La
Psychanalyse à l’épreuve du réductionnisme libéral et de l’idéologie
totalitaire qui le sous-tend
Communication de quelques analystes
profanes, qui prétendent que le paroxysme du productivisme conduit à Auschwitz.
La mise au pas, de Loi.
Par
Remerciement aux membres du forum « L'Effet Freudien » et d’autres, pour leurs critiques, malgré tout, trop complaisantes.
ASSEMBLÉE NATIONALE
________________________________________
Projet de loi
POLITIQUE DE SANTE PUBLIQUE
AMENDEMENT présenté par M. BERNARD ACCOYER député
--------------------------------------------------------------------------------
ARTICLE 18
Après cet article, insérer un nouvel article ainsi rédigé :
« I – Dans le Livre II de la troisième partie du code de la santé publique, il
est créé un titre III intitulé « Dispositions particulières » intégrant un
chapitre unique intitulé « Psychothérapies. »
II – Dans le titre III du Livre II de la troisième partie du code de la santé
publique, est inséré l’article L. 3231 ainsi rédigé :
« Art L 3231 : Les psychothérapies constituent des outils thérapeutiques
utilisés dans le traitement des troubles mentaux.
Les différentes catégories de psychothérapies sont fixées par décret du
ministre chargé de la santé. Leur mise en œuvre ne peut relever que de médecins
psychiatres ou de médecins et psychologues ayant les qualifications
professionnelles requises fixées par ce même décret. L’agence nationale
d’accréditation et d’évaluation en santé apporte son concours à l’élaboration
de ces conditions.
Les professionnels actuellement en activité et non titulaires de ces
qualifications, qui mettent en œuvre des psychothérapies depuis plus de cinq
ans à la date de promulgation de la présente loi, pourront poursuivre cette
activité thérapeutique sous réserve de satisfaire dans les trois années suivant
la promulgation de la présente loi à une évaluation de leurs connaissances et
pratiques par un jury. La composition, les attributions et les modalités de
fonctionnement de ce jury sont fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de
la santé et du ministre chargé de l’enseignement supérieur. »
EXPOSE SOMMAIRE
Les Français sont les premiers consommateurs au monde de psychotropes, et de plus en plus de jeunes sont
affectés par des psychopathologies souvent graves.
La prise en charge de la souffrance psychique fait souvent appel aux psychothérapies. Or, en ce domaine, le vide juridique en France est total. Des
personnes, insuffisamment qualifiées voire non qualifiées, se proclament
elles-mêmes « psychothérapeutes ». Elles peuvent
faire courir de graves dangers à des patients qui, par définition, sont
vulnérables et risquent de voir leur détresse ou leur pathologie aggravée.
Elles connaissent parfois des dérives graves. Depuis février 2000, la mission
interministérielle de lutte contre les sectes
signale que certaines techniques psychothérapiques sont un outil au service de
l’infiltration sectaire et elle recommande régulièrement aux autorités
sanitaires de cadrer ces pratiques. Cette situation constitue un danger réel
pour la santé mentale des patients et relève de la
santé publique.
Il est donc indispensable que les patients puissent être clairement informés
sur la compétence et le sérieux de ceux à qui ils se confient. Il convient donc
de considérer les psychothérapies comme un véritable traitement. A ce titre,
leur prescription et leurs conduites doivent être réservées à des
professionnels détenteurs de diplômes universitaires, attestant d’une formation
institutionnelle, garantie d’une compétence théorique, pouvant être doublée
d’une expérience pratique.
Proposition d’amendement : au projet de loi relatif à la
politique de santé publique n°192
adopté par l'Assemblée nationale
Article 18 quater
Dans le II. de l’article 18 quater, après les mots :
« Art L 3231 : Les psychothérapies » constituent des outils thérapeutiques
utilisés dans le traitement des troubles mentaux.»
ajouter les mots :
« L’activité psychanalytique, n’ayant le traitement des troubles mentaux pour
objet, n’est pas concernée par cet amendement. »
L’amendement – l’amalgame :
L’exposé sommaire de l’amendement commence : « Les Français sont les premiers consommateurs au monde de psychotropes… » la phrase suivante : « La prise en charge de la souffrance psychique fait souvent appel aux psychothérapies ». Puis : « Des personnes, insuffisamment qualifiées voire non qualifiées, se proclament elles-mêmes « psychothérapeutes »…
Les conditions de vote de l’amendement : 16 députés présents (sur plus de 580
députés) votent à l’unanimité (13 voix pour)
Modifications de
l’Amendement Giraud et vote au Sénat le 19 Janvier 2004
Amendement MATTEI
19 Janvier 2004 : vote au Sénat
|
L'amendement Giraud a été modifié au cours de la discussion au Sénat et comme d'ailleurs cela avait été annoncé par Jean-François Mattéi, un troisième alinéa a été ajouté à l'amendement Giraud qui devient l'amendement Mattéi n°363. La rédaction retenue est donc la suivante : "L'usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes. L'inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l'Etat dans le département de leur résidence professionnelle. sont dispensés de l'inscription les titulaires du diplôme de docteur en médecine, les psychologues titulaires d'un diplôme d'état, les psychanalystes régulièrement enregistrés sur les annuaires de leurs associations" Les modalités d'application du présent
article sont fixées par décret." source :" Oedipe sur Internet" et " touche pas mon psy" |
Travail, famille et psychotroupes.
Les Français sont les plus gros consommateurs de psychotropes et autres pilules du « bonheur ».
Il est vrai que la psychiatrie en est un important vecteur, sinon le principal, derrière les médecins généralistes, selon les statistiques officielles. Mais les uns ne vont pas sans les autres. Derrière ce constat qui fait symptôme, il y en a d’autres, qui posent quelques questions, dont celles-ci :
1. Les Français souffriraient-ils psychiquement plus que les
autres ou, auraient-ils simplement plus conscience de cette forme de souffrance
?
2. Ceux qui souffrent psychiquement ont-ils nécessairement recours
à une forme ou une autre de « médicalisation »?
3. Sinon, à d’autres formes thérapeutiques telles les
psychothérapies dont on parle tant. Ou la psychanalyse, qui n’est connue, la
plupart du temps du « grand public », qu’au travers des disciplines qui en ont
vulgarisé les concepts à l’intérieur de leur pratique. Ainsi que des médias,
qui relèguent un certain nombre de confusions pour ne présenter qu’un sac « psy
» sans distinction sérieuse. Quant à la littérature psychanalytique, elle est
pourtant en abondance suffisante pour servir de vecteur d’information et de
différentiation vers ce « grand public » tant convoité. Mais là, il est vrai
qu’un effort supplémentaire s’impose, pour cette fois faire la part entre les
différents discours qui s’y projettent.
La psychanalyse est-elle une psychothérapie ?
Curieusement, la question n’est jamais clairement posée ni par le législateur, ni par les professionnels eux-mêmes. Ces derniers (du moins les plus médiatisés) ont semblé tenter une amorce différentielle, mais sans aller réellement jusqu’au bout de la démonstration. Si bien qu’à la fin, on se demande toujours de quoi on parle et quelle est l’intention de celui qui le dit.
Cet amendement s’adresse à la psychanalyse, en l’englobant sous le Maître-mot de « psychothérapies ». Il est inutile de tergiverser là-dessus pour distraire les intéressés.
Imaginez-vous que si nous avions eu au gouvernement un ministre physicien, qui décide que la génétique peut être réduite à la physique classique et que ce soit ces physiciens, qui décident des orientations de recherche de la génétique. Ou encore, que pour être coureur cycliste il faut une formation de chimiste (quoique ici on se demande parfois si ça n’éviterait pas d’être confronté un jour à « l'insu de son plein gré »). C’est du même ordre, et les comparaisons déjà faites par d’autres n’ont pas manqué de révéler l’ab-surdité de notre ORL de député.
Quelques éclaircissements supplémentaires s’imposent devant cette mystification, que certains psychanalystes en vue, faisant partie d’associations psychanalytiques entretiennent volontairement, dans le seul espoir d’asseoir leur pulsion d’emprise sur le « petit peuple » des psychanalystes indépendants. Nous partirons ici de quelques définitions sommaires mais reconnues « académiques » ou « officielles » par les professionnels.
Si ça n’était pas le cas, il serait alors nécessaire d’en faire commentaire et ne pas laisser traîner de vieilles rumeurs.
Psycho-thérapie : Littré, roudinesco, autres.
Psych-iatre : « Médecin spécialiste des
maladies mentales » Littré –
La psychiatrie est donc une spécialisation de la médecine, qui voit la souffrance psychique comme « maladies mentales », entendues sous l’angle organique, c’est-à-dire du corps.
Le cerveau en tant qu’organe y est considéré par le corps médical comme le centre « nerveux » du psychisme humain, au même titre que le cœur est une pompe à irrigation. Par conséquent, le traitement psychiatrique se caractérise par l’usage quasi systématique de produits et procédés qui agissent sur le corps comme inhibiteurs des souffrances, pour les traitements chimiques, en annihilant les centres nerveux correspondants, c’est-à-dire en réduisant, physiologiquement parlant les capacités perceptives et intellectuelles de leurs patients . Ces traitements vont de la prescription médicamenteuse à l’enfermement. Par contre coup ces traitements agissent comme stimulateurs de l’asservissement par la dépendance. La psychiatrie par ses procédés tend à étouffer la souffrance.
La psychiatrie a été traversée par les découvertes de la psychanalyse. En France plus particulièrement, où Freud a séjourné un temps avant de fuir à nouveau le nazisme, qui étendait le champ de ses massacres sur des terrains trop souvent favorables.
Mais c’est surtout avec Jacques Lacan, lui-même psychiatre, que la théorie freudienne trouvera une formalisation originale, qui se diffusera peu ou prou dans le monde entier, y compris et pour finir, chez les tenants de l’orthodoxie freudienne la plus radicale. L’approche organique univoque des phénomènes psychiques devenait tout à fait obsolète. Elle a permis du même coup à certains psychiatres de sortir définitivement du triste héritage de l’aliénisme, pour accéder à ce discours neuf. C’est aussi pour cette raison historique que l’on trouve aujourd’hui de nombreux psychanalystes-anciens ou toujours psychiatres sur les annuaires des différentes écoles.
La transmission, originale, de la psychanalyse se faisant via la parole, c’est sans doute aussi grâce à ce véhicule que ce savoir sur l’inconscient s’est répandu aussi radicalement, et bien au-delà du seul domaine dit de « la santé mentale ».
Psych-ologue : Spécialiste
en psychologie. « La psychologie hésite encore entre des modèles
structuralistes et des modèles génétiques » Littré.
Même cette définition du Littré pour tout esprit rationnel n’en est pas une manifestement. Pourquoi ? Parce que tout simplement elle n’a rien à définir et que le Littré ne fait que recenser un vide. La psychologie n’est pas une spécialisation de la médecine.
Le logie de ce psycho se rapporte plus à une logique rationaliste, le plus souvent dite positiviste, parce qu’elle se rapproche plutôt d’une certaine morale dite du bon sens.
Aujourd’hui la psychologie se propose l’étude rationaliste des comportements humains et d’autres animaux. Contrairement à la psychiatrie et à la psychanalyse son objet n’apparaît pas clairement circonscrit. Effectivement, et pour préciser le Littré, la diversité des approches dites psychologiques indique le plus souvent une hésitation entre des modèles dits « structuraux » (psychologie clinique), issus de la philosophie, de la psychanalyse, de la sociologie (psycho-sociologie) et des modèles « génétiques » (psychologie scientifique) c'est-à-dire issus des disciplines du même nom (biologie, neurosciences).
Ce qui forme un magma assez complexe de grilles d’analyse, qui parviennent difficilement à se rencontrer, c’est à dire à faire réellement discipline.
On pourrait dire enfin que la conscience, depuis l’idéal de la perception psychomotrice, y joue comme le rôle d’objet de promesse.
Psych-analyste : Personne
qui pratique la psychanalyse. Psychanalyse : méthode thérapeutique fondée sur
l’analyse des processus psychiques profonds et ensemble des théories de Freud
et de ses continuateurs. Littré.
Ici le Littré oublie simplement de nommer l’objet de la psychanalyse qui est l’inconscient tel que Freud le découvre avec Breuer. Mais le Littré donne au moins accès à des concepts (processus psychiques) qui indiquent l’existence d’un système. Ce système c’est celui de l’inconscient, dont l’existence est conditionné par l’ambiguïté même du langage, comprenant ceux qui nous mènent dans la voie, par la voix, dans ce monde déjà organisé.
On voit enfin à quel point la référence académique montre ses faiblesses.
Prévalence de la parole.
Une psychanalyse n’est pas un
acte médical
Une psychanalyse n’est pas une psychothérapie. N’est pas un acte médical. Il n’est pas question de soin, de guérison, encore moins d’aide. C’est une initiation d’inspiration philosophique semblable au Zen. Une manière différente d’aborder la réalité et ses problèmes, où il s’agit pour un sujet singulier, de dénouer par la parole ce qui s’est noué par des mots. Ainsi vous trouvez dans le jargon des psychanalystes les mots identifications par exemple, de répétition du schéma familial, d’inhibition, d’angoisse… Ces symptômes, comme on les appelle, ne sont pas à ranger du côté du médical, du corps ou de l’esprit. Ces mots-maux ne sont que des mots qu’il s’agit d’entendre et de faire entendre à celui qui souffre. Sigmund Freud, Jacques Lacan et d’autres ont très bien mis en valeur la place du signifiant dans une « cure ». Toute la théorie de Lacan est basée sur le signifiant : Identification de signifiants etc…
Certains nomment cette pratique « thérapie » parce qu’ils ont pu constater au bout du compte que libérer ces mots libère aussi des maux du corps ou de l’esprit.
Le psychanalyste ne conseille pas, ne prescrit pas de médicaments, d’arrêt de maladie, ne fournit pas de feuille d’ordonnance, ne juge pas. Il reste bienveillant à l’écoute de celui qui parle de sa souffrance. Mais il s’agit d’écouter quoi au juste ? Des mots ou des maux qui se déplacent, se transforment… Et cette écoute bienveillante a des effets thérapeutiques non négligeables. Sa matière donc ses moyens ne sont que des mots. En quoi ce serait un acte médical.
Sigmund Freud, le premier, fondateur de la psychanalyse, lui-même médecin-neurologue, renonça purement et simplement à la médecine[1] pour ouvrir un champ spécifique qui deviendra la psychanalyse. A l’opposé de la psychiatrie classique, elle laisse parler le sujet de sa souffrance. Freud ainsi trouve l’objet de son investigation, de sa recherche, de sa trouvaille : l’inconscient en tant qu’organe de la parole.
Jacques Lacan (1901-1981), psychiatre, renonça à la
psychiatrie pour se consacrer entièrement à l’analyse et à la continuité de
l’œuvre de son fondateur. Ainsi, il a consolidé l’assise scientifique et
éthique[2] de cette pratique, en la spécifiant
en tant que discours à part entière et dont la formule inaugurale pourrait être
: « L’inconscient est structuré comme un
langage… »
Ce discours s’est tellement imposé par sa robustesse que des psychiatres, des psychologues, mais aussi des philosophes et d’autres les ont rejoints dans cette démarche.
On ne peut que constater que cette découverte est largement reconnue et diffusée bien au-delà des disciplines habituellement occupées aux soins psychiques. Quant à ses applications, justes ou erronées, elles sont largement sorties du cadre de la psychanalyse, ne serait ce que du fait des échanges universitaires. Ses théories ont souvent été couplées avec d’autres modèles, ceux comportementaux par exemple, sans que les psychanalystes ne cherchent un moyen d’en contrôler les méthodes de diffusion ou les résultats. C’est le cas de nombreuses psychothérapies d’inspiration psychanalytiques,
Ce qui n’empêche pas d’observer et de critiquer les implications des interprétations qui sont faites de la théorie.
D’autres pratiquent des « thérapies » dites analytiques sans avoir le même objet d’investigation : déterminisme darwinien/cerveau-machine contre inconscient-sujet. Ils n’utilisent pas les mêmes moyens : médicaments/modèles comportementaux contre parole.
Et très souvent ne passent pas par un travail analytique personnel.
L’inconscient n’est pas neuronal.
L’inconscient ne peut qu’échapper au champ matérialiste de la représentation médicale, dès lors qu’il n’est matérialisable que par des mots. Les mots de celui qui parle au singulier à un, une psychanalyste. Celui-là ne pourrait se réduire à la structure de son cerveau, puisqu’on ne trouve rien de ce qu’il dit dans des réseaux de neurones, mais dans des réseaux de signifiants. C’est ce que constatèrent en leur temps Freud et Breuer, en découvrant une origine non physiologique à certains symptômes affectant le corps. Le soma, réduisons le au corps pour l’instant, participait soudain d’un discours, qui ne peut se dire, qu’à s’y convertir dans un découpage énigmatique de ce corps même.
Dès lors Freud ne fit qu’ouvrir et développer cette voie nouvelle. Et cette voie le conduisit au développement d’une théorie originale, tout à fait en dehors du champ médical. Au même titre que les symptômes qu’il découvrait, ceux-ci recouvraient un sens qui n’appartenait qu’au sujet qui en était le porteur en quelque sorte.
Depuis cette rupture
épistémologique radicale, les disciplines intéressées à la psyché humaine, de
la psychiatrie aux neurosciences, n’ont eu de cesse d’emprunter à la
psychanalyse ses concepts, pour les adapter bon an mal an à des pratiques qui
ne sont pas toujours sans présenter quelques effets bénéfiques. Mais il faut
bien constater, que la psychiatrie ou les neurosciences seules, ne guérissent
rien de la souffrance psychique.
Cette mise au point n’exclut pas
un dialogue constant entre les différentes disciplines, dans lequel il
appartient aux chercheurs, avec ou sans l’aide matérielle de l’Etat, d’être en
mesure constituer les cadres méthodologiques de ces échanges, de sorte qu’ils
soient les plus objectifs possibles.
Dans ce cadre, il ne peut être
concevable que quelques représentants de l’Etat (13 députés sur plus de 500),
puissent d’une part prétendre hiérarchiser les discours scientifiques sur la
base de critères qui n’ont absolument rien de scientifique (le prétexte
paranoïaque de Sécurité dans ce contexte, n’est pas un concept qui relève du
Réel, mais de l’imaginaire malade de quelques uns, intéressés par la peur et la
violence conséquente qu’ils vont générer chez leurs concitoyens).
La
formation du psychanalyste : Retour à L’analyse profane
L’accréditation institutionnelle n’a jamais garanti pour aucune discipline une pratique efficiente de cette discipline. C’est toujours une rencontre de quelques uns, qui ont tendance à sortir du carcan des protocoles institutionnels, qui assurent en fin de compte le dynamisme, voire l’existence ou la disparition d’une théorie ou de la discipline même. Ce fut le cas de Freud.
Dans «La question de l’analyse profane », qui date de 1926,
Freud fait une mise au point définitive quant à l’originalité de la découverte
de l’inconscient et la singularité de la pratique psychanalytique, qui découle
de cette découverte. Compte tenu de la nature de son objet, et qui concerne
chaque sujet dans la singularité de sa propre histoire, irréductible à une
autre, la formation du psychanalyste est inconcevable sans le passage par cette
expérience. Au-delà, la formation du psychanalyste ne peut que se situer, de ce
qui se révèle du témoignage de cette humanité de laquelle nous sommes et dont
chacun peut rendre compte dans cette expérience. Par conséquent cette formation
ne peut, par essence se limiter dans les leurres d’une spécialisation
universitaire.
Freud exclut donc l’université : « Je pensais, et je soutiens encore aujourd'hui, que ce n'est pas celle
que l'université prescrit au futur médecin ».
La psychanalyse et la
psychologie
Si Freud déclare dans La question de l’analyse profane :
« La psychanalyse est une partie de la psychologie, non pas
de la psychologie médicale au sens ancien, ou de la psychologie des processus
morbides, mais tout bonnement de la psychologie, assurément pas toute la
psy-chologie, mais son soubassement, peut-être bien son fondement »,
il n’est pas difficile ensuite d’en déduire
qu’avant la découverte de l’inconscient, la psychologie n’avait aucun fondement
autre que moral, et que du coup tout l’édifice à prétention scientifique déjà établit
s’effondre purement et simplement.
« A savoir que la psychanalyse n'est pas une spécialité de la médecine ».
Il exclut donc la psychanalyse en tant que spécialisation médicale : « La soi-disant formation médicale me semble être un détour pénible, elle donne, il est vrai, à l'analyste beaucoup de ce qui lui est indispensable, mais elle le charge en plus de nombreuses choses qu'il ne pourra jamais utiliser, et elle apporte avec elle le danger que son intérêt comme sa manière de penser soient détournés de la compréhension des phénomènes psychiques ».
Et encore : « En continuant, on pourrait à ce sujet rappeler quelle très mauvaise grâce, oui, quel rejet haineux, le corps médical a dès le début adopté contre l'analyse ». Nous y sommes toujours.
Freud précise que la formation du
psychanalyste ne consiste pas en une fixation dogmatique d’hyper-spécialisation
au sens traditionnel ou institutionnel. Le discours analytique est certes
spécifique, dès lors qu’il inclut le sujet dans sa praxis, qu’il y constitue
une conceptualisation inédite, mais il n’est certainement pas auto-suffisant.
De la même façon, si Freud indique cette nécessité pour tout psychanalyste
d’accéder à l’ensemble des connaissances scientifiques, ce n’est ni par
coquetterie mondaine, ni pour dire que la psychanalyse a la vocation d’englober
ou de se substituer à tous ces discours :
« Le plan de formation de l'analyste est en premier lieu à élaborer, il doit englober aussi bien les sciences de l'esprit, la psychologie, l'histoire de la civilisation, la sociologie, que l'anatomie, la biologie et l'histoire de l'évolution ».
En ce qui concerne la
psychanalyse, il n’y a qu’à lire Jacques Lacan pour en avoir la meilleure
illustration. Le caractère que constitue cette démarche volontairement
pluridisciplinaire n’est pas à isoler au seul cas de la psychanalyse, c’est le
propre de toute démarche scientifique digne de ce nom, que d’articuler son
discours à l’épreuve, non seulement du Réel, de l’Imaginaire et du symbolique,
mais des autres discours qui sont de même abord ou qui y en rendent compte
d’une manière ou d’une autre.
Le modèle conquérant du cognitivisme
La psychologie cognitive, dominante dans les pays anglo-saxons, puise ses modèles dans une interprétation du positivisme, essentiellement versé sur l’exclusion de tout un ensemble de discours, englobés sous le couvercle vague de métaphysique . En fouillant un peu plus loin, on retrouve la trace d’un Auguste Comte déployant du haut de sa paranoïa tout un ensemble de préceptes contradictoires censés remettre de l’ordre dans le chaos de son esprit qu’il projette d’un seul bloc sur la société tout entière.
La psychologie cognitive constitue pour pas mal d’entre nous un mélange insensé de disciplines. Pour certaines d’entre elles, comme la neurophysiologie, la neuropsychiatrie, la neurobiologie, mêlées à certains courants de sociologie emprunts d’à priori raciaux et autre manichéisme statistique, ont prétention à une néo-anthropobiologie universelle. On finit par trouver rapidement quelques traits communs à ces disciplines, comme cette volonté d’accéder à une conscience mythique, dont on pourrait espérer corriger ce qui est reconnu comme « dysfonctionnements». Ce qui implique qu’un modèle idéal de référence existe quelque part.
Ces dysfonctionnements, y compris psychiques sont toujours attribués dans ces disciplines au corps. Le cerveau y fait office, la plupart du temps en tant que machine, de centre de la conscience. La conscience vue de ces courants neuroscientistes révèle en fait l’amalgame incertain de points de vue rafistolés, qui sert comme de cache sexe à une compulsion de classification et de séparation.
Ses modèles se sont de plus en plus inspirés d’une tradition philosophique fondée sur un logicisme radical. Celui-ci se présente comme un métalangage de vérité, dans lequel apparaît, en évidence les atavismes religieux et politiques (Hilbert, Russel dans une certaine mesure).
Les autres, d’une fascination produite des effets de la découverte scientifique elle-même, en particulier des technologies qui font appel au calcul (informatique, robotique,…)
Ce mélange est parfait, si on n’y prend pas garde, à satisfaire un engouement totalitaire pour une promesse naïve d’un modèle de progrès infiniment linéaire, c’est-à-dire totalitaire.
Ces courants de pensée ont parcourus toute l’échine de ceux qui se réclament d’une science « dure » pour finir en des formes de scientismes sauvages. L’« homme neuronal » de Changeux à fait long feu. Mais nous n’avons toujours pas vu une pensée sortir de l’imagerie numérique (IRM), pour actualiser l’électroencéphalogramme de Lacan, qui, à côté paraissait au moins constituer une écriture.
Que les neurosciences soignent, préviennent les tumeurs ou les dysfonctionnements cérébraux organiques est là leur champ, que personne ne viendra contester, pourvu qu’ils y parviennent.
Mais depuis plus d’une vingtaine d’année, les courants de cognition néo-tayloriste[3], enfants de la cybernétique, se prêtent à recouvrir le champ de la caution psycho-logico-scientifique des pouvoirs. Et cette caution ne tend qu’à satisfaire une pulsion d’emprise mégalomaniaque, sur la base d’une représentation mécaniste de l’homme. Ces fantasmes ne dépassent pas ceux de l’univers techno-financier, dont la cognition est en partie elle-même le produit.
L’empoulement
fasciste.
Le ministre-médecin-député de la santé est donc pris en flagrant délit de mystification, puisque cet amendement s’appuie sur une enquête, dont les conclusions sont visiblement contestées par les professionnels décrétés.
Nous sommes donc en droit de penser que cet amendement réfère au désir de représentants de corporations, qui souhaitent voir s’ouvrir à eux et le contrôler, le fabuleux marché de la « santé mentale ». Les épreuves de force sont à la mode, et les modèles boursier et sécuritaire semblent avoir accéléré leur rythme et leur champ d’exploitation.
C’est qu’il nous paraît nécessaire de reconnaître dans l’acte, son intention et sa portée. La mesure est limpide, l’acte est direct. Ça n’est pas une comparaison, mais une série qui fait répétition. Il s’agit donc de ne pas confondre ici une intention qui utilise une forme de terrorisme idéologique qui se profile derrière un masque de rigueur et de « SECURITE » en direction d’un public en déshérence. Il ne s’agit pas d’une méprise liée à je ne sais quelle ignorance de la part des « politiques », qui a été invoquée ça et là. Il s’agit plutôt de réaliser que cet amendement ne fait qu’affirmer la logique sur laquelle elle s’appuie. Cet amendement est bien à considérer dans le contexte d’une volonté de contrôle économique qui use de l’institution comme instrument de contrôle social systématique. Nous sommes en mesure de saisir un lien mortifère qui se profile en écho « du père au pire ». Lacan dit quelque part, cherchez vous même la référence, quelque chose comme un vœu frêle que nous formulons comme ça : « Si on pouvait inventer une autre version du père… ». Que cette formulation soit plutôt entendue comme un hommage au doute face à la consistance d’un réel qui tue. Procès d’intention et analyse sauvage, diriez-vous?
Mais alors, qu’opposer à un discours qui se réfère au mépris le plus démagogique jamais constaté depuis Pétain, « d’une France d’en bas » apeurée comme prototype de représentation d’un désir de masse ? Qui se reconnaît de ce Maître-là des vieilles grandes peurs archaïques ? Mais qui fait ces petits coups en douce, en dessous des couvertures, des couvertures médiatiques pleines de morts, aux côtés desquelles ces tripotages institutionnels font figure du bon sens pour je ne sais quels groupes d’individus, désignés et se désignant d’une communauté incertaine, qui se sentent sous le coup d’une menace diffuse. Et on demande (à sa place ?) aux cris de « Vide juridique !» et de « Sécurité du public » des regroupements plus contrôlables ?
De quelle nature est alors cette demande ?
C’est donc un amendement conçu secrètement comme une lettre volée. Seulement, à la différence du conte de Poe, nous avons directement accès à la conception de la jouissance du législateur, et de ceux qui ont participé directement ou indirectement à l’élaboration des ces textes.
Les psychanalystes ne sont pas tous des petits
saints.
La psychanalyse ne se situe donc pas dans cet amalgame de rafistolages douteux, qui alimente aujourd’hui ce que l’on pourrait appeler ces nouveaux « idéaux-types psycho-sociaux », qui font la joie et la fortune de statisticiens publicitaires (politiques compris). La psychanalyse s’autorise d’elle-même, autrement dit elle est irréductible à un autre discours.
Mais à cette volonté affichée d’un idéal messianique de vérité programmée en progrès nécessaire au « bien de l’humanité », certaines écoles de psychanalyse ont répondu avec abondance, elles aussi pour le bien du public, sur fond de polémiques, de rivalités et de règlements de comptes interinstitutionnels ou personnels. Chacun fixant sont orthodoxie dans un gestaltisme différentiel sur la passe ou la formation des analystes ; la conduite de la cure (transfert, contre transfert, acte,…) ; le temps de la séance (qui déjà est transformée en monolithe « La séance courte », par opposition à la séance fixe. Et voilà comment on finit de ronger les derniers morceaux d’un Jacques Lacan, fétichisé.
Non pas que ces questions ne doivent pas trouver de réponse. Ces polémiques ont au moins produit un abondant travail de décryptages théoriques et d’expérience enrichissants.
C’est là aussi la démonstration d’un dynamisme évident. Les débats, les conflits qui y règnent, sont propres à tout discours vivant. A condition de ne pas céder encore une fois à la fascination du discours du maître-canaille.
Les écoles se font concurrence en se contentant finalement d’opposer un dogmatisme à un autre. C’est surtout le cas des « grosses structures », qui sont le plus souvent l’incarnation de leurs chefs et cheftaines. A tel point que nous pourrions nous contenter du regard du premier Ethologue médiatique venu pour analyser les mœurs de ces animaux là.
Certaines de ses écoles ont confirmé cet acte zoocial et ont terminé l’œuvre des Pinel et Esquirol, ce dont se plaignent les psychiatres aujourd’hui, leur descendant.
En effet, quelques idiots éclairés ont cru bon de faire entrer l’institution psychiatrique dans la psychanalyse, en pensant faire exactement le contraire. De toute façon, le résultat est le même dans les deux cas.
D’autres, rompus à la dynamique du moi et des petits narcissismes, savent à quel point l’idolâtrie et ses jeux d’identification nous ont joués de tours sanglants dans l’Histoire. De ce savoir, ils en déduisent qu’il y a nécessairement un seuil critique dans tout regroupement, qui est à la fois qualitatif, quantitatif et temporel. Lacan faisait sans doute partie de ceux là, il y en a d’autres. Mais ça n’est qu’une libre interprétation.
Pendant ce temps, nous assistons à la répétition de ce qui s’est produit du temps de Freud, c'est-à-dire au refoulement du discours de l’inconscient, parce que non conforme à l’idéologie totalitaire d’une plus value sans limite[4]. Freud, Lacan et d’autres, se sont battus toute leur vie contre le discours médical psychologisant ambiant, incitant chacun à la relecture de Freud, voire à sa retraduction, et même à sortir du refoulement le concept d’inconscient lui-même !
Et maintenant ?
Dans les conditions de négociation de cet amendement, nous sommes rompus à l’expérience des solidarités de circonstances, où les prétendants peuvent compter justement sur les effets du fascinum, que nous évoquions plus haut.
Un débat ? avec qui ? Dès lors que d’une part, le législateur a démontré, bien avant cet amendement, son intention de faire entrer dans son lit de Procuste Sécuritaire, tout ce qui ne convient pas à sa représentation idéologique du monde? Que, d’autre part, les grandes structures anales-itiques qui cultivent leur avidité, participent directement de cette situation de partage du marché ?
Ceux qui ne se réclament d’aucune école, et dont nous sommes, puisque la psychanalyse n’impose pas un certificat d’Ecole comme passeport obligataire à l’endogamie ou au sectarisme, ne sont pas pour autant des sujets de seconde zone. Si nous ne sommes pas attachés à l’une des écoles connues ou reconnues, c’est que, d’une part nous n’avons sans doute pas besoin des avantages d’un support institutionnel pour pratiquer, d’autre part nous nous en écartons en raison des excès théoriques, idéologiques et pratiques que nous avons pu constater.
Nous ne restons pas isolés pour autant et ça ne nous empêche pas de fréquenter, de travailler avec des Analystes d’Ecoles.
C’est que certains savent sans doute se reconnaître sans avoir recours à l’arbitrage d’un grand autre social, qui se fait ici représenter de son agalma idiologique.
Enfin , allons-nous laisser l’institution médicale devenir (ou rester) l’assermentée de la police de la pensée ? Situation ô combien enviable au point que « psychos – thérapeutes, - analystes » la désirent avidement, tellement avidement qu’ils sont capables de tourner à vide pour elle. (vide juridique). L’amendement c’est le point de capiton de la forclusion. L’ « a » de l’a-mendement, c’est un objet petit « a » qui sert à boucher ce trou… ce vide juridique. Conduit qui sert à l’économie de l’entendement… La bouche est bouclée et que Lacan-aille !
Contacter l'association Les psychanalystes Amendements Alphabets La page grecque Liens persos Pétitions
[1] Analyse profane ;
[2] Télévision
[3] Taylor est l’inventeur de ce qu’on a appelé l’organisation scientifique du travail et qui allait de paire avec une organisation sociale, elle aussi soumise aux règles du rationalisme scientifique, tout entier consacré au contrôle de la rentabilité industrielle.
Je l’associe ici au discours cognitiviste, dans la mesure où ce dernier raisonne sur des modèles de rentabilité aussi mécanistes.
[4] « L’envers de la psychanalyse » de J Lacan : les 5 discours (articulé par l’objet cause du désir, dit petit a) : Le discours du Maître, le discours de l’Universitaire, le discours de l’Hystérique, le discours Psychanalytique, le discours du Capitalisme dont l’objet petit est la plus value, le plus de jouir.