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La
cueillette
Cinq
fois dans l’année
J’ai
cueilli les roses
La
première était rouge, épanouie,
Son
parfum puissant,
M’empêchait
de dormir ;
Elle
aimait jouer de ses épines sauvages,
Et
dans la volupté de ses pétales,
Je
m’alanguissais un été entier.
La
seconde, penchée au bord du vase
Etait
gris perle.
En
la relevant pour l’admirer,
Ses
pétales sont tombés,
Elle
est morte dans la nuit.
La
troisième, rouge encore,
Depuis
toujours à peine éclose
Aspirait à redevenir
bouton
A
s’agiter dans la brise en tourbillon
Se
moquer des hortensias touffus,
Et
jouer les lys au masque blanc,
Avec
un coquelicot croisé cactus.
Elle
ignorait tout de ses épines
Jusqu’au
jour où l’une
Poussée
par l’humeur chagrine,
Versa
la chaire d’une prune,
Et
du coquelicot balaya les runes.
La
quatrième, changeante et bariolée,
Tantôt
argent, tantôt verte,
Etait
longue et mince de tige,
La
collerette grande ouverte.
Ses épines,
tordues et vrillées,
Lui
servaient à attraper,
Les
pétales tombés des autres fleurs,
Pour
en vêtir sa tige de toutes les couleurs.
La
cinquième, était bleue,
Légère
et soyeuse,
Discrète
et rêveuse,
Etrangère
au monde râpeux.
Elle
aimait par dessus tout,
Son
grand vase blanc et carré,
L’eau
distillée à renouveler,
Avec
soin jour après jour,
Et
contempler dans le jardin,
Ses
sœurs vêtues de lin.
Je
lui rendais visite quelquefois,
Avec
passion pendant un mois,
Eté comme
hiver lui écrivait,
Ne
sachant trop ce qui m’arrivait.
J’appris
d’elle par hasard,
Que
le vase est plus que l’arrosoir,
Et
la gare plus que le regard.
Ainsi
finit l’étrange histoire
De
la rose au désir silencieux.
Longtemps
j’ai erré
Ne
sachant qui de l’orchidée
De
la violette ou du lys,
De
la marguerite ou de la mauve,
Cueillir
et contempler.
Mais
c’est assurément la rose,
Que
j’aime le plus à respirer,
Et
caresser de mes doigts écorchés.
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