne rien en arithmétique élémentaire. Plus tard, peut-être apprendra-t-il à faire la soupe, sans compulsion obsessionnelle aucune à déchiffrer les emballages de cuisine rapide.


Même si les mots ne sont pas les choses, céder sur les mots c’est céder sur les choses, parce que les mots font des actes.

 



Compteur placé le dimanche 19 sept 2004

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