psychanalyse et psychanalystes
   
 
 

Frédérique James

Bientôt une chronique des luttes des femmes des années 70

Poésies

 

L’Acronyme

F -- Frédéric Nietzsche, à Turin, s'accroche en sanglotant au cou d'un vieux cheval,
---- avant de s'effondrer dans la folie.
R -- Rasons les murs, nous-z'autres les «inutiles au monde» (Robert Castel,
---- Sociologue), Rmistes , en «fin de droits» aux Assedic, Smicards, temps
---- partiels et autres joyeusetés. «Comment peut-on dire d'un être humain qu'il
---- est en fin de droits» tonnait l'Abbé Pierre...
E---Eh, vous là-bas, mains en l'air, ne bougez plus.
D---Dans le feu crépitant, Elfes et Korrigans dansent jusqu'au petit matin avec
---- mes petites filles, Sarah et Gabrielle.
E---Enigmatiques chats aux yeux d'or.
R---Rira bien qui rira la dernière
I--- Rouge, œillets du peuple partout et toujours massacré.
Q---Qu'on me laisse en paix avec mes souvenirs : j'en ai plus que si j'avais
---- Mille ans.
U ---Ukraine, années 20. Le grand Anarchiste Nestor Mahkno, après avoir aidé
---- l'armée rouge à liquider les blancs avec sa très vaillante troupe, les voit
---- se faire tous décimer par Trotsky. II sera le seul à pouvoir s'échapper,
---- couvert de blessures. Ca étonne quelqu'un ?
E ---Espace, Espace.... Je ne parle pas de la bagnole !
J ---J'aimerai filer vite fait dans l'
A ---Azur, LAzur, l'Azur.
M ---Marées basses de la Mélancolie.
E ---Eglantines Ensanglantées.
S--- Sarajevo.


Frédérique James, 8 Mai 2000

IMPOSTURE, DOUBLE

Quand, dans le jour farouche s'égrènent les entêtantes horloges c'est l'A-puits du sens qui m'assassine dans ce soleil plombé vers l'Est
Qui se plie comme un linge ensanglanté
Je voudrais, Garcia Lorca, dormir
Du sommeil des pommes, du sommier des peaux
Là où nul n'entend plus l'horreur des trains
Qui se croisent en hurlant, aller-retour des camps.
Il s'en faudrait de peu que l'encre ne déteigne
Dans l'âpreté des sexes dont l'orange est la couleur
Vertiges, vertiges du vent cendreux
Qui étire les ailes
Des grands goélands encrassés de suie J'entends comme un orgasme de soufre sans voix audible quand on l'appelle, l'aphonie funambule.

Le Havre l’an 1973
Frédérique James

SILENCE, HÔPITAL, RALENTIR

Fièvres, soupirails noués aux poulies
Des toux asthmatiques
Cirque mental / Blanc et rouilles
Du contre-oui
Le sablier du sang sur un lit d'hôpital Marée basse des yeux pliés
En 8 taies d'yeux
Cratères des mots troués sur le fil de lalalangue Qui plie le temps comme une balle dans la tempe
Pluie de peaux à peaux greffées, asphyxiances - A-culturées
Miroirs - barbelés de stress Linguistes du cousu main assassin
Elle dévide ses eaux usées, les fœtus las de la Mémoire , défaillie en viols
Muée mutante de sourdes hypothèses Flèchant au ciel d'orage
Sur les chemins ramasse les tasses cassées des rêves motifs peints, lierres enroulés.
Arbres des pas, arches jetées des ponts Aux poings du jour, loin, si loin,
Un violon déchire un si bémol.

Frédérique James,
29 mars 2000

Le cauchemar

Elle dort, le flanc gauche prisonnier des draps, au lendemain de la tempête - tornade de Noël 1999 en France. Elle tourne et vire dans l'hostilité du lit.
Le vieux rêve a resurgi, déchirant les entrailles, vieux rêve violent jailli brut de son enchevêtrement de ronces, lianes, puant de la sueur âcre de la peur, puant de l'odeur du sang.
Aube à peine née, hésitante, blafarde, ou crépuscule menaçant, on ne sait..... Mais nous fuyons.
Enfants, femmes, hommes, animaux, tous fuient cette menace mortelle qui les poursuit.
Nous sommes en Afrique, ou peut-être en Amérique Centrale, du Sud, ou ?
Bien sûr, nous sommes des pauvres, paysans, pêcheurs, montagnards peut-être, qui fuyons les conquistadors - colonisateurs, venus faire table rase.
Nous ne voyons rien, n'entendons que le poids lointain mais constant des chevaux lancés à notre poursuite. Sinon, le silence est total. Aucun oiseau ne chante.
A coups de machettes, nous fuyons fiévreusement, péniblement,
dans ce magma incohérent, cette fournaise.
Au loin, encore très loin, se profile une immense goélette. L'espoir renaît et, malgré la faim, la soif, les plaies, les enfants qui ne disent rien mais ouvrent tout grands leurs yeux d'outre - monde qui nous brisent le cœur, l'énergie revient, sursaut d'une possible survie entrevue....
Elle dort, le flanc gauche prisonnier des draps.

Frédérique James,
14 Janvier 2000




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