Avant-propos
Les psychothérapies sont des traitements d’utilisation largement répandue
dans la pratique du soin pour les troubles mentaux chez l'adulte, l'adolescent
et l'enfant. Elles accompagnent une médication pour certains troubles
sévères (schizophrénie, trouble bipolaire…). Elles sont
parfois pratiquées comme alternative à un traitement pharmacologique
pour d'autres troubles moins sévères ou qui ne relèvent
pas nécessairement de celui-ci (trouble de la personnalité).
En France, les psychothérapies sont généralement proposées
aux patients par des médecins psychiatres, des psychologues, des médecins
généralistes, ou d’autres professionnels de santé, mais
il existe aussi des demandes spontanées, en pourcentage non quantifiable
car il n’y a pas de données claires dans ce domaine. En ville, elles sont
pratiquées par les psychiatres, psychologues et d’autres psychothérapeutes,
et en institution par différentes personnes (infirmiers, psychologues…)
sous la responsabilité d'un psychiatre. Dans le cadre de la recherche,
d'après les travaux publiés au plan international, les psychothérapies
sont pratiquées par des psychiatres et des psychologues et dans une moindre
mesure par des travailleurs sociaux et des étudiants. Les psychothérapies
ne sont pas inscrites à la nomenclature des actes techniques à l’exception
des thérapies de groupe ; il existe néanmoins une cotation « consultation
psychiatrique ».
Dans certains pays, un statut de psychothérapeute est défini par
une formation avec accréditation. En France, en revanche, une telle accréditation
n’existe pas à ce jour, mais certaines formations sont reconnues par les
groupes de pairs à travers des associations.
Comme d'autres traitements, les différentes méthodes de psychothérapie
ont fait l'objet de nombreux travaux. Certains de ces travaux se sont attachés à évaluer
l'efficacité des pratiques dans différentes conditions.
Dans le cadre du plan santé mentale mis en place par le ministère
de la Santé en 2001, la DGS a souhaité disposer d'un état
de lieux de la littérature internationale sur les aspects évaluatifs
de différentes approches psychothérapiques.
Pour répondre à cette demande, l'Inserm a, dans le cadre de la
procédure d’expertise collective, réuni un groupe d'experts comprenant
des psychiatres, psychologues, épidémiologistes et biostatisticiens.
Le groupe d’experts a structuré son analyse de la littérature
internationale autour des questions suivantes :
• Comment envisager une évaluation des psychothérapies en termes
d'efficacité ?
• Quels sont les différents types d’études ayant traité de
l’évaluation des psychothérapies ?
• Quelles sont les difficultés méthodologiques rencontrées
pour cette évaluation ?
• Quelles sont les étapes historiques de l’évaluation de l’efficacité des
psychothérapies ?
• Quelles sont les références théoriques des approches
cognitivo-comportementales, psychodynamiques et familiales ?
• Quelles sont les données de la littérature sur l'évaluation
de l’efficacité des approches cognitivo-comportementales, psychodynamiques
et familiales ?
• Quelles sont les données de la littérature sur l'évaluation
comparative des différentes thérapies ?
• Quelles sont les données de la littérature sur l'évaluation
de différentes thérapies pour différentes pathologies
?
• Quelles sont les données de la littérature sur l'évaluation
des psychothérapies chez l'enfant et l'adolescent ?
L’interrogation des bases de données internationales a conduit à sélectionner
plus de 1 000 articles. Au cours de onze séances de travail organisées
entre les mois de mai 2002 et décembre 2003, les experts ont présenté une
analyse critique et une synthèse des travaux publiés aux plans
international et national sur les différents aspects du cahier des
charges de l’expertise.
Synthèse
On peut définir la psychothérapie comme un ensemble de méthodes
psychologiques dont le but est de soulager une souffrance dans un cadre contractuel.
L'ensemble des questions que soulève l'évaluation des effets thérapeutiques
et des processus en jeu dans les psychothérapies peut se résumer
de la façon suivante : « Quel traitement, par quel thérapeute,
est le plus efficace, pour quel sujet, dans quel problème, dans quelles
circonstances, et comment ? » Répondre à ces questions suppose
de définir avec précision les traitements, leur efficacité thérapeutique,
les troubles psychologiques, les différentes catégories de
patients auxquels ils s’adressent et les modes d’action des traitements efficaces.
Cet abord pragmatique de la question pose des problèmes généraux
d'ordre épistémologique et méthodologique. Tout d’abord
celui de la pertinence d'une évaluation scientifique des phénomènes
psychothérapiques, qui par nature sont subtils, individuels et souvent
intersubjectifs. De telles évaluations sont envisageables à la
condition de pouvoir mesurer avec un minimum de fiabilité, d’une part,
les caractéristiques des patients inclus (afin de savoir non seulement
sur quelle pathologie portent les études mais également le degré de
gravité de cette pathologie et ses comorbidités) et, d’autre part,
le niveau d’amélioration de ces patients en fin de traitement (afin de
pouvoir évaluer l’efficacité). Si de telles mesures sont théoriquement
envisageables quel que soit le type de thérapeutique envisagée,
plusieurs difficultés doivent être mentionnées : la conceptualisation
des pathologies cibles peut différer en fonction des différents
cadres de références théoriques des approches psychothérapiques
(les comparaisons peuvent donc être difficiles), les instruments permettant
de quantifier le niveau d’amélioration des patients peuvent varier eux
aussi, certains champs psychothérapeutiques étant particulièrement
mal pourvus en ce domaine et donc encore difficilement évaluables.
Malgré ces difficultés, cette évaluation apparaît
indispensable pour orienter la décision en santé publique et répondre à l’exigence
des patients souhaitant connaître l’efficacité des traitements proposés.
On peut répertorier plusieurs centaines de modalités psychothérapeutiques
utilisées par des cliniciens pour le traitement des troubles mentaux de
l’adulte ou de l’enfant. Néanmoins, le développement théorique
et l’audience de ces diverses méthodes varient considérablement
de l’une à l’autre, et l’immense majorité d’entre elles n’a jamais
fait l’objet d’études d’efficacité. Le groupe d'experts a porté son
analyse sur les principales approches en psychothérapie, au vu de : l’ancienneté et
la solidité de leur conceptualisation théorique ; l’existence de
formations spécifiques à leur pratique par des cliniciens ; leur
utilisation répandue en pratique de soins et l’existence de travaux, dans
la littérature, pouvant fournir le fondement d’une évaluation scientifique
de leur efficacité. Ainsi, le groupe d’experts a retenu trois approches
psychothérapeutiques : l'approche psychodynamique (psychanalytique), l'approche
cognitivo-comportementale et l’approche familiale. Cela ne veut pas dire que
d’autres types de psychothérapies ne puissent, aujourd’hui ou dans un
proche futur, contribuer de manière significative au traitement des troubles
mentaux, mais qu’il convient, à ce stade, de définir d’abord une évidence
empirique solide pour les modalités de base des principaux outils psychothérapiques
actuellement disponibles.
Une deuxième option a priori du groupe d’experts a été de
porter d’abord son attention sur l’application de ces méthodes psychothérapeutiques
au traitement de la pathologie mentale du sujet adulte, domaine où la
littérature est la plus avancée en termes d’études d’efficacité.
Les troubles (selon le DSM-IV) qui ont été pris en considération
dans cette expertise sont les suivants : trouble anxieux, trouble de l’humeur,
schizophrénie, trouble du comportement alimentaire, trouble de la personnalité,
alcoolodépendance. Néanmoins, le groupe a pris soin de considérer
et de rapporter aussi, pour chaque type de pathologie que l’on peut également
rencontrer chez l’enfant ou l’adolescent, les travaux spécifiques réalisés
dans cette tranche d’âge. De même, ont été analysés
certains travaux se rapportant aux troubles envahissants du développement, à l’hyperactivité et
aux troubles des conduites.
Nombre de facteurs peuvent influencer le cours d'une psychothérapie :
la nature et le degré du trouble, des événements de vie,
l’effet placebo, la méthode thérapeutique utilisée, la relation
thérapeutique, avec une bonne ou mauvaise alliance thérapeutique,
voire des changements biologiques. Ces aspects ont également été évoqués
dans l’analyse des différentes approches.
On peut néanmoins faire remarquer qu’en ne privilégiant pas l’amélioration
des syndromes cliniques et en s’excluant, donc, du débat portant sur l’efficacité clinique
des traitements, certaines psychothérapies s’éloignent de plus
en plus du domaine de la santé. Les objectifs de plusieurs de ces thérapies,
tels que l’épanouissement intellectuel ou l’introspection, constituent
une contribution non-négligeable au bien-être du patient. Cependant,
du point de vue de la santé publique, le danger serait de les substituer
au traitement des syndromes cliniques affectant l’individu.
Comment envisager les problèmes méthodologiques de l’évaluation
des psychothérapies ?
L’évaluation scientifique d’une thérapeutique pose au moins trois
questions méthodologiques : Quelle est la définition de la population
de patients à traiter ? Comment mesurer l’efficacité de la thérapeutique
? Comment prouver cette efficacité ?
La définition de la population de patients à traiter (correspondant
aux traditionnels critères d’inclusion et d’exclusion) va déterminer
en partie la généralisabilité des résultats de l’évaluation.
Il faudra d’une part utiliser des diagnostics s’approchant au mieux de la pratique
courante afin que les conclusions tirées de l’étude puissent être
transposables à la pratique médicale quotidienne. Il faudra d’autre
part que la démarche diagnostique puisse être opérationnalisée
avec un minimum d’ambiguïté afin de garantir la reproductibilité de
l’expérience. En pratique, ces deux contraintes sont souvent difficiles à concilier.
Le choix d’une mesure d’efficacité est sûrement le point méthodologique
le plus important. En effet, d’une part il est nécessaire de résumer
cette efficacité au moyen d’une seule variable alors que généralement
l’efficacité thérapeutique comporte plusieurs facettes (intégrant
notamment les effets secondaires) ; d’autre part, la définition même
de cette efficacité pose souvent problème. Une question largement
débattue actuellement est ainsi de savoir quelle est la place des mesures
subjectives dans l’évaluation d’une thérapeutique. Par exemple,
dans l’évaluation de l’intensité d’une arthrose de hanche, doit-on
considérer en premier lieu l’interligne articulaire mesurée sur
un cliché radiologique ou la gêne fonctionnelle subjective ressentie
par le patient ? Une particularité de la psychiatrie est de disposer,
pour le moment, essentiellement de mesures subjectives d’efficacité. Certains
considèrent même que, par définition, une maladie mentale
doit être évaluée en première intention à partir
de mesures subjectives. Quoiqu’il en soit, ces mesures doivent être validées
avec précaution à l’aide d’une méthodologie adaptée,
pour l’essentiel issue de la psychométrie. Une mesure subjective d’efficacité,
même validée, est toujours assujettie à la théorie
définitoire que les concepteurs de l’instrument ont explicitement ou implicitement
utilisée. Ce point est capital si l’on s’intéresse à l’évaluation
de psychothérapies ; il peut y avoir en effet un biais lié à l’antagonisme
ou à la congruence de la théorie définitoire de l’instrument
de mesure et du support théorique de la psychothérapie étudiée.
La question de la preuve de l’efficacité est liée au caractère
partiellement aléatoire de la réponse de tout patient à une
thérapeutique : si l’on observe une différence d’efficacité entre
deux groupes de patients traités, la question est de savoir si cette différence
est compatible ou pas avec les variations d’efficacité observées
d’un patient à l’autre pour un même traitement. Ce problème,
et celui d’une possible non comparabilité des deux groupes de patients
traités, sont résolus en pratique à l’aide d’un tirage au
sort dans l’attribution des traitements et de l’utilisation d’un test statistique
pour décider de la significativité de la différence éventuellement
trouvée. Le recours à ce type de méthodologie impose généralement
l’inclusion d’un nombre important de patients dans les études (de
l’ordre de plusieurs centaines).
Enfin, il existe bien d’autres difficultés méthodologiques dans
l’évaluation de l’efficacité des thérapeutiques, dont certaines
sont particulièrement sensibles dans le cas précis des psychothérapies.
On mentionnera ainsi la question du groupe contrôle : le placebo traditionnellement
utilisé dans les essais a-t-il un sens ici ? L’administration des traitements
en « aveugle », voire en « double aveugle » (sans que
ni le médecin ni le patient ne sachent quel traitement prend le patient)
est ici impossible à réaliser en pratique et peut même être
absurde du fait de la nature d’un processus psychothérapeutique.
Quels sont les différents types d'études relevées dans la
littérature pour évaluer les psychothérapies ?
Le noyau dur de la recherche sur le comportement humain est représenté par
les études comparatives contrôlées. Cependant, constituer
un groupe contrôle pour évaluer une méthode de psychothérapie
ne va pas sans problèmes. En effet, il est pratiquement impossible de
comparer après randomisation et en double aveugle une psychothérapie
active à un « placebo » inerte de psychothérapie sur
le modèle des études pharmacologiques car les phénomènes
relationnels, situationnels, et les attentes des thérapeutes et des patients
sont des ingrédients actifs dans tout système psychothérapique.
Plusieurs solutions ont été proposées pour résoudre
le problème du placebo de psychothérapie. Le groupe « attention
placebo » avec un contact minimum avec un thérapeute qui n'utilise
pas les éléments supposés actifs de la thérapie que
l'on veut tester permet d'éliminer les effets simples de prise en charge.
La liste d'attente durant plusieurs mois avec simple contact téléphonique
pose des problèmes éthiques, et risque d'aboutir à des sorties
d'essai vers une autre thérapie. Le contrôle par une pseudo-thérapie
ou une anti-thérapie pose aussi des problèmes éthiques et
pratiques. La comparaison de la thérapie testée à une thérapie
de référence pose des problèmes d'interprétation,
dans la mesure où la nouvelle thérapie risque d'avoir les bénéfices
de la nouveauté et une prime au changement (le « band-wagon effect » des
auteurs américains). Il est de plus en plus fréquent de comparer
une thérapie au « traitement habituel » de la pathologie considérée.
De même, la comparaison de la psychothérapie à une chimiothérapie
risque d'être biaisée en faveur de la psychothérapie si les
patients ont presque tous eu antérieurement des chimiothérapies
inefficaces (sinon ils ne viendraient pas chercher un autre traitement).
En ce qui concerne les psychothérapies, le double aveugle n’est possible
qu’en cas de comparaison d'une psychothérapie avec médicaments
versus cette même thérapie avec placebo, et dans ce cas on ne peut
conclure que sur l’interaction entre psychothérapie et médicaments.
C'est dire l'importance d'une évaluation indépendante et aveugle
aux hypothèses testées. Il n'y a pas de solution idéale,
sinon d'évaluer en début de traitement la croyance des patients
et des thérapeutes dans le traitement qui a été tiré au
sort et d'étudier la corrélation de ces mesures avec les résultats.
Le placebo de psychothérapie doit avoir des caractéristiques qui
le rendent aussi vraisemblable qu’une thérapie véritable : le placebo
doit être crédible.
Un certain nombre de facteurs liés à l'attitude et au comportement
du thérapeute vis-à-vis du patient ont été longtemps
considérés comme thérapeutiques. Ainsi, la force de persuasion,
la possibilité de créer une atmosphère amicale, l'action
anti-démoralisatrice, la chaleur, l'empathie, l'authenticité des
sentiments, et la considération positive inconditionnelle du patient,
ont été invoquées. Il faut leur ajouter la compétence,
le statut socioprofessionnel, la crédibilité, le décor et
la célébrité. Ces facteurs souvent invoqués ont été peu étudiés
de manière empirique. On tend à leur préférer, actuellement,
l’étude de l’alliance thérapeutique qui renvoie à l’interaction
de deux personnes et non à des qualités personnelles. En thérapie
analytique, l’alliance thérapeutique réfère aux aspects
les plus objectivables de la relation thérapeutique. Elle est en contraste
avec les éléments plus transférentiels et donc inconscients
qui déterminent le type de relation engagée avec le psychothérapeute
et quelquefois avec la psychothérapie dans son ensemble.
En thérapie cognitive, la relation de collaboration empirique, qui serait
comparable à celle de deux scientifiques travaillant sur un problème
commun, sert de fondement à l’apprentissage, qui est lié aussi à la
relation thérapeutique et aux changements cognitifs chez le sujet. La
relation thérapeutique ainsi définie est une condition nécessaire
au changement mais non suffisante.
Concernant la mesure des effets, il existe de nombreuses échelles d'évaluation
des symptômes, des comportements et des processus psychothérapiques
qui actuellement ont reçu une validation et rendent possible l'étude
de problèmes psychopathologiques variés. Il faut les compléter
par des questionnaires de personnalité, ou des mesures ad hoc, en fonction
des hypothèses testées. Les tests comportementaux in vivo permettent
une mesure directe des performances d'un sujet et peuvent différer notablement
des échelles d'évaluation.
Une évaluation bien conduite doit recourir à des critères
et des mesures multiples, de façon à ne pas trop limiter la portée
des conclusions. Elle doit aussi analyser en détail les éléments
du processus thérapeutique. À côté de la variation
des scores d'échelles continues, l'évaluation doit utiliser des
critères généraux, discontinus, critères de bons
résultats ou « critères de jugement ». Il peut exister
un critère dichotomique unique de jugement (succès, échec)
ou un critère principal et des critères secondaires.
En effet, des changements statistiquement significatifs mesurés pour un
groupe sur une échelle peuvent ne refléter que des résultats
cliniques médiocres dont la moyenne suffit à rendre significatifs
les tests statistiques, si la puissance statistique est élevée
du fait d’un grand nombre d’inclusions. Inversement, l'absence de changement
moyen sur des scores d'échelles peut, plus rarement, s'accompagner de
changements cliniques intéressants pour certains patients ou un sous-groupe
de patients. Donner la magnitude de l’effet obtenu pour le sujet moyen de l’étude
selon qu’il a le traitement ou son comparateur (placebo ou autre traitement),
dont s’approche la taille d’effet, représente un complément nécessaire
aux analyses statistiques classiques.
Critères d’évaluation des essais thérapeutiques contrôlés
(d'après Foa et Meadows, 1997 – révision Maxfield et coll.,
2002)
Critères Notation
Symptômes clairement définis 0-0,5-1
Mesures validées 0-0,5-1
É
valuateur indépendant et aveugle 0-0,5-1
É
valuateur entraîné et fiable 0-0,5-1
Traitement présenté dans un manuel 0-0,5-1
Randomisation 0-0,5-1
Fidélité au traitement 0-0,5-1
Pas d’autre traitement concomitant 0-0,5-1
Mesures et entretiens d’évaluation multimodaux 0-0,5-1
Durée du traitement optimale 0-0,5-1
La méta-analyse est une approche quantitative de la revue de la littérature
qui permet d’estimer, par la taille d’effet, la magnitude de l’effet obtenu
chez « le sujet traité » par rapport « au sujet contrôle ».
Le principe de cette analyse repose sur l’idée que l'ensemble des études
représente une quantité d'informations en liaison avec l'objectif
de la recherche, chaque étude y apportant sa contribution. On prend
pour hypothèse que l'ensemble des études est un échantillon
de toutes les études possibles sur le thème donné.
La méta-analyse consiste donc à regrouper les études,
coder les résultats et calculer l'ampleur ou la taille de l'effet thérapeutique
(effect size). Celle-ci correspond, pour un critère donné que
l’on étudie en fin de traitement, à la différence de moyennes
(voir figure ci-dessous) entre le groupe à l’étude et son comparateur
(groupe contrôle, ou autre traitement). Le critère est en général
le score sur une échelle d’évaluation. La taille d’effet reflète
donc le gain éventuel du groupe traité par rapport au groupe
contrôle. Entre, 0,20 et 0,50, une taille d’effet est petite, elle est
moyenne entre 0,50 et 0,80 et grande au-delà de 0,80.
Figure : Distribution des scores et taille d’effet
Le but de la méta-analyse est essentiellement de résoudre les
problèmes des résultats discordants en fournissant une information
plus précise sur l'intensité des effets. Elle devrait être
aussi utile pour l'identification des répondeurs. En partant de ces
prémices, on peut définir les critères de qualité d'une
méta-analyse.
Proposition de règles d’or pour évaluer la qualité des
méta-analyses
Critères Notation
Inclusion de tous les essais de qualité sur le sujet 0-0,5-1
Critères de jugement clairement définis 0-0,5-1
Utilisation de méthodes statistiques adéquates 0-0,5-1
Prise en compte de la puissance statistique 0-0,5-1
Comparaison des tailles d’effet 0-0,5-1
Test de l'homogénéité des études 0-0,5-1
Estimation des études non publiées 0-0,5-1
Quelles sont les différentes formes de l’approche psychodynamique ?
La naissance de la psychanalyse se situe à la fin du XIXe siècle
avec les travaux de Freud sur l’hystérie, l’interprétation des
rêves… Dès son origine, par la description précise des
phénomènes psychiques, Freud inscrit la psychanalyse dans une
approche scientifique.
La psychothérapie psychodynamique (analytique) met l'accent sur la prise
de conscience du patient plutôt que sur l'acquisition d'outils spécifiques.
Toutes les thérapies de ce type s'appuient sur les théories psychanalytiques
incluant le transfert, mais elles peuvent différer en termes de techniques.
On peut distinguer les psychothérapies à long terme et les psychothérapies
brèves ou à court terme (inférieur ou égal à 40
séances). Ces dernières se sont développées plus
récemment. Elles peuvent être centrées sur un événement
ou bien être interprétatives et centrées sur la personnalité.
L'objectif du traitement est l'acquisition d'une prise de conscience (insight)
ou l'obtention d'un changement de personnalité, et les techniques utilisées
mettent l'accent sur le travail d'interprétation et d'analyse du transfert.
La psychothérapie focale identifie un conflit central présent
depuis l'enfance, réactivé pendant la vie adulte, et qui est à l'origine
du trouble. L'objectif est alors de résoudre ce problème par
le biais d’une relation avec le thérapeute donnant de nouvelles opportunités
d'assimilation émotionnelle et de prise de conscience.
La psychothérapie psychanalytique est un processus à long terme
mené avec un psychanalyste entraîné, à raison de
plusieurs séances par semaine sur une durée d'au moins une année.
Ces séances permettent l'expression de conflits inconscients, mis en
scène dans la relation avec le thérapeute et, à travers
l'interprétation, donnent lieu à un travail s'inscrivant dans
un processus développemental.
Présentation des différentes techniques de l’approche psychodynamique
(analytique)
Technique Définition
Psychanalyse Méthode d’investigation consistant dans la mise en évidence
de la signification inconsciente des paroles, des actions, des productions
imaginaires (rêves, fantasmes, délires) d’un sujet, méthode
fondée sur les libres associations du sujet qui sont le garant de la
validité de l’interprétation.
Thérapie psychanalytique Méthode psychothérapique fondée
sur l’investigation consistant à mettre en évidence la signification
inconsciente des paroles, des actions, des productions imaginaires d’un sujet.
Cette méthode est spécifiée par l’interprétation
contrôlée de la résistance, du transfert et du désir…
Concepts de conflits conscients et inconscients, transfert et contre-transfert.
Thérapie brève psychodynamique
(en moyenne 12 séances au rythme d’une séance par semaine) Interventions
thérapeutiques spécifiques concernant un « état » ou
un « problème » spécifique pour obtenir la modification
de cet état ou la résolution du problème.
Thérapie interpersonnelle psychodynamique
(10 à 12 séances) L’accent est mis sur les expériences
psychosociales et interpersonnelles du patient.
La formation des psychanalystes repose sur un trépied désormais
classique : analyse personnelle, supervision des cas traités par le
candidat, enseignement théorique au sein d’instituts de formation. Ces
instituts sont plus ou moins étroitement liés aux sociétés
de psychanalyse. Au départ, l’Association psychanalytique internationale,
créée en 1910, avait pour objectif d’assurer une formation reconnue
par tous ses membres. De nombreuses scissions et une vue plus décentralisée
des règles de formation au sein de l’Association ont introduit une certaine
variabilité dans l’application de ces principes.
L’analyse personnelle demeure une condition rigoureusement nécessaire
pour devenir psychanalyste, bien que sa finalité et sa pratique présentent
de notables différences d’une institution à l’autre. Ces différences
portent en particulier sur sa nature, thérapeutique ou strictement didactique
ou destinée à favoriser l’expérience psychanalytique.
Elle est étroitement liée à la pratique générale
de la psychanalyse telle qu’elle est exercée dans le groupe qui assure
la formation. Ces écarts ont pris avec le temps une telle ampleur que
les différentes institutions ne se reconnaissent plus nécessairement
dans une commune formation.
Les supervisions ont pour but de familiariser le candidat à la pratique
de la psychanalyse. L’objectif n’est ni un pur enseignement technique, ni une
forme de psychothérapie, mais de permettre au candidat de transposer
dans sa pratique d’analyste l’expérience qu’il a acquise comme analysant.
Concernant l’enseignement théorique, la règle générale
est en France de s’écarter de tout cadre académique : libre choix
des enseignements, séminaires de recherche et d’étude de textes,
absence de validation des connaissances. Ailleurs, l’enseignement est souvent
inspiré étroitement des méthodes universitaires, voire
intégré dans un enseignement universitaire.
L’évaluation du candidat avant le début de l’analyse personnelle
n’est plus guère de mise, en particulier en France. Les évaluations
avant la pratique des cures supervisées, au décours de chacune
des cures, à la fin du cursus, conduisent habituellement à l’admission
du candidat au sein de la formation. Toutefois, c’est dans ce domaine que les
différences les plus notables s’observent d’un groupe à l’autre.
L’ensemble de la formation, en tenant compte de l’analyse personnelle, ne dure
guère moins que cinq à huit ans. Elle assure une qualification à des
personnes qui ont déjà une formation universitaire et clinique.
L’idée d’une profession indépendante n’est généralement
pas bien reçue en France mais trouve actuellement plus d’intérêt
dans de nombreux pays.
Les psychothérapies longues s’appliquent à des pathologies complexes
comme par exemple les troubles de la personnalité. Dans ce cas, la psychothérapie
s’attache aux déficits qui ont marqué les premières phases
du développement de l’enfant. Ces déficits se traduisent par
des troubles de l’identité et de la relation qui se répètent
dans les situations courantes de la vie et s’expriment au cours de la psychothérapie.
Le psychothérapeute utilise différentes techniques : expressive,
analytique modifiée, exploratoire. Il s’agit de contenir, confronter,
interpréter et soutenir selon le degré de sévérité d’expression
de la pathologie. Mais, il est tout d’abord indispensable d’installer un cadre
thérapeutique stable pour que le traitement puisse commencer. La technique
utilisée pour le traitement peut évoluer au cours de la psychothérapie.
Ainsi « l’interprétation » peut être contre-indiquée
initialement et efficace ultérieurement.
Les psychothérapies brèves sont très peu utilisées
en France. Mais une grande partie des études d’évaluation se
réfèrent précisément à leur pratique. Elles
varient des formes les plus directives et centrées sur l'événement
jusqu'à celles qui sont le plus typiquement interprétatives et
centrées sur la personnalité.
Pour la psychothérapie focale (David Malan, élève de Balint),
le début du traitement est précédé d'une phase
d'évaluation très importante. L’identification des facteurs précipitants,
des expériences traumatiques précoces ou de patterns répétitifs
conduisent à la définition d'un conflit interne présent
depuis l’enfance et qui doit être le point focal du traitement. Plus
grande est la probabilité que l'aire de conflit se manifeste au cours
du transfert, plus le résultat sera positif. Le « triangle du
transfert » (le transfert, la relation actuelle et la relation passée)
conduit à la restauration de la santé du patient. Ces thérapies
excluent un certain nombre de troubles : tentative de suicide sérieuse,
toxicomanie, hospitalisation à long terme, plus d’une série d’électro-convulsivo-thérapies
(ECT), alcoolisme chronique, symptômes obsessionnels sévères
chroniques avec incapacité, symptômes phobiques sévères,
importants passages à l’acte d’autodestruction ou de violence. Le nombre
de séances est généralement de 30, et même de 20
pour les patients avec un résultat favorable. Dans quelques cas publiés,
la thérapie a été étendue à un an.
La psychothérapie brève par provocation d’anxiété (Peter
Sifneos) se concentre exclusivement sur le conflit œdipien. Durant la phase
initiale du traitement, le thérapeute doit établir un bon rapport
avec le patient afin de créer une bonne alliance thérapeutique.
Le thérapeute utilise des confrontations provoquant l’anxiété pour
clarifier les questions qui concernent le patient à propos de la situation
de sa vie précoce et du conflit actuel. Pour participer à la
thérapie, le patient doit avoir une plainte principale spécifique
et reconnaître la nature psychologique de ses symptômes. Il doit être
particulièrement motivé pour le changement et se montrer capable
d’interaction avec le psychiatre qui l’évalue en exprimant ses sentiments.
La volonté de faire des sacrifices raisonnables et une attente réaliste
des résultats de la psychothérapie sont également explorées.
Les traitements, dans leur vaste majorité, comportent de 12 à 16
séances, et ne vont jamais au-delà de 20 séances. Les
séances durent 45 minutes.
Dans la psychothérapie en temps limité de Mann, il y a habituellement
2 à 4 séances d’évaluation avant de commencer la psychothérapie.
Le psychothérapeute indique au patient le contrat thérapeutique
et le but de la thérapie. Il emploie les techniques de psychothérapie
psychanalytique classique : analyse des défenses, interprétation
du transfert et reconstruction. Ces thérapies ne traitent pas la dépression
sérieuse, la psychose aiguë, une organisation de la personnalité borderline
et l'incapacité d’identifier une question centrale. Les patients (schizoïdes,
obsessionnels…) qui ont de la difficulté à s’engager et à se
désengager rapidement du traitement ou les patients qui ne sont pas
capables de former une alliance thérapeutique rapidement sont exclus.
La psychothérapie est limitée à un total de 12 heures
de traitement, distribuées suivant les besoins du patient. Cela peut
se dérouler sous la forme de séances hebdomadaires d’une demi-heure
pendant 24 semaines ou de séances d’une heure deux fois par semaine
pendant 6 semaines.
La psychothérapie de Davanloo s'adresse à environ 30 à 35
% de la population ambulatoire souffrant de troubles psychiatriques (névroses,
névroses obsessionnelles). Le traitement comprend de 5 à 40 séances,
selon l’aire de conflit du patient (œdipienne versus multiples focus). En général,
les traitements durent de 15 à 25 séances. Il n'est pas recommandé de
situer une date de terminaison spécifique, mais plutôt de dire
clairement au patient que le traitement sera court. Les durées brèves
(5 à 15 séances) sont réservées aux patients avec
un conflit essentiellement œdipien.
La psychothérapie adaptative brève est une thérapie plus
cognitive qui se concentre sur l’identification du pattern le plus inadapté et
son élucidation dans les relations passées et actuelles, et tout
particulièrement dans la relation entre le patient et le thérapeute.
Le but de la thérapie est de rendre le patient capable de développer
une prise de conscience sur les origines et les déterminants de ce pattern,
de façon à produire des relations interpersonnelles mieux adaptées.
La technique d’investigation psychodynamique brève de Gillieron a pour
objectif de mettre en évidence, avec le patient, la nature du changement
psychique recherché et les meilleurs moyens pour y parvenir. Ses premières
conséquences sont de permettre au patient d’élaborer une demande
de soins adaptée aux origines du conflit, de renforcer l’alliance thérapeutique
et quelquefois de résoudre la crise qui a amené le patient à consulter.
Quelles sont les différentes formes de thérapies cognitivo-comportementales
?
Les thérapies comportementales puis cognitives se sont d’abord développées
dans les pays anglo-saxons et d’Europe du Nord, au début des années
1960. Elles ont diffusé ensuite dans l’ensemble des pays développés.
Elles se sont implantées en France à partir du début des
années 1970 grâce à des associations privées dont
les deux principales sont l’AFTCC (Association française de thérapie
comportementale et cognitive), fondée en 1972, et l’AFFORTHECC (Association
francophone de formation et de recherche en thérapie comportementale
et cognitive), fondée en 1994. Ces deux associations proposent une formation
de base et une formation continue sous la forme d’ateliers et de congrès.
En France, la formation aux thérapies cognitivo-comportementales (TCC)
s’adresse aux psychiatres, aux médecins généralistes,
aux psychologues et aux infirmiers spécialisés en psychiatrie.
Les orthophonistes, psychomotriciens et éducateurs spécialisés
ont également accès à certaines de ces formations. La
formation est assurée en privé par l’AFTCC et l’AFFORTHECC et
dans le service public par des Diplômes universitaires (DU). L’enseignement
se déroule, en principe, sur trois ans selon les critères préconisés
par l’Association européenne de thérapie comportementale et cognitive
(EABCT).
Formation à la thérapie cognitivo-comportementale selon les critères
de l’European association of behaviour and cognitive therapy (EABCT)
La formation dure 5 ans au minimum, en comptant la formation professionnelle
de base
Formation : 450 heures dont 200 par un thérapeute compétent
Développement des compétences : 200 heures
Supervision : 200 heures par un thérapeute compétent
Au moins huit cas supervisés couvrant trois types de problèmes
Mémoire : quatre cas au moins (2 000-4 000 mots)
Accréditation par une association : formation ci-dessus suivie de formation
continue
Thérapie et développement personnel :
Faut-il une thérapie didactique ? Le choix est laissé à chaque
pays
Il est souligné, cependant, que chaque thérapeute doit savoir
quand demander de l’aide
Les thérapies comportementales et cognitives représentent l'application à la
pratique clinique de principes issus de la psychologie expérimentale.
Ces thérapies se sont fondées tout d'abord sur les théories
de l'apprentissage : conditionnement classique, conditionnement opérant
et théorie de l'apprentissage social. Puis elles ont pris pour référence
les théories cognitives du fonctionnement psychologique, en particulier
le modèle du traitement de l'information.
Les principes du conditionnement classique (répondant ou pavlovien)
sont fondés sur la notion qu'un certain nombre de comportements résultent
d'un conditionnement par association de stimuli.
Dans le conditionnement opérant, décrit dès la fin des
années 1930 par Skinner, comme une extension de la théorie darwinienne
de la sélection naturelle, l'organisme opère sur l'environnement
et les conséquences de son action le conduisent à modifier son
comportement. L'analyse du maintien d'une séquence comportementale passe
par l’étude de ses conséquences qui permet de comprendre la finalité d’un
comportement. Une action qui a des conséquences positives tendra à se
répéter (renforcement positif). Inversement, devant les conséquences
négatives d'une action, l'organisme aura tendance à émettre
des comportements d'évitement ou d'échappement à la situation
susceptible de provoquer des désagréments (renforcement négatif).
L'absence de conséquences négatives ou positives à une
action entraînera progressivement la disparition de cette action du fait
de l'absence de tout renforcement : c'est l'extinction.
Les deux grands principes pratiques le plus souvent utilisés sont le
principe de segmentation de la difficulté (il consiste par exemple à classer
les étapes d'affrontement d'une situation en fonction de l'anxiété ressentie à chaque étape)
et le façonnement progressif (shaping) avec renforcement positif des
comportements – par approbation du thérapeute – qui approchent progressivement
du but recherché et évitent le découragement aussi bien
des patients que des thérapeutes.
L'importance de l'apprentissage par imitation de modèles été démontrée
sur le plan expérimental (Bandura, 1977). Ces principes ont été étendus
aux problèmes cliniques. Les techniques dites de « modeling » sont
surtout utilisées pour le développement de la compétence
sociale par les jeux de rôle. Bandura a également développé une
théorie générale du changement psychothérapique
en postulant une dimension particulière du fonctionnement mental : l'efficacité personnelle
perçue. Le changement a lieu dans la mesure où un sujet se considère
comme capable ou non de présenter un comportement et pense que ce comportement
aboutira ou non à un résultat.
Présentation des différentes types de thérapies cognitives
et comportementales
Technique Définition
Thérapie cognitive Thérapie fondée sur la modification
des schémas cognitifs et du traitement de l’information
Thérapie comportementale Thérapie fondée sur les principes
du conditionnement et de l’apprentissage social
Thérapie cognitivo-comportementale Thérapie fondée à la
fois sur les théories de l’apprentissage et la modification des schémas
cognitifs
Thérapie EMDR (Eye movement desensitization and reprocessing) Thérapie
de désensibilisation par les mouvements oculaires et le retraitement
de l’information
Thérapie de groupe ou de couple La plupart des TCC peuvent être
pratiquées en individuel, en groupe ou en couple selon les indications
et les cas particuliers
Thérapie familiale cognitivo-comportementale Elle est surtout utilisée
dans l’approche familiale psycho-éducationnelle des psychotiques dans
une perspective de réhabilitation psychosociale et dans le traitement
de certains troubles de l’enfant et de l’adolescent, notamment les troubles
externalisés
Les thérapies cognitives sont fondées sur la notion de schémas
cognitifs. On peut définir un schéma cognitif comme une structure
imprimée par l'expérience sur l'organisme. Stockés dans
la mémoire à long terme, les schémas cognitifs sélectionnent
et traitent l’information de manière inconsciente (au sens d’automatique).
Ces schémas représentent des interprétations personnelles
de la réalité, ils influent sur les stratégies individuelles
d'adaptation, ils représentent une interaction entre les comportements,
les émotions, l’attention et la mémoire. Chaque trouble psychopathologique
résulte d'interprétations inadaptées concernant soi-même,
l'environnement actuel et le futur. Il existe donc des schémas spécifiques
: d’interprétation négative des événements (dépression),
de dangers (phobies, attaques de panique), de sur-responsabilité (trouble
obsessionnel compulsif). Ces schémas se traduisent par une attention
sélective vis-à-vis des événements qui les confirment
: ils représentent donc une prédiction qui se réalise.
Comme toute thérapie, la thérapie cognitivo-comportementale s’établit
sur une relation thérapeutique dont les composantes sont non spécifiques
: chaleur, empathie, authenticité, professionnalisme, confiance mutuelle,
acceptation du patient. Ces composantes concourent à l’établissement
d’une alliance thérapeutique positive ; elles sont nécessaires,
mais ne sont pas suffisantes. En thérapie cognitive, la relation thérapeutique
se fonde sur l'ici et maintenant, la sélection avec le patient de problèmes
concrets à résoudre, et une attitude consistant à tester
des hypothèses thérapeutiques établies en commun. Ce type
de relation est appelée « relation de collaboration empirique »,
et pourrait se définir ainsi : « deux scientifiques travaillant
en commun sur un problème à résoudre ».
Une étape capitale est l'analyse fonctionnelle, qui étudie les
relations entre les « comportements-problèmes », les pensées,
les émotions et l'environnement social et physique, de façon à adapter à chaque
patient l'application de principes généraux fondés sur
les théories de l'apprentissage et les théories cognitives. On
utilise des grilles d’analyse fonctionnelle permettant de comprendre le fonctionnement
du patient vis-à-vis de ses comportements problèmes présents
(synchronie) et de leur mise en place et maintien dans le passé (diachronie),
et ainsi de guider la démarche thérapeutique à partir
d’hypothèses communes au patient et au thérapeute, en ce qui
concerne les facteurs de déclenchement et de maintien du trouble.
La thérapie cognitivo-comportementale peut se présenter sous
la forme de thérapie individuelle, de thérapie de groupe, de
couple ou de thérapie familiale. La thérapie familiale sous forme
de psychoéducation et de résolution de problèmes a été particulièrement étudiée
chez les psychotiques. La thérapie familiale est également utilisée
dans le traitement des troubles de l’enfant et de l’adolescent, notamment les
troubles externalisés.
Les séances sont limitées en nombre : 10 à 25 séances
hebdomadaires pour les troubles anxieux et la dépression, une centaine
de séances hebdomadaires ou bi-hebdomadaires pour les troubles de personnalité ou
la réhabilitation des psychotiques. Les séances sont d’une durée
de 30 à 60 minutes. Cependant, pour les troubles de la personnalité et
la dépression, des séances d’une heure sont recommandées.
Pour les troubles obsessionnels compulsifs graves et le stress post-traumatique
chronique, des séances d’au moins une heure et jusqu’à trois
heures ont été recommandées en fonction de la difficulté du
cas.
Beaucoup des techniques cognitivo-comportementales développées
et utilisées chez l’adulte ont été également appliquées à l’enfant
et/ou l’adolescent. Dans le meilleur des cas, ces techniques ont été adaptées
pour tenir compte des particularités développementales liées à l’âge,
et parfois des manuels spécifiques destinés aux enfants ou adolescents
ont été publiés. Dans d’autres cas, les traitements sont
utilisés tels quels, ou seulement modifiés à la discrétion
du thérapeute. D’autres techniques cognitivo-comportementales ont été développées
directement pour l’enfant ou l’adolescent, et dans des indications spécifiques à cette
tranche d’âge.
Quelles sont les techniques utilisées dans l’approche familiale ?
On peut proposer la définition suivante du « plus petit commun
dénominateur » des thérapies familiales : « relève
de la thérapie familiale toute forme bénéfique de consultation,
ponctuelle ou répétée, réunissant aux moins deux
personnes faisant partie du contexte de vie ou de survie d’une ou plusieurs
personne(s) en souffrance, l’une des personnes qui consultent étant
habituellement la personne la plus souffrante ».
L’effet bénéfique de ces (cette) consultation(s) sera appréhendé sur
la base des symptômes, de la souffrance, des problèmes et des
relations des personnes consultantes. La perception de ce bénéfice
pourra être le fait des personnes qui consultent, des personnes en souffrance,
des thérapeutes impliqués, mais aussi de l’entourage thérapeutique élargi
et de l’entourage de vie des personnes qui consultent.
Les thérapies familiales sont apparues aux États-Unis à partir
des années 1950 dans les services de psychiatrie et les services des
travailleurs sociaux, comme formes d’aide et de soin face à des troubles
mentaux et comportementaux graves réputés comme peu accessibles,
ou non accessibles aux formes classiques de psychothérapie. Elles se
sont inspirées de principes psychodynamiques, cybernétiques et
systémiques, éthologiques et anthropologiques. Puis se sont développés
les courants comportementaux et cognitifs, les courants humanistes, narratifs,
centrés sur la solution.
La formation des thérapeutes est assurée le plus souvent par
des instituts privés. Elle s’effectue habituellement dans des groupes
de 10 à 15 personnes, avec une moyenne de 200 heures par an, pendant
quatre années. Les universités (psychiatrie et psychologie clinique)
ont progressivement, et de manière relativement éparse, intégré des
modules d’enseignement des thérapies familiales en fin de cursus. Des
enseignements intensifs sur une à deux années sont également
proposés dans certaines universités, sans être réservés à des
psychiatres ou à des psychologues cliniciens.
Présentation des différents types de thérapies utilisées
dans l’approche familiale
Principaux courants Définition
Thérapies de couple et de famille psychodynamiques Centrées sur
l'insight et/ou les expériences affectives, l'analyse de résistances,
les mouvements inter-transférentiels, les processus inter-fantasmatiques,
l’accès aux processus inconscients. Elles débouchent fréquemment
sur des perspectives intergénérationnelles ou multigénérationnelles.
Thérapies de couple et de famille écosystémiques Centrées
sur l’amélioration des communications dans l’ici et maintenant, la prescription
des paradoxes interactionnels, des résistances, des symptômes
et des tâches, la prise en considération de l’écosystème.
Elles peuvent prendre des formes structurales, stratégiques, narratives,
centrées sur la solution.
Thérapies de couple et de famille comportementales-cognitives Centrées
sur l’amélioration des conduites et les cognitions, l'évaluation
et la suppression des symptômes, l’atténuation de l’expression
des émotions critiques et hostiles, la gestion du stress, l'apprentissage
des habiletés aux relations sociales
Psychoéducation familiale Centrées sur l'information des troubles,
des maladies, des traitements, et des attitudes adaptatives à adopter
face aux perturbations liées à la maladie
Thérapies familiales humanistes Centrées sur les attentes et
la personnalité des patients, leurs aptitudes à l'autonomisation,
et sur la capacité du choix de maintenir les symptômes ou de s'en
dégager
Thérapies familiales éclectiques et intégratives Centrées
sur l'ajustement des méthodes, des techniques et des théories
en fonction des exigences des familles et des projets thérapeutiques
Thérapies familiales pour familles non volontaires Centrée sur
l’apprentissage des contextes sociaux au sein desquels émerge la demande
de soins ou l’injonction thérapeutique : la famille comme méta-thérapeute
qui aide les thérapeutes
Thérapies multifamiliales comportementales et cognitives Centrées
sur l'échange d'informations, sur l'entraide, le partage des problèmes,
les moyens d'y faire face, le développement de la solidarité interfamiliale
Thérapies psychosociales psychodynamiques Centrées sur le psychodrame
d'inspiration psychanalytique, les jeux de rôles, leur interprétation
transférentielle
Thérapies psychosociales comportementales et cognitives Centrées
sur l'apprentissage aux habiletés sociales, à la réhabilitation
socioprofessionnelle, à la gestion du stress
En Europe, une vingtaine de pays participent à l’organisation de l’Association
européenne de thérapie familiale (EFTA). Le courant dominant
est le courant écosystémique. Environ 200 professionnels français
adhèrent directement à l’EFTA, en majorité des psychologues,
travailleurs sociaux, infirmiers. La Société française
de thérapie familiale, qui adhère à l’EFTA et à la
FFP (Fédération française de psychiatrie), est composée
de 300 membres, dont 180 membres titulaires. Ces derniers doivent justifier
de 4 ans de formation à raison de 200 heures par an, et de 4 ans de
pratique des thérapies familiales. Elle est composée, pour plus
de 50 %, de psychiatres, et comporte également des psychologues, infirmiers,
travailleurs sociaux. Certains thérapeutes français adhèrent
directement aux deux associations. Il existe par ailleurs plusieurs courants
de thérapie familiale psychanalytique.
La France a développé l’approche familiale principalement à la
fin des années 1970. Depuis, les formes et les techniques d’intervention
thérapeutique avec les familles se sont diversifiées, complexifiées
et articulées. Elles débouchent sur des considérations éco-étho-anthropologiques.
Les courants plus récents cherchent à éviter une focalisation
sur la famille, soit en orientant les interventions à partir de l’objectivation
des symptômes, des conduites et des schèmes émotionnels
et représentationnels (thérapies comportementales et cognitives),
soit en partageant des expériences de vie en évitant les élaborations
causalistes (courants humanistes, narratifs, centrés sur la solution),
soit en élargissant les rencontres contextuelles à des systèmes
plus vastes (séances multifamiliales, réseaux). De nombreux remaniements
se réalisent en fait entre ces courants : les thérapies comportementales
et cognitives élaborent des formes de rencontre ajustées à chaque
objectif à traiter (individu, couple, famille, multifamilles, groupes
de réhabilitation psychosociale) ; les thérapies écosystémiques
font davantage référence à la théorie de la complexité,
et conçoivent les séances comme des dispositifs de co-création
et de co-évolution entre membres de la famille et thérapeutes,
qui ne peuvent se réduire à des programmes préalablement
formatés.
Le dégagement de l’implication familiale dans l’origine des troubles
est devenu radical dans l’approche comportementale et cognitive. La famille
est considérée comme une collectivité de personnes présentant
des schèmes comportementaux, émotionnels et cognitifs, éventuellement
perturbés lors de l’existence de troubles de la personnalité,
de troubles mentaux ou comportementaux. Dans la prise en charge psychoéducative
des patients schizophrènes et de leur famille, cette dernière
est considérée comme une famille « normale », confrontée à une
maladie, ou un ensemble de maladies, dont l’origine est cérébrale
et vraisemblablement de nature neuro-développementale. S’il existe des
perturbations dans les relations intrafamiliales, voire dans les relations
entre la famille et l’environnement social, ces perturbations sont considérées
comme secondaires à la maladie. Les thérapeutes partent donc
du constat de la maladie, informent la famille de ses caractéristiques
(en particulier de l’importance des facteurs génétiques et biologiques),
de son évolution et de son traitement. Ils proposent des conseils psychoéducatifs,
en montrant de quelle manière l’atténuation des débordements émotionnels
et des critiques est susceptible d’aboutir à une meilleure gestion des
troubles.
Le point de départ des thérapies multifamiliales systémiques
(Laqueur, 1976) est de recréer un espace communautaire et social pour
des familles et des patients confrontés à l’isolement, à la
souffrance et à la détresse apparemment incommunicables à autrui.
Les familles sont ainsi sollicitées pour participer à des rencontres
d’informations partagées, sur le mode questions-réponses. L’expérience
a montré que le recrutement mérite d’être aussi aléatoire
que possible, indépendamment des caractéristiques ethniques,
religieuses, politiques, économiques, intellectuelles... L’interaction
de plusieurs familles semblait produire des changements plus rapides que les
thérapies unifamiliales, également pratiquées dans certains
cas. Des processus d’apprentissage s’initient à partir de la transmission
par analogie, de l’interprétation indirecte, de l’identification croisée
entre membres de familles différentes. Il apparaît que la communication
est ainsi spontanément facilitée, que la prise de parole est
plus aisée, et que l’atmosphère est plus permissive que lorsque
l’attention est focalisée sur une famille unique. De fait, la co-présence
de familles confrontées à une pathologie récente et de
familles ayant une expérience et une maturité plus grandes face à la
maladie font que ces dernières fonctionnent comme « co-thérapeutes ».
Appartenant au courant comportementalo-cognitiviste, McFarlane a introduit
une démarche nettement plus psychopédagogique que dans la version
classique des approches systémiques afin d’éviter les débordements
liés à des expressions émotionnelles débridées.
Elle contribue à : atténuer l’isolement interpersonnelle et sociale
; éviter la stigmatisation des patients ou des autres membres de la
famille ; soutenir chaque famille en allégeant le poids considérable
que la maladie fait peser sur son fonctionnement ; dégager chaque famille
des tendances à la surprotection et/ou au désengagement, à l’hostilité,
aux critiques ; améliorer les communications familiales qui se révèlent
d’emblée facilitées par le cadre même de l’échange
multifamilial.
Les thérapies multifamiliales ont été proposées
aux familles confrontées à un même trouble, (schizophrénie,
troubles du comportement alimentaire, troubles de l’humeur…). Si le profil
pathologique des patients doit être homogène pour la constitution
de tels groupes multifamiliaux, les autres caractéristiques (origine
ethnique et socio-économique, systèmes de croyance, opinions
politiques...) méritent d’être aussi diverses et hétérogènes
que possible. La taille du groupe est préférentiellement de 4 à 7
familles.
Initiées à partir de 1969 (Speck), les thérapies de réseau élargissent
l’intervention thérapeutique à toutes les connaissances d’un
patient et des membres de sa famille. Le nombre de participants peut atteindre
cinquante à soixante personnes. Une telle intervention peut être
envisagée lorsque les autres modalités thérapeutiques
ont échoué (individuelles, familiales, hospitalières institutionnelles)
ou pour éviter l’hospitalisation, dans des situations hautement critiques
: risques élevés de suicide, troubles mentaux et comportementaux
graves avec risque de passage à l’acte. L’équipe thérapeutique,
composée de 4 à 5 intervenants, cherche à reconstituer
les liens « tribaux » de l’individu tels qu’ils ont été dissous
par la société moderne. La valorisation du réseau lui
permet de fonctionner comme soutien face aux angoisses déstructurantes,
en redonnant confiance dans l’établissement de liens extérieurs à la
famille. On distingue trois formes de thérapie de réseau, selon
que l’on mobilise le secteur primaire (les connaissances proches du patient
et de sa famille), le secteur secondaire (les professionnels missionnés
par la demande sociale) et une combinaison des deux. Le fait de mobiliser la
totalité d’un réseau a permis (comme pour les formes initiales
de thérapie familiale mobilisant la totalité de la famille) d’enrichir
la connaissance, sur le terrain, des contextes de vie et de survie des personnes
en grande souffrance.
Quoique très différentes quant à l’inspiration et à l’orientation,
les conceptions humanistes, narratives et centrées sur la solution partagent
le rejet d’une focalisation sur le symptôme, d’une quelconque recherche
des causes. Pour la thérapie humaniste, il s’agit de développer
les potentialités de chacun, en tenant compte de ses forces et de ses
fragilités, de ses rythmes évolutifs propres, de ses projets
de vie. Que le contact thérapeutique soit bref ou durable, il évite
la création de dépendances qui réactiveraient des schèmes
relationnels provenant du passé, et favorise plutôt l’actualisation
de processus nouveaux, en prise avec les problèmes et les difficultés
actuels.
Dans la thérapie narrative, la construction personnelle des connaissances
serait déterminée par la comparaison des productions familiales
et sociales, qui ne relèveraient, en dernière instance, que de
points de vue relativistes sur l’état du monde. Chaque vision du monde étant
relative à ses contextes relationnels de production, aucune ne saurait
prétendre à une quelconque prééminence.
Dans la thérapie centrée sur la solution, le thérapeute
ne retient que les expériences positives du passé, et oriente
ses interventions du présent vers le futur. Il considère que
le patient a mis en œuvre les bonnes solutions, et suggère des ajustements
nouveaux qui confirment ces bonnes solutions. Dans cette perspective, une légère
modification chez une personnes peut avoir des répercussions sur l’ensemble
du système conjugal ou familial, sans forcément rencontrer le
conjoint ou les autres membres de la famille.
À
l’inverse des thérapies cognitives et comportementales, qui cherchent à objectiver
des procédures reproductibles, éventuellement étayées
par des échelles d’évaluation ainsi que des guides d’information
et d’apprentissage destinés aux patients, les thérapies systémiques
se conçoivent comme des projets d’interventions contextuelles qui permettent
de réajuster, voire d’inventer des manières de penser et de faire
en fonction des caractéristiques de chaque situation clinique particulière.
Le projet thérapeutique consiste à délimiter les zones
de compétence et de performance des familles et des intervenants. On
aboutit à des apprentissages d’apprentissages (deutéro-apprentissages)
auxquels les patients et leurs proches n’accèdent pas spontanément
face aux injonctions auto-contradictoires de la vie courante. Initier un contexte
thérapeutique consiste à créer un dispositif où les
options pourront osciller entre l’expression de conversations ordinaires et
l’élaboration de projets viables, par l’exploration contradictoire de
solutions alternatives.
La thérapie conjugale comportementale est fondée sur l’apprentissage
de la communication à l’intérieur du couple, de la résolution
des problèmes. Elle propose une planification des changements de comportements
de manière à accroître les interactions satisfaisantes
et à atténuer les interactions destructives et négatives.
Elle n’est pas seulement une stratégie d’intervention, mais aussi un
traitement fondé sur les apprentissages sociaux.
La thérapie conjugale cognitive est centrée sur les schèmes
relationnels irrationnels et les croyances irrationnelles. Elle est souvent
associée à des techniques comportementales, voire à un
entraînement à l’expression émotionnelle.
Les thérapies conjugales psychodynamiques sont centrées sur les émotions,
ou orientées sur l’insight. Lorsqu’elle est orientée sur l’insight,
la thérapie met l’accent sur les processus émotionnels conflictuels
concernant chacun des partenaires considérés séparément,
les interactions entre eux et le système familial élargi. Cette
thérapie intègre le fonctionnement individuel, conjugal et familial
en ce qui concerne les sujets de développement et de maturation, les
collusions, les attentes contractuelles incongruentes, les assignements de
rôles irrationnels, et les règles relationnelles désadaptées.
Les thérapeutes utilisent le sondage, la clarification et l’interprétation
dans la découverte et l’explicitation des sentiments, croyances et attentes
que les partenaires ont vis-à-vis d’eux-mêmes, de leur partenaire,
et de leur mariage, pouvant être partiellement ou totalement inconscients,
et relevant d’une restructuration par une renégociation consciente.
La thérapie conjugale focalisée sur les émotions repose
sur la théorie de l’attachement de Bowlby, et conçoit les détresses
relationnelles comme des liens peu sûrs où les besoins d’attachement
sont inatteignables du fait de schémas d’interaction rigides qui bloquent
l’engagement émotionnel. La méthode consiste à aider chaque
partenaire à explorer et communiquer ses expériences émotionnelles
sur des sujets comme la dépendance d’affiliation (proximité et
contrôle) dans le contexte de la relation habituelle. Les besoins d’attachement
valables sont clarifiés, chaque personne arrivant à mieux se
comprendre et à percevoir son partenaire avec plus de sympathie. Ceci
conduit à des interactions nouvelles et moins défensives. Cette
approche apparaît surtout opportune pour les couples qui ne présentent
pas de perturbations extrêmes.
Quel est le bilan des études d’évaluation des psychothérapies
psychodynamiques ?
La question de savoir si l’évaluation des résultats des psychothérapies
psychanalytiques était possible a été longtemps débattue.
Les difficultés de cette évaluation ont été largement
soulignées, cependant sa nécessité a été affirmée à maintes
reprises pour que la psychothérapie psychanalytique prenne sa place
en tant que thérapeutique médicale.
Dans les travaux les plus récents, l’évaluation ne concerne pas
seulement l’effet de la thérapie sur les symptômes dans différentes
catégories nosologiques mais également l’évaluation des
modifications de la structure psychodynamique qui sous-tend le désordre
lui-même. En effet, tout particulièrement pour cette approche,
la psychothérapie se construit à partir du patient, de ses problèmes
spécifiques et de ses modalités de fonctionnement. Ainsi, des
instruments d’évaluation des changements psychodynamiques ont été développés
(MSI, ECPD, KAPP) ainsi que des instruments qui évaluent l’utilisation
des techniques, l’adhésion à la méthode thérapeutique
(PACS-SE, TIRS, PTS, GIS, STT) ou l’alliance thérapeutique (CALPAS)
. Mais ces outils propres à évaluer les aspects psychodynamiques
sont encore peu utilisés.
Aujourd’hui, la situation est qu’en dépit de leur usage fréquent,
les traitements psychodynamiques longs n’ont pas encore été évalués
par des études méthodologiquement rigoureuses. En revanche, les
thérapies psychodynamiques brèves ont donné lieu à beaucoup
plus d’évaluations. Trois méta-analyses rapportent une efficacité des
psychothérapies psychodynamiques brèves (sur des symptômes
cibles ou des symptômes généraux, ou une adaptation sociale)
par rapport au placebo (liste d’attente ou absence de traitement) pour tout
un ensemble de troubles. L’une des méta-analyse montre que les résultats
sont plus importants avec des thérapeutes formés qu’avec des
thérapeutes non formés.
Trois méta-analyses se sont intéressées aux troubles du
spectre de la schizophrénie. Une seule étude concerne les patients
hospitalisés (phase aiguë). Relativement ancienne, cette étude
(1976) ne permet pas de tirer de conclusion quant à l’effet de la thérapie
psychodynamique. Les deux autres méta-analyses rassemblent des travaux
sur les patients stabilisés et suivis en ambulatoire. Peu ou pas d’effets
de la psychothérapie psychodynamique (psychothérapie verbale
ou psychanalyse) sont mis en évidence. Dans une autre méta-analyse,
les programmes de psychothérapies verbales (psychodynamique, réduction
de l’émotion exprimée, autres) présentent des tailles
d’effet très modestes (moyenne à 0,37).
Pour la dépression d’intensité moyenne ou légère
du sujet adulte, deux méta-analyses sont retrouvées dans la littérature.
La première rassemble, sous le terme de « thérapie verbale »,
des thérapies psychodynamiques et des thérapies interpersonnelles
et montre un effet bénéfique de ces thérapies, sans qu’il
soit possible de savoir s’il y a une différence d’efficacité entre
les deux types. L’autre méta-analyse rassemblant trois études
contrôlées, randomisées de psychothérapie psychodynamique
brève examine l’amélioration des symptômes dépressifs,
et d’autres symptômes psychiatriques ainsi que le fonctionnement social.
La plupart des tailles d’effet sont élevées, entre 0,90 et 2,80
pour les symptômes dépressifs (selon BDI et HRSD, respectivement échelles
de Beck et de Hamilton). Concernant la dépression du sujet âgé traité en
ambulatoire, deux études (dans une méta-analyse) ayant comparé la
thérapie psychodynamique ou sa forme brève au placebo ou à une
liste d’attente ne montrent ni l’une ni l’autre de résultats significatifs.
Dans la dépression majeure, l’association d’une psychothérapie
psychodynamique à un traitement antidépresseur chez des patients
traités en ambulatoire a été évaluée dans
une étude randomisée contrôlée et a mis en évidence
un effet bénéfique significatif avec une amélioration
du fonctionnement global et une diminution du taux d’hospitalisation à l’issue
du traitement. La psychothérapie était menée par des infirmiers
bien formés et sous supervision étroite.
Deux études contrôlées sont recensées dans la littérature à propos
des troubles anxieux. L’une, réalisée chez des patients atteints
de trouble panique, montre que l’addition au traitement médicamenteux
d’une psychothérapie psychodynamique brève (centrée sur
la vulnérabilité psychosociale) réduit significativement
le taux de rechute (sur 18 mois) en comparaison avec le traitement médicamenteux
seul. Un essai en ouvert rapporte également une bonne efficacité de
la psychothérapie centrée sur la panique utilisée en monothérapie
(avec manuel), résultat maintenu au suivi à 6 mois. Une psychothérapie
psychodynamique brève d’Horowitz (centrée sur l’interruption
des symptômes) a montré son efficacité chez des patients
présentant des troubles post-traumatiques par rapport à un groupe
contrôle.
Pour les troubles du comportement alimentaire, il n’y a pas de méta-analyse
ni d’étude contrôlée dans la littérature. Une étude
de cohorte a observé pendant deux ans et demi des patients anorexiques
et boulimiques ayant reçu une thérapie psychodynamique. Après
ce laps de temps, 33 % des anorexiques et 25 % des boulimiques ne présentaient
plus de symptômes. Pour les anorexiques, l’âge élevé est
un facteur de moins bons résultats. Pour les boulimiques, l’impulsivité,
l’existence de symptômes associés d’anorexie, et un nombre élevé de
traitements antérieurs étaient associés à de moins
bons résultats. Une bonne adaptation sociale est au contraire un facteur
prédictif d’amélioration.
Pour les troubles de la personnalité (tous confondus), on trouve dans
la littérature une méta-analyse réalisée en 2003
qui regroupe 3 études contrôlées et 8 études non
contrôlées de thérapie psychodynamique. Pour cette psychothérapie,
la taille d’effet est de 1,46 pour les mesures auto-évaluées
et 1,79 pour les mesures hétéro-évaluées. Cette
psychothérapie apparaît donc particulièrement efficace
pour les troubles de la personnalité.
Les troubles de la personnalité recouvrent en fait plusieurs types de
patients a priori très différents regroupés en 3 catégories
(A, B et C) dans le DSM. Dans la catégorie A, on trouve les personnalités
paranoïaque, schizoïde et schizotypique ; dans la catégorie
B, les personnalités antisociale, borderline, histrionique et narcissique
; dans la catégorie C, les personnalités évitante, dépendante,
obsessionnelle compulsive et non spécifiée. Il s'agit donc d'un
ensemble de troubles disparates qui ont en commun d'être primaires par
rapport à la survenue d'autres troubles tels que la dépression,
d'apparaître au cours du développement, dans l'enfance et l'adolescence
et de se poursuivre à l'âge adulte. Les problèmes de ces
patients sont multiples et susceptibles de varier dans le temps. L'évaluation
porte sur des aspects différents (réduction du nombre de tentatives
de suicide et des comportements d'autodestruction, qualité des relations
d'objet...) et qui peuvent même sembler contradictoires. Par exemple,
l'augmentation de la fréquentation des services de santé sera
un signe d'amélioration en début de traitement, alors que la
réduction de cette fréquentation est attendue en fin de traitement.
Il s'agit d'autre part de pathologies souvent à long terme dont les
résultats peuvent être difficiles à interpréter
parce que des événements, d'autres thérapies… ou simplement
l'âge sont intervenus.
Une étude contrôlée a recherché l’efficacité,
pour des patients ayant des troubles de la personnalité borderline (type
B), d’une psychothérapie d’orientation psychanalytique en hôpital
de jour comparée à un soin psychiatrique standard (réunion
mensuelle avec contrôle de la compliance aux médicaments). Le
traitement était réalisé par des infirmières formées à la
psychiatrie sans qualification formelle à la psychothérapie.
Les patients en psychothérapie ont présenté une réduction
significative de toutes les mesures évaluées à 6 mois
et à 18 mois : amélioration des symptômes dépressifs,
réduction des actes suicidaires et d’automutilation, réduction
des jours d’hospitalisation plein temps et meilleur fonctionnement social et
interpersonnel.
Une psychothérapie psychodynamique interpersonnelle (psychothérapie
dérivée du modèle conversationnel de Hobson) a été évaluée
(étude contrôlée) dans un groupe de patients souffrant
de troubles de la personnalité borderline (type B) en comparaison avec
un groupe « traité comme d’habitude » (thérapie de
soutien, intervention de crise, thérapie cognitive, pharmacothérapie).
Cette psychothérapie, fondée sur l’idée que le trouble
de la personnalité borderline est une conséquence d’une interruption
du développement du moi, a pour but de favoriser une maturation (découvrir, élaborer,
se représenter une réalité personnelle). Après
une année, 30 % des patients traités par psychothérapie
psychodynamique interpersonnelle ne présentaient plus les critères
diagnostiques du DSM alors que les patients du groupe contrôle n’avaient
pas évolué. Cette amélioration s’est maintenue au suivi à 1
et 5 ans.
Des patients présentant des troubles de la personnalité (la plupart
de type C et quelques B) ont été traités en ambulatoire
par deux formes de psychothérapie psychodynamique brève (psychothérapie
de Davanloo et psychothérapie adaptative). Les résultats montrent
une amélioration significative des patients traités par les deux
formes de thérapie comparativement au groupe contrôle sur liste
d’attente. Il n’y avait pas de différence entre les deux thérapies
et l’amélioration s’est maintenue un an et demi après la fin
du traitement.
Par ailleurs, plusieurs études montrent l’impact des comorbidités
sur l’évaluation de l’efficacité d’une thérapie, tout
particulièrement pour les troubles de la personnalité (par exemple
en cas de dépression). De la même manière, les travaux
montrent que la présence de troubles de la personnalité chez
les patients nécessite généralement un traitement plus
long que pour les autres troubles.
Certains travaux encore préliminaires se sont attachés à rechercher
le rôle des facteurs spécifiques et non spécifiques dans
le résultat des psychothérapies psychodynamiques : savoir si
les hommes et les femmes répondent de manière similaire ; impact
de la qualité des relations d’objet ; interactions entre les représentations
du patient concernant l’expérience de la thérapie et l’alliance
thérapeutique ; influence des problèmes interpersonnels ou personnels,
du style d’attachement principal. Il est probable que l’amélioration
symptomatique précoce joue un rôle dans la mise en place de l’alliance
thérapeutique (ces deux facteurs se renforçant mutuellement)
et ensuite dans l’effet de la thérapie. Les auteurs soulignent que les
mesures de résultats et de processus doivent être connectées
de façon plus précise à la forme de traitement concerné.
L’influence de la formation du thérapeute sur le résultat de
la thérapie est une question qui n’a pas encore trouvé de réponse
: les résultats des études sont en effet très hétérogènes.
Une tendance est tout de même à moins de sorties prématurées
de la thérapie et de meilleurs résultats avec des thérapeutes
mieux formés.
Effets des interventions psychodynamiques
Pathologies Études retenues Principaux résultats
Schizophrénie
Phase aiguë 1 méta-analyse Résultats trop anciens
Stabilisée 2 méta-analyses Peu ou pas d’effets
Troubles de l’humeur
Dépression d’intensité moyenne 3 méta-analyses Intérêt
significatif des TV incluant la TI ; intérêt significatif des
TPB ; pas de résultats positifs chez le sujet âgé
Dépression majeure 1 étude contrôlée Intérêt
significatif pour la réduction des symptômes et des rechutes
Troubles anxieux
Troubles paniques 1 étude contrôlée Efficacité des
TPB en monothérapie à 6 mois sur la récurrence des symptômes.
Efficacité des TPB après 9 mois d’arrêt du traitement antidépresseur
sur la rechute.
Stress post-traumatique 1 étude contrôlée Efficacité de
la TPB sur les symptômes
Trouble du comportement alimentaire
Boulimie/anorexie 1 étude de cohorte Efficacité de la TP sur
l’évolution des symptômes
Troubles de la personnalité
Personnalité borderline 2 études contrôlées Efficacité des
psychothérapies d’orientation psychanalytique sur toutes les mesures à 6
et 18 mois ; efficacité de la TPI sur les critères diagnostiques
maintenue de 1 à 5 ans
Troubles de type C 1 étude Efficacité des TPB (Davanloo) et psychothérapie
adaptative maintenue un an et demi après la fin du traitement
TV : thérapie verbale ; TI : thérapie interpersonnelle ; TPB
: thérapie psychodynamique brève ; TP : thérapie psychodynamique
; TPI : thérapie psychodynamique interpersonnelle
Seules des études rétrospectives (issues du centre Anna Freud)
présentent les résultats obtenus avec la psychanalyse et la psychothérapie
psychodynamique de l’enfant et de l’adolescent. Ils tendent à mettre
en évidence une amélioration chez 62 % des enfants traités
durant un an (4 à 6 séances par semaine). Ils convergent sur
quelques points. L’un des points majeurs est l’âge des patients. Plus
le patient est jeune, meilleurs sont l’amélioration et les résultats
obtenus. De même les sorties de traitement sont moins nombreuses chez
les plus jeunes patients (< 12 ans). L’aide apportée aux parents
au cours du traitement de l’enfant est un facteur favorisant l’amélioration
de l’état psychologique de l’enfant.
La psychanalyse étant un traitement s’étendant sur plusieurs
années nécessitant un investissement majeur pour le jeune patient
et sa famille, il est important de définir les conditions cliniques
et environnementales qui permettent de poser les indications adéquates à l’application
d’une psychanalyse, et d’identifier les effets bénéfiques attendus
par ce type de traitement pour un jeune patient.
Effets des interventions psychanalytiques dans les troubles psychologiques
de l’enfant et de l’adolescent
Pathologies Études retenues Principaux résultats
Troubles perturbateurs (hyperactivité avec déficit de l’attention,
troubles des conduites) Étude rétrospective (736 cas)* Efficacité chez
62 % des enfants
Troubles émotionnels (troubles anxieux et dépressifs) Étude
rétrospective (763 cas)* La probabilité de l’amélioration
décroît avec l’âge.
Troubles perturbateurs, troubles émotionnels, troubles de la personnalité Étude
rétrospective (763 cas)* Meilleur taux d’amélioration dans les
troubles émotionnels
* il s’agit de la même population
Quels sont les résultats obtenus avec les techniques de l'approche
cognitivo-comportementale ?
L’évaluation des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) a
fait l’objet de nombreuses méta-analyses (21 méta-analyses ont été retenues
concernant les troubles étudiés) et études randomisées
contrôlées. Seuls les résultats des méta-analyses
sont présentés et, en leur absence, ceux des études randomisées
contrôlées.
Les TCC ont très largement été appliquées aux différents
troubles anxieux, et les résultats sur l’évaluation de l’efficacité de
ces thérapies sont abondants. Concernant le trouble panique et l’agoraphobie,
3 méta-analyses montrent une diminution significative des symptômes
sous l'effet de la TCC par rapport aux conditions contrôles. La combinaison
la plus efficace apparaît être la combinaison de l'exposition in
vivo et d'antidépresseurs.
L'effet de la TCC a été comparé au traitement pharmacologique
pour les patients présentant une anxiété généralisée
(1 méta-analyse). Les tailles d'effet sont assez voisines (0,70 pour
la TCC et 0,60 pour le traitement pharmacologique), mais l’effet est maintenu
avec le traitement par la TCC alors que l’effet du traitement pharmacologique
disparaît au sevrage. La combinaison TCC et médicaments n’a pas été évaluée.
Concernant le stress post-traumatique, une méta-analyse rassemble les études
portant sur plusieurs types de thérapies comportementales et cognitives
(thérapies comportementales, EMDR…) et de traitements médicamenteux.
La TCC et l'EMDR apparaissent plus efficaces que le traitement médicamenteux
sur les symptômes du stress post-traumatique. Les effets de la thérapie
sont maintenus après un suivi de 15 semaines en moyenne. Une méta-analyse
portant spécifiquement sur l'EMDR montre l’efficacité de cette
technique (considérée comme une variante de la thérapie
comportementale d'exposition) par rapport au groupe témoin.
Trois méta-analyses concernent les troubles obsessionnels compulsifs.
L’une d’elles (regroupant 86 études de 1970 à 1993) montre qu’il
n'y a pas de différences entre les antidépresseurs prescrits
seuls, la thérapie comportementale et la combinaison des deux. Les tailles
d’effet pour la thérapie comportementale varient de 0,70 à 1,46
selon le critère évalué. Une autre méta-analyse
(regroupant 77 études de 1973 à 1997) indiquait que la thérapie
comportementale est supérieure ou égale aux inhibiteurs de la
recapture de la sérotonine. Une troisième méta-analyse
a montré une même efficacité pour les sérotoninergiques
et l’exposition, et une même efficacité pour la thérapie
cognitive et la thérapie comportementale. Pour évaluer l’efficacité à long
terme de la thérapie comportementale dans les obsessions, les résultats
de neuf études de cohorte ont été colligés. Sur
un suivi de 1 à 6 ans (moyenne de suivi de 3 ans), un taux de 78 % d'amélioration
a été mis en évidence avec 60 % de réduction moyenne
des rituels. Cependant, les symptômes résiduels étaient
la règle et le risque de faire une dépression demeurait inchangé.
Trois méta-analyses récentes donnent une vue d’ensemble des effets à court
et long terme des TCC dans les phobies sociales. Une méta-analyse (incluant
42 essais) montre que la thérapie cognitive associée à l'exposition
présente une taille d’effet plus importante que celle du placebo (1,06
versus 0,48). Une amélioration est également constatée
au suivi. Une méta-analyse (regroupant 24 études) montre une
taille d’effet de la TCC de 0,74 par rapport au placebo. Comparée à la
pharmacothérapie, la TCC ne présente pas de différence
d’efficacité significative. Enfin, dans la troisième méta-analyse
plusieurs méthodes de TCC ont été comparées aux
conditions contrôles et à la pharmacothérapie. Pour toutes
les formes de TCC, les tailles d’effet varient de 0,6 à 1,0 et pour
la pharmacothérapie de 1,0 à 2,0. L'amélioration des symptômes
par la TCC s'inscrit dans la durée.
Il n’y a que quelques études contrôlées et de faible puissance
pour les phobies spécifiques (avion, dentiste, araignées, hauteurs,
claustrophobie). Elles indiquent toutes une bonne efficacité de différents
types de thérapies (thérapie cognitive, comportementale, exposition
en réalité virtuelle, in vivo…).
Effets des interventions cognitivo-comportementales
Pathologies Études retenues Principaux résultats
Troubles anxieux
Agoraphobie 2 méta-analyses Efficacité prouvée de la TCC
Troubles paniques 1 méta-analyse Efficacité prouvée de
la TCC ; diminution significative des attaques de paniques
Trouble anxieux généralisé 1 méta-analyse Efficacité prouvée
de la TCC ; maintient de l’effet après la fin du traitement
Phobies sociales 3 méta-analyses Efficacité prouvée de
la TCC ; maintien de l’effet au cours du suivi
Stress post-traumatique 2 méta-analyses
Efficacité prouvée de la TCC ; maintien au suivi ; efficacité prouvée
de l’EMDR (simple variante de la TCC)
Obsessions-compulsions 3 méta-analyses Efficacité prouvée
de la TCC
Phobies spécifiques 6 études contrôlées Présomption
d’efficacité de la TCC
Troubles de l’humeur
Dépression d’intensité moyenne ou légère en ambulatoire
3 méta-analyses Efficacité prouvée de la TCC
Dépression hospitalisée 1 méta-analyse Efficacité prouvée
de la TCC
Dépression du sujet âgé 1 méta-analyse Efficacité prouvée
de la TCC
Trouble bipolaire sous médicaments psychotropes 1 méta-analyse
Présomption d’efficacité de la TCC
Schizophrénie
Schizophrénie chronique sous neuroleptiques 3 méta-analyses Efficacité prouvée
de la TCC
Schizophrénie en période aiguë sous neuroleptiques 1 méta-analyse
Présomption d’efficacité de la TCC
Troubles de la personnalité
Personnalité borderline 2 méta-analyses, 5 études contrôlées
Efficacité prouvée de la TCC
Personnalité évitante 1 étude contrôlée Présomption
d’efficacité de la TCC
Personnalité antisociale 1 étude contrôlée Présomption
d’efficacité de la TCC
Alcoolodépendance 2 méta-analyses, 2 revues Efficacité prouvée
de la TCC
Troubles du comportement alimentaire
Boulimie 1 méta-analyse Efficacité prouvée de la TCC
Concernant la dépression moyenne ou légère, la méta-analyse
la plus ancienne (incluant 28 études) a montré la supériorité de
la thérapie cognitive comparée à une liste d’attente et à la
psychopharmacologie ainsi qu'à la thérapie comportementale. À la
fin du traitement, les résultats de la thérapie cognitive étaient
supérieurs à ceux des antidépresseurs et de la liste d’attente.
Dans les méta-analyses plus récentes, la thérapie comportementale
a été montrée égale en efficacité à la
thérapie cognitive (car en fait la technique pratiquée est souvent
la TCC) et aux antidépresseurs et, dans une méta-analyse, égale à la
thérapie interpersonnelle.
L'évaluation de l'efficacité a également porté sur
la prévention des rechutes à long terme chez les déprimés.
On entend en général par rechute (relapse) une réapparition
d'un état dépressif complet entre 6 et 9 mois après une
rémission de 2 mois ; une récidive (recurrence) se situe au-delà.
Les effets sur la prévention des rechutes de la thérapie cognitive
sont supérieurs à ceux des antidépresseurs (entre 1 et
2 ans) dans 6 études contrôlées sur 8. En moyenne, 60 %
des patients traités par chimiothérapie seule rechutent, versus
seulement 30 % des patients traités par thérapie cognitive seule
ou combinée aux antidépresseurs.
D'après les études qui se sont intéressées aux
effets de la thérapie cognitive sur les symptômes résiduels
et les récidives chez des patients sous antidépresseurs, le nombre
de rechutes est significativement moins important dans le groupe qui a reçu
la thérapie cognitive. Les auteurs concluent que la thérapie
cognitivo-comportementale représente une alternative à la continuation
des antidépresseurs.
Concernant les patients présentant un accès dépressif
majeur et hospitalisés, une méta-analyse rapporte une évaluation
(échelle de Hamilton) réalisée à la sortie de l’hôpital
qui montre une efficacité de la thérapie cognitive associée
au traitement pharmacologique. Pour la dépression du sujet âgé,
les résultats d’une autre méta-analyse indiquent une taille d’effet
de 0,96 pour la thérapie comportementale et 0,85 pour la thérapie
cognitive en comparaison à un groupe contrôle. Des traitements
psychoéducatifs (information, prise de conscience, amélioration
du fonctionnement interpersonnel…) se sont récemment développés
pour les patients souffrant de trouble bipolaire. Ils ont été évalués
positivement pour le recul de la première rechute maniaque (65 semaines
au lieu de 17 semaines dans le groupe contrôle).
Les TCC ont démontré, dans 2 méta-analyses et des études
contrôlées, des effets positifs pour les troubles de la personnalité (évitante,
borderline, antisociale). Dans l’une des méta-analyses, la taille d’effet
global pour la TCC était de 1,0 (1,20 pour les mesures d’auto-évaluation
et 0,87 pour les mesures d’hétéro-évaluation). Pour les
troubles de la personnalité borderline chez les femmes des quartiers
défavorisés, plusieurs études randomisées contrôlées
ont été conduites avec une thérapie comportementale dialectique
(TCD) qui comprend un ensemble éclectique de techniques fondées
sur des principes comportementaux et cognitifs. Un taux de comportements suicidaires
et para-suicidaires moindre (35 %) est observé après une année
chez les patientes ayant reçu une TCD par rapport au taux (65 %) observé chez
les patientes ayant eu le traitement habituel (traitement psychanalytique ou
de soutien). Les travaux montrent dans le groupe traité par TCD une
diminution des colères pathologiques, des comportements para-suicidaires,
des jours d'hospitalisation, et un meilleur ajustement social.
Des thérapies cognitivo-comportementales ont été évaluées
chez les patients alcoolodépendants. Ces thérapies utilisent
des procédures de désensibilisation, de renforcement positif,
et des stratégies motivationnelles et de prévention des rechutes.
Elles s’inscrivent parfois dans des thérapies familiales et de couple.
Des techniques d’affirmation de soi et de réduction de l’anxiété sociale
sont également développées. S’inspirant directement des
théories de Bandura sur l’apprentissage social et l’efficacité personnelle
(self efficacy), le modèle des cinq étapes de Proschaska et DiClemente
(précontemplation, contemplation, préparation, action, maintien)
se rattache aussi aux thérapies cognitivo-comportementales. À chaque étape
peuvent se mettre en place des thérapies cognitives ou comportementales.
Plusieurs études (méta-analyse, études contrôlées)
montrent une supériorité en efficacité des interventions
brèves par rapport aux interventions au long court chez des patients
motivés pour un traitement. Cependant, les résultats semblent
plus importants chez les patients moins sévèrement atteints.
Il n’y a pas de preuve que les programmes ayant pour but le contrôle
de la prise de boisson donnent de meilleurs résultats que ceux qui visent
l’abstinence totale.
Les thérapies comportementales et aussi, mais dans une moindre mesure,
les thérapies cognitives qui s'inscrivent dans les programmes de développement
des habiletés sociales ont donné des résultats positifs
(dans 3 méta-analyses) à court et moyen termes sur le taux de
rechutes, la réduction des symptômes et la réadaptation
sociale des schizophrènes. Mais le problème reste la généralisation
des acquis qui, si elle semble réelle, est encore trop modeste.
Pour la schizophrénie en phase aiguë, une méta-analyse effectuée
essentiellement sur des études récentes évaluant les effets
des thérapies cognitives montre que le taux de rechute et d'admission à l'hôpital
n'est pas systématiquement réduit quand on compare la thérapie
cognitive avec le traitement standard chez les schizophrènes. Une différence
significative était cependant observée en faveur de la thérapie
cognitive pour une sortie plus rapide de l'hôpital par rapport au traitement
standard. En ce qui concerne l’amélioration globale de l’état
mental, il y avait une différence significative en faveur de la thérapie
cognitive par rapport au traitement standard à 13 et 26 semaines, mais
après 1 an la différence n'était plus significative. La
conclusion est que la thérapie cognitive est un traitement prometteur
mais nécessitant d’autres évaluations.
Il existe quelques études contrôlées (quatre) et une revue
ayant évalué l’efficacité des TCC chez les patientes anorexiques.
Mais les thérapies utilisées dans les études sont très
hétérogènes et parfois nouvelles. Il semble que les patientes
traitées par TCC présentent une compliance supérieure à celles
traitées par la thérapie cognitive. Dans une autre étude,
une approche nouvelle est abordée, la thérapie cognitivo-analytique,
qui s’est montrée supérieure (échelle de Morgan et Russell)
au traitement psychoéducatif comportemental.
Chez les patientes boulimiques, la TCC est généralement considérée
comme le traitement de choix. Plusieurs méta-analyses et essais contrôlés
en attestent. La TTC réduit les conduites boulimiques, les distorsions
cognitives et les attitudes pathologiques qui y sont associées. Des
thérapies de groupe ont tout autant montré leur efficacité.
Aussi, les TCC de groupe peuvent être considérées comme
le traitement de première intention dans une approche hiérarchique
de soins. La TCC utilisée sous une forme auto-administrée (manuel)
présente une bonne efficacité sur la fréquence des crises
boulimiques et les comportement de contrôle du poids. L’ajout en cours
de séance de TCC d’une exposition avec prévention de la réponse
ne semble pas augmenter l’efficacité du traitement. Le degré de
sévérité de la boulimie en début de traitement
est prédictif de la réponse thérapeutique. Le meilleur
prédicteur de la réponse à long terme est le degré de
rémission symptomatique en fin de traitement et après 1 mois
de suivi. Par ailleurs, une réponse thérapeutique précoce
est un indicateur de bons résultats ultérieurs. Une meilleure
connaissance des variables pronostiques avant le traitement devrait permettre
de déterminer si la TCC est suffisante et donc d’envisager éventuellement
un traitement additionnel et notamment pharmacologique (antidépresseur).
La TCC a également été étudiée pour l’hyperphagie
boulimique (syndrome reconnu comme un trouble spécifique des conduites
alimentaires). Plusieurs études contrôlées ont montré son
efficacité. Recommandée comme traitement de première intention,
cette thérapie peut être délivrée sous un format
d’auto-assistance structurée. La thérapie de groupe présente également
une efficacité initiale et à long terme sur les symptômes
centraux et apparentés. L’identification des facteurs prédictifs
de la réponse au traitement est nécessaire pour diriger les patients
vers les méthodes les plus efficaces pour chacun d’entre eux.
Niveaux de preuves de la TCC chez l’adulte
Preuve d’efficacité : établie par une ou plusieurs méta-analyses
ou des essais randomisés de forte puissance statistique et convergents
• agoraphobie ; attaques de panique ; phobies sociales ; anxiété généralisée
; stress post-traumatique ; obsessions compulsions
• états dépressifs d’intensité faible ou moyenne ; états
dépressifs aigus ; prévention des rechutes et des récidives
des dépressions ambulatoires ; dépressions hospitalisées
• réhabilitation psychosociale des états psychotiques
• personnalité borderline chez les femmes ; personnes alcoolodépendantes
• boulimie
Présomption d’efficacité : établie par des méta-analyses, études
contrôlées randomisées, études de cohortes, revues
; certaines de ces études peuvent se contredire et demander confirmation
• phobies simples
• personnalité évitante ; personnalité antisociale
• schizophrénie en période aiguë (associée aux neuroleptiques)
• psychose maniaco-dépressive (traitée par des normothymiques)
Chez l’enfant et l’adolescent, d’après les méta-analyses globales
dont les résultats sont congruents, la TCC permet des améliorations
significatives ; la taille d’effet moyenne est comparable à celle des
méta-analyses réalisées chez l’adulte. Mais les études
existantes sont peu nombreuses et de qualité médiocre. La généralisation à la
pratique clinique des résultats issus des méta-analyses publiées
est difficile, du fait que la plupart des études incluses dans ces méta-analyses
utilisent des échantillons de sujets recrutés en population générale,
plutôt que demandeurs de soins.
Chez l’adolescent, dans les cas de troubles dépressifs de sévérité modérée,
la TCC semblerait efficace, mais ne peut actuellement être recommandée
pour les cas graves.
Pour ce qui est des phobies, beaucoup d’études contrôlées
ont été réalisées. Les études les plus récentes,
s’appuyant sur différentes techniques de TCC, montrent une bonne efficacité de « la
TCC » par rapport à une liste d’attente.
Concernant l’hyperanxiété, l’anxiété de séparation
et les troubles de l’évitement, les études de cohortes ont montré la
supériorité de la TCC pour l’amélioration du groupe traité comparée à une
liste d’attente. L’efficacité de la TCC de groupe a également été montrée,
en particulier chez les jeunes enfants. Pour les troubles obsessionnels compulsifs,
un seul essai randomisé et beaucoup d’études en ouvert concordent
en faveur de l’efficacité de la TCC sur les symptômes obsessionnels
et compulsifs à court et long termes. Les preuves en faveur des TCC
dans l’autisme infantile et les troubles des conduites sont rapportées
avec les thérapies familiales.
Quels sont les résultats obtenus avec les techniques de l'approche familiale
?
Les revues qui ont analysé les premières études publiées
entre 1972 et 1983 soulignent l’absence ou le caractère inadéquat
des groupes de contrôle, la non fiabilité des mesures, l’absence
de délai suffisant avant l’appréciation du suivi, l’aspect mal
défini des fondements théoriques permettant les comparaisons.
Depuis les années 1980, les auteurs ont proposé des indications
plus circonstanciées à partir de comparaisons avec les thérapies
individuelles, de comparaisons entre orientations théoriques, de la
signification clinique des résultats, des différences entre ces
orientations en fonction des problèmes traités, et des effets
des modérateurs essentiels et méthodologiques sur l’appréciation
des résultats. On cherche maintenant à examiner réellement
les preuves scientifiques de l’efficacité des thérapies de couple
et familiales en relation avec les troubles et les problèmes majeurs
chez l’adulte (schizophrénie, troubles de l’humeur, toxicomanie…) et
chez l’enfant et l’adolescent (autisme, anorexie mentale, troubles des conduites,
délinquance…).
Les schizophrénies ont fait l’objet des études d’évaluation
les plus nombreuses. Un critère simple et robuste d’efficacité thérapeutique
est souvent utilisé dans les études : il s’agit du pourcentage
de rechutes observé dans un groupe durant un laps de temps donné (rechutes
appréciées par exemple par une hospitalisation en psychiatrie).
Les résultats sont alors convergents et l’on peut affirmer avec un niveau
de preuves assez élevé que les interventions familiales permettent
de diminuer le pourcentage de rechutes dans ce type de troubles.
Effets des interventions portant sur l’apprentissage personnel et psychosocial
aux habiletés sociales pour les patients schizophrènes
Formes d’intervention Études retenues Principaux résultats
Traitement communautaire de soutien associé à la thérapie
familiale 1 revue systématique Les programmes d’entraînement c